Flambée alarmante au sud du pays


La population exige des décisions audacieuses

Après une stabilisation des cas à moins de 100 par jour, il a été constaté une hausse voire un dédoublement du nombre de cas avec le relâchement et le non-respect des consignes de protection et de distanciation sociale.

Dans le sud du pays, la tendance est confirmée voire aggravée vu que les pronostics de stabilisation concomitamment avec la hausse des températures saisonnières n’ont pas été au rendez-vous, faisant voler en éclats les théories avancées auparavant sur un éventuel affaiblissement ou de disparition du coronavirus dans les zones chaudes.

Avec une moyenne diurne de +40 C° comme tel est le cas à Ouargla et In Salah, la propagation spectaculaire de la maladie a surpris la population mais pas les services sanitaires de ces régions dont les capacités d’accueil se sont révélées trop modestes face à la pandémie galopante et au manque de moyens de diagnostic, que ce soit biologiques ou d’imagerie.

A Ouargla, pour commencer, une vague de décès a endeuillé plusieurs familles à travers les différentes communes de la wilaya et plus spécifiquement celles du chef-lieu dépendant du centre de référence de Mohamed Boudiaf où le service Covid-19 accueille une moyenne journalière de 130 consultants alors qu’à Touggourt, Hassi Messaoud et Taibet dont chacune compte un service Covid-19 dédié, une moyenne de 70 consultants au total est enregistrée depuis le rebond de la pandémie.

Un mois plus tôt, seuls 20 à 35 cas passaient par les différents services de tri déployés à travers les quatre centres que compte la wilaya.

Résultat des courses, le pire scénario imaginé pour le chef-lieu de la wilaya, à savoir des structures bondées de malades, un service d’urgences entièrement équipé et dédié à la Covid-19 qui s’est vite avéré trop exigu, ce qui a nécessité l’ouverture successive de quatre autres services réaménagés pour pallier au plus urgent et l’ouverture imminente d’un sixième en affectant un étage entier à l’épidémie, le second en l’occurrence afin de circonscrire la propagation Depuis le début de la pandémie, les services sanitaires font face à de violentes critiques de gestion de la crise et de faiblesse des moyens d’anticipation, y compris le choix initial du bâtiment devant abriter le service de référence de Ouargla placé au niveau des nouvelles urgences avec un système d’entrée et de sortie bien étudié pour pallier les risques tant évoqués durant les dernières semaine est quand bien même situé à l’entrée de l’hôpital et isolé du reste de l’hôpital comme préconisé par l’OMS et le ministère de la Santé.

Le choix initial de l’hôpital psychiatrique situé à une quinzaine de kilomètres dans la localité d’El Hdeb ayant vite été abandonné dès le début de la pandémie, à cause du refus de la population, s’avère être aujourd’hui une erreur monumentale vu l’ampleur prise par la contamination et l’état d’épuisement des personnels avec cette ouverture perpétuelle de nouveaux services dans un hôpital dont les capacités ont vite été mises à rude épreuve.

Il y eut d’abord le manque de moyens de dépistage dans cette frêle structure de l’Institut Pasteur greffée au cœur de l’hôpital, un unique scanner consacré au centre anticancer que l’hôpital a dû surexploiter en mode nuit pour les dépistages du coronavirus, marquant de longues pauses de décontamination jusqu’à ce que la machine s’arrête.

Il y eut par la suite et grâce au forcing citoyen la décision d’orienter quelques dépistages vers les trois cliniques privées de la ville, mais une fois de plus la population exaspérée par les manquements a exigé une prise en charge par l’Etat du prix de l’examen au scanner ou un prix symbolique du moins.

Chose finalement accordée mais avec un plafonnement de six scanners subventionnés par jour et uniquement sur bon délivré par l’hôpital à la frange la plus démunie.

Il y eut ensuite la réception d’un second scanner dont la commande bien antérieure a été accélérée pour apaiser les esprits et qui ne fonctionne toujours pas depuis trois semaines vu l’inadéquation de la machine avec les locaux de l’hôpital. Dans l’attente de la construction d’une nouvelle structure, l’équipement reste dans les cartons.

Pour avoir ouvertement critiqué cette manière de gérer et exigé le dégel immédiat du projet du CHU et une cartographie détaillée conjuguée à une communication institutionnelle plus transparente, le Dr Salim Boumada a été esté en justice.

Ce médecin généraliste, qui représente la fondation pour la promotion de la santé Forem à Ouargla et qui publiait quotidiennement une localisation géographique des cas recensés et une image réelle de la propagation de la contamination, a finalement été entendu par la commission d’enquête dépêchée par le président de la République qui a pris note de ses propositions, notamment concernant les décisions politiques concernant la santé au Sud.

Avec l’accord commun entre le ministère de l’Intérieur et de la défense concernant l’érection du nouveau CHU de Laghouat en hôpital mixte, militaire et civil, l’espoir dans un dénouement heureux de la situation a repris vu que Ouargla compte déjà un CHU militaire régional de la 4e Région militaire nouvellement acquis et dont le personnel médical contribue déjà à l’encadrement des étudiants de la faculté de médecine.

Alerte signalée

M. Tarek Belbey, directeur de la santé par intérim de la wilaya de Ouargla élève le niveau d’alerte à son maximum. 284 lits d’hospitalisation sont réservés à la Covid-19 dans les quatre services dédiés, à savoir 200 à Ouargla, 32 à Touggourt, 42 à Hassi Messaoud et 10 à Taibet.

