Enfants de mon pays, enfants du peuple d’Algérie


Témoignage

Quand j’ai vu pour la première fois le drapeau de notre pays flotter dans le ciel de Manhattan, j’ai été envahie d’une émotion indescriptible. Je revoyais les visages de ces jeunes filles et jeunes garçons de mon âge qui étaient morts le sourire aux lèvres pour libérer notre patrie.

Jamais je n’aurais imaginé que notre belle jeunesse aurait à se mesurer cinquante- six ans plus tard à ses propres dirigeants, devoir redoubler d’intelligence et de patience afin de recouvrer ses droits et ses libertés pour exister dans propre pays.

En dépit de toutes les spoliations, les privations, les injustices subies par les générations depuis l’indépendance aussitôt confisquée, clamant et se réclamant de leurs dignes ancêtres, issus du peuple, les véritables fondateurs de la nation algérienne !

C’est la mort dans l’âme que j’assiste impuissante à ce sordide scénario. Une fois de plus, ma santé de plus en plus fragilisée (car ayant subi un avc il y a 30 ans et une rupture d’anévrisme l’an passé) ne me permet pas de me joindre aux côtés de cette jeunesse pleine de bravoure et de détermination. Je tenais, cependant, à leur exprimer ma fierté et ma forte émotion pour leur combat ô combien estimable et admirable. A l’image de ceux qui avant eux, sans peur et sans reproche, ont bravé l’ennemi alors venu de l’extérieur. Les voir se confronter à leurs propres dirigeants me fend littéralement le cœur ! Je suis plus qu’effondrée de voir que notre armée actuelle n’est pas à la hauteur de son peuple. Elle dont le devoir premier est de protéger, soutenir la paix et la justice pour tous. Ce qu’avaient fait les vaillants combattants de l’ALN. Qu’est-il advenu pour que cette noble armée décide de se ranger du côté d’un pouvoir sourd à l’appel de son peuple ?

C’est un véritable affront à la mémoire de tous nos chouada qui, dans la fleur de leur jeunesse, confiants en l’avenir de leur pays, ont sacrifié leur vie pour une Algérie réellement «libre et indépendante».

Aussi, au nom de tous ces héros et héroïnes que j’ai eu la chance de connaître, côtoyer et partager la même lutte et la même vision d’une Algérie «unie», équitable et intègre, je vous conjure de mettre un terme à ce déni de notre histoire et d’honorer la volonté du Serment de Novembre.

Et au nom de toutes ces femmes, ces mères sans lesquelles notre pays n’aurait jamais accouché de cette nation promise à un avenir glorieux. Elles ont porté à bout de bras notre nation naissante. Nourrissant, soignant, protégeant le fleuron de notre jeunesse. Transmettant leur savoir, leurs valeurs, leur courage et leur sens de l’honneur. Elles n’ont pas hésité une seule fois à sacrifier leurs rêves, leurs études, leurs carrières pour soutenir ce pays qu’elle portent dans leur cœur. Elles sont l’âme et l’esprit de notre Révolution et de l’évolution de ce mouvement de libération auquel nous assistons aujourd’hui. C’est grâce à elles que notre pays tient toujours debout !

Elles ont toute leur place au sein de l’édification de cette Algérie qui a retrouvé son souffle. Plus que jamais elles méritent toute notre reconnaissance et notre gratitude. A elles, à mes grand-mères, à ma mère, je dis : «Merci !» Merci de nous avoir donné la vie et ce magnifique pays. Puisse notre belle jeunesse vivre finalement en paix et en toute liberté et récolter les fruits de ce long combat pour la «démocratie» !

Fatima Mechiche, moudjahida,
veuve Lotfi & veuve Khemisti

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