Feux de forêt à Béjaïa : Entre origine naturelle et négligence humaine


Les feux dévastateurs, qui ont occasionné des pertes considérables dans les plantations agricoles en montagne et dans les forêts de la wilaya de Béjaïa, ont suscité inquiétude et colère chez les habitants, notamment ceux dont les flammes ont frôlé les habitations. Cette situation a provoqué une polémique sur l’origine des incendies, ouvrant la voie à des supputations.

Rencontré dans son bureau, le chargé de la communication des services des forêts de la wilaya de Béjaïa, Lahelal Abane, estime que tout ce qui se dit autour de l’origine des incendies n’est que le fruit d’une «polémique». Profitant de l’occasion, le responsable dément l’existence de pertes animalières dans le milieu forestier de la wilaya de Béjaïa. En effet, des photos authentiques montrant des singes, des lièvres, un chacal, des perdrix et même des chats calcinés ont été attribuées à la région de Béjaïa.

«Comme chaque année à cette période, nous enregistrons des dizaines de départs de feux naturels dans des endroits habituels, généralement dus à la canicule et plus souvent à la négligence des riverains lors des opérations de défrichage et de débroussaillage», dit le responsable.Ce dernier pointe du doigt les activités d’élevage dans les périmètres des parcours forestiers, d’après les résultats de l’enquête préliminaire qui a été émise, sous réserve, par la Conservation des forêts (CF). Les éleveurs utilisent le feu pour les prairies de pacage, pour permettre la régénération de l’herbe pour les bêtes. Après la campagne de lutte contre les feux, les services des forêts, la Protection civile et les services de sécurité reviennent sur les lieux des sinistres pour approfondir les investigations. Les éleveurs et autres petits fellahs choisissent souvent la facilité pour venir à bout des broussailles gênant leur exploitation.

«Pour bénéficier d’une opération de cadastre, le service en question exige des propriétaires à ce que le terrain soit nu. Donc, comme pour le défrichage, les gens choisissent la solution la plus facile, le feu», regrette notre interlocuteur. Pour lui, «on ne parle pas beaucoup d’un autre phénomène social qui consiste en le retour des citoyens à leur terre après leur retraite pour y cultiver ne serait-ce que des potagers».

A Ouzellaguen, un incendie qui s’est rapproché dangereusement des habitations a été le fait d’un citoyen qui débroussaillait son lopin de terre. Il est identifié et une procédure
judiciaire est lancée contre lui, selon nos informations. Le cas du dernier feu de Tala Hamza est édifiant. Les propriétaires ont tenté de défricher un terrain qui se trouve dans l’indivision dans le but de le parceller. En mettant le feu à la végétation pour défricher le terrain et faciliter au géomètre l’opération de parcellement, les propriétaires ne s’attendaient pas à ce que les flammes prennent de l’ampleur et s’étendent dans la forêt et près des habitations. Les agents de la Conservation des forêts sont intervenus neuf fois pour tenter de circonscrire des départs de feux dans la journée de jeudi 25 juillet.

Quatre d’entre ces incendies ont pris de l’ampleur, nécessitant l’intervention de la Protection civile. Cependant, pas moins de 32,5 ha de couvert végétal ont été ravagés par les flammes, en cette journée, pendant que d’autres feux ont été signalés samedi et dimanche sur les hauteurs de Boukhlifa, Adekar et Semaoun. En une seule journée, soit le samedi, les feux ont dévoré 3 ha d’oliveraies, 9 ha de forêt et un demi-hectare de broussailles. Les feux ont été localisés dans les communes de Tizi n’Berbère, Ouzellaguen, Darguina et Kendira, selon le bilan de la Conservation des forêts de Béjaïa.

Depuis le début de la campagne de lutte contre les feux, pas moins de 120 incendies ont été enregistrés par les mêmes services, dont une soixantaine ont été classés importants par rapport au volume des dégâts qu’ils ont occasionnés et la superficie parcourue. Au jeudi 25 juillet, la CF a comptabilisé un total de 483,50 ha de végétation partis en fumée. Les incendies ont occasionné des pertes importantes dans les plantations d’olives (30,50 ha), de figuiers (9,50 ha), de grenadiers, d’amandiers et de poiriers, totalisant 3 ha de pertes.

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