Faut-il des représentants au hirak ?


La question de la représentation ou de structuration du hirak est au-devant de la scène politique nationale, notamment depuis quelques semaines, alors que se confirmait, au fil des jours, l’impossibilité d’organiser l’élection du 4 juillet prochain – chose certaine maintenant – malgré l’insistance du pouvoir.

Le mouvement populaire a-t-il besoin ainsi d’être représenté ? Et de quelle manière ? Des partis et des personnalités politiques et de la société civile tentent d’y répondre, en prévision de l’éventuel lancement, dans un futur proche ou à moyen terme, d’un processus de dialogue.

Dans une déclaration rendue publique le 18 mai, Ahmed Taleb-Ibrahimi, Ali-Yahia Abdennour et Rachid Benyelles ont demandé au chef d’état-major de l’ANP «de nouer un dialogue franc et honnête avec des figures représentatives du mouvement citoyen (hirak), des partis et des forces politiques et sociales qui le soutiennent, afin de trouver au plus vite une solution politique consensuelle en mesure de répondre aux aspirations populaires légitimes qui s’expriment quotidiennement depuis bientôt trois mois». Qui sont ces «figures représentatives du mouvement» ? S’agit-il de «figures» connues ou d’«anonymes» du hirak ?
Rejetant cette «feuille de route» du trio, l’ancien ministre Abdelkader Bengrina, président du parti Bina, leur a demandé s’ils pouvaient lui dire «qui sont les représentants de plusieurs millions de manifestants et comment les designer».

Dans une déclaration faite à l’occasion de la visite qu’il a effectuée la semaine passée à Ouargla, le chef d’état-major de l’ANP, Ahmed Gaïd Salah, avait, de son côté, «suggéré» au cirak de désigner ses représentants. «Il est préférable que les marches se caractérisent par un niveau raisonnable et suffisant d’organisation et d’encadrement efficace pour faire émerger de vrais représentants», avait-il déclaré.

Une direction pour un mouvement de 20 millions de personnes ?

Si dans certains cas, il s’agit de préoccupations sincères, dans d’autres il est question d’intentions «douteuses» visant à pousser le mouvement vers des problèmes inextricables. C’est ce que pense le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) qui rappelle que «depuis le début, des appels directs ou indirects pour doter le mouvement d’une direction émanent d’acteurs travaillant au compte du système politique en place». «Les mises en garde de la plupart des acteurs politiques acquis au changement du système et à l’option démocratique ont, jusque-là, épargné le mouvement d’une telle dérive», a indiqué ce parti, avant d’ajouter que «ni la nature du mouvement, ni l’état des institutions ne plaident pour une telle démarche qui ouvre la voie aux pressions et manipulations, voire à une dualité de pouvoirs aussi improductive que dangereuse».

Soufiane Djilali, président de Jil Jadid, est allé également dans le même sens. Pour lui, structurer le hirak est un «non-sens». «On a affaire à un peuple. Est-ce qu’on peut structurer tout un peuple ? On serait donc dans une Djamahiria libyenne», nous a confié Soufiane Djilali. Pour lui, si dialogue il y a, il doit être mené par la «société politique» et celle-ci se compose de la classe politique, de personnalités, de membres de syndicats et de la société civile qui sont déjà dans le mouvement. Le peuple sanctionnera, par la suite, les programmes, les partis ou les propositions qui lui sont soumises puisque c’est lui qui exprimera sa voix en dernier ressort.
Kader Affak, militant politique, s’est posé également la question : comment quelqu’un peut-il représenter un mouvement de vingt millions de personnes ? Le hirak, dit-il, «n’est pas là pour remplacer la classe politique». Mais pour lui, il est prématuré, pour l’instant, de parler de dialogue puisque «le rapport de force que veut construire le mouvement populaire n’est pas encore complètement établi». «Avant d’arriver à un dialogue et donc à ce débat relatif à la représentation, il faudrait que les lois répressives soient préalablement abolies», dit-il.

Jonction des dynamiques de la société civile

Comment alors peuvent prendre part ou contribuer au débat les milliers d’Algériens qui sont dans le hirak ? «La société doit s’organiser», dit à ce propos Saïd Salhi, vice-président de la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme (LADDH). Pour lui, ce qui existe actuellement sur le terrain «n’est pas suffisant».

Les jeunes, des différentes régions, catégories sociales ou corporations doivent «s’organiser davantage». «Plusieurs collectifs ont été mis en place», a-t-il ajouté. C’est ce qui est en train de se faire, nous a-t-il indiqué, au niveau du Collectif de la société civile regroupant plusieurs organisations du monde associatif et syndical. D’ailleurs, des réunions sont programmées chaque semaine. Et à chaque fois, le cercle s’élargit. «Nous voulons arriver à une jonction entre toutes les dynamiques dans l’objectif de construire un consensus», a affirmé Saïd Salhi.

C’est en s’organisant, par le lancement de collectifs, comités ou tout autre type d’organisation, que les Algériens peuvent prendre part ou contribuer au processus futur. A cet effet, les partis et personnalités politiques et de la société civile d’opposition s’accordent à dire que s’engouffrer dans une logique de structuration, pour un mouvement constitué de millions de personnes, venues de tous bords politiques, lui serait forcément préjudiciable.

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