Avec 200 consultants/ jour, la consigne est de n’hospitaliser que les cas présentant des symptômes de détresse respiratoire. Au niveau du seul service de réanimation Covid-19 de Ouargla, 20 malades sont actuellement pris en charge, ce qui représente quasiment la moitié des chiffres rapportés au niveau national qui sont de 46.

La recrudescence des cas nécessitant une réanimation à Ouargla est de plus en plus importante, elle s’explique selon M. Belbey par l’appréhension à se présenter en consultation dans les quatre jours suivant l’apparition des premiers symptômes, ce qui retarde le diagnostic.

Selon notre interlocuteur, les cas extrêmes recensés sont généralement des personnes présentant une atteinte pulmonaire oscillant entre 70 et 75%, «ce qui est un stade avancé de la maladie très lourd à prendre en charge et mettant en jeu le pronostic vital».

La seconde catégorie est constituée par les porteurs de comorbidités, à savoir les personnes âgées ou malades chroniques, tandis que le dernier segment concerne des personnes de tout âge chez lesquels on pourrait retenir comme facteur de risque le relâchement qui a suivi le déconfinement, à savoir le retour à une vie sociale où les mesures de protection ne sont pas respectées, notamment lors de funérailles, réunions familiales et souks.

La localisation des cas semble toucher la totalité des quartiers notamment populaires, tels que Rouissat, Beni Thour et Mekhadma, idem pour Touggourt et Taibet.

Propositions

Au discours inquiet du directeur de la santé dont la population espérait beaucoup depuis sa nomination en remplacement de Fadel Mossadek, limogé début mai, un autre discours alarmant des médecins du service public comme des privés par rapport à une pandémie non maîtrisée et un système de santé qu’il juge insuffisamment réactif par rapport au seuil atteint et sur le point de s’effondrer.

Alors que certains appellent à évacuer tous les malades et décontaminer l’hôpital de la ville, considérant qu’il s’agit du cluster de contamination actif, Hassini Mohamed Laïd, docteur en médecine générale et en systèmes de santé pense qu’il existe deux solutions : ou bien transformer tous les services de l’hôpital sur trois étages en pavillons dédiés à la Covid-19 et faire appel à tous les médecins et paramédicaux en exercice dans toutes les structures de santé de proximité, publiques et privées, institutions éducatives, universitaires et sociales, et ouvrir la porte au bénévolat pour faire face à ce torrent de patients pour alléger la charge du personnel médical épuisé avant qu’il ne s’effondre.

La seconde solution est de n’admettre que les malades à facteur de risque aggravé par une comorbidité et dont l’infection par le virus a été confirmée, à savoir ceux présentant une capacité de respiration réduite, une pression artérielle systolique inférieure à 90 mm, une perturbation de la conscience ou confusion mentale, un taux de saturation en oxygène dans le sang inférieur à 92%.

Quant aux autres patients, ils seront suivis à domicile, la quarantaine ne sera effectuée que par les personnes présentant un risque de complication, notamment les personnes âgées de 65 ans et plus, les patients ayant des antécédents de maladie cardio-vasculaire, d’hypertension artérielle compliquée, maladie pré-AVC ou coronarienne, chirurgie cardiaque et insuffisance cardiaque, les diabétiques insulino-dépendants qui souffrent de déséquilibre ou ont des complications secondaires, les personnes souffrant de maladies respiratoires chroniques pouvant se dégrader en raison d’une infection virale, les patients atteints d’insuffisance rénale chronique qui continuent de subir une dialyse, les patients cancéreux sous traitement, les personnes atteintes d’immunodéficience congénitale ou acquise : médicaments (chimiothérapie immunosuppressive, thérapie immunosuppressive et/ou corticothérapie avec une dose immunosuppressive), infection à VIH non contrôlée et patients atteints de cirrhose.

A In Salah, où la population qui bouillonne depuis plusieurs semaines a exigé samedi une enquête ministérielle sur la conjoncture prévalant à l’hôpital avec une hausse des contaminations et des décès et dont le personnel médical et paramédical est contaminé.

Un avis que partage le Dr Zoheir Aït Kaci, psychiatre et néanmoins président du conseil médical de cette structure sanitaire qui juge la situation sanitaire inquiétante confirmant «une vraie flambée de cas confirmé et encore plus du nombre de cas suspects de Covid-19 dont les résultats PCR tardent à venir de l’Institut Pasteur d’Alger dont les résultats prennent plus d’une semaine».

Les solutions de dépistage à portée de main sont évidemment les tests rapides et le nouveau scanner de l’hôpital qui permet des diagnostics plus rapides mais insuffisants comparativement au flux.

Dans une famille d’In Ghar, deux sœur sont décédées à quatre jours d’intervalle avant d’être confirmées Covid-19 post-mortem, des cas de plus en plus recensés à Ouargla et d’autres villes du Sud où l’on ne compte plus un jour sans que plusieurs tombes conformes au dispositif d’inhumation Covid-19 ne soient creusées au vu et au su de tous pour abriter des morts que les familles pleurent dans une solitude extrême et que le ministère ne répertorie pas, car non conformes au canevas de l’OMS, tandis que les rumeurs les plus folles s’emparent de la population vu la rétention d’informations. 

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