Du sommet du pouvoir à la prison d’El Harrach


Ils étaient des ministres et de hauts responsables sous la présidence de Bouteflika

Même dans l’affaire Khalifa, le nombre de ministres cités en tant que témoins à l’époque n’était pas aussi important.

La liste des membres de l’ancien gouvernement et d’ex-hauts responsables placés en détention à la prison d’El Harrach s’allonge. Au cours de cette semaine, deux autres anciens membres dans les gouvernements successifs ayant servi sous le commandement du président déchu, Abdelaziz Bouteflika, ont été placés en détention provisoire.

Le dernier à être placé