En grève de la faim depuis lundi : Me Dabouz saisit le rapporteur de l’ONU pour les droits de l’homme


Action extrême contre l’arbitraire. L’avocat et défenseur des droits humains, MSalah Dabouz, a décidé d’entamer une grève de la faim depuis lundi, pour dénoncer ce qu’il qualifie d’«acharnement judiciaire» à son encontre et un déni de justice flagrant.

Arrêté le 7 avril dernier à Alger, l’avocat est soumis à un contrôle judiciaire qui l’oblige à se rendre trois fois par semaine à Ghardaïa, alors qu’il exerce à Alger. «Je suis obligé de signer trois fois par semaine devant le tribunal, alors que je travaille dans la capitale. Je suis au chômage technique. Je subis un harcèlement judiciaire. Il y a une volonté de se venger de moi pour avoir osé plaider quelques dossiers forts», s’offusque, dans une déclaration à El Watan, Me Dabouz, précisant que la procédure qu’il a entamée pour déposer sa demande de levée de son contrôle judiciaire a été refusée.

L’avocat Dabouz, accusé dans la même affaire que Kamel Eddine Fekhar, décédé en détention le 28 mai dernier, affirme avoir été chargé par Mme Zahira Fekhar du dépôt de plainte contre plusieurs personnalités. Selon Me Dabouz, le juge d’instruction près la 2e chambre du tribunal de Ghardaïa, chargé d’examiner l’affaire «n’avait même pas jugé utile de savoir si Fekhar était vivant ou mort, s’il était incarcéré ou pas, s’il est mort de maladie ou d’autre chose, ou encore s’il avait subi un mauvais traitement», s’étonne l’avocat. «Il (le juge d’instruction) a refusé d’ouvrir une information judiciaire. Dans ses conclusions, il soutient que le médecin et l’institution pénitentiaire ne pouvaient pas se tromper», déplore-t-il. L’avocat affirme que la famille Fekhar n’a toujours pas reçu une copie du rapport d’autopsie. «Je n’ai pas eu accès au dossier pour préparer les moyens de défense. C’est un cas de déni de justice», déplore-t-il. L’avocat dénonce la décision du président de la cour de Ghardaïa de ne pas prendre ses requêtes. «La greffière m’a dit clairement que le président lui a interdit d’accuser réception de mes requêtes. Je considère que cette décision est de nature à faire éclater la justice de l’intérieur», tranche-t-il. L’avocat a décidé de saisir Michel Forst, rapporteur spécial onusien sur la situation des défenseurs des droits de l’homme.

Etre à Alger le vendredi 

«Concernant le contrôle judiciaire que les autorités judiciaires de Ghardaïa me font subir, trois fois par semaine, depuis le 8 avril 2019, et à 600 km de chez moi, une mesure jamais décidée en Algérie, dans le même dossier qui a vu le Dr Kamel Eddine Fekhar mourir en prison le 28 mai 2019, et vu que cette mesure me met dans l’incapacité d’exercer mes fonctions d’avocat et de défenseur des droits humains, j’ai officiellement saisi mon ami Michel Forst, le rapporteur spécial sur la situation des défenseurs des droits de l’homme», écrit-il.

Des avocats algériens, mais aussi étrangers, ainsi que des ONG ont exprimé leur solidarité avec l’avocat. «Salah Dabouz fait l’objet de harcèlement depuis des mois, alors qu’il est doublement protégé par la loi et le droit international, d’abord en tant qu’avocat et, ensuite, en tant que défenseur des droits humains dans l’exercice de son mandat. Aujourd’hui, pour se défendre, il a recours au moyen extrême qui est la grève de la faim en pleine période de grandes chaleurs, au risque de sa santé et de sa vie. Au nom de la LADDH, tout en lui exprimant notre solidarité et en l’exhortant à préserver sa santé, nous interpellons le parquet de Ghardaïa à lever la pression sur le militant et à abandonner toutes les poursuites à son encontre», met en avant Saïd Salhi, vice-président de la LADDH. Malgré les privations qu’il s’impose et la distance (600 km), l’avocat compte se déplacer à Alger le vendredi et prendre part à la marche hebdomadaire.

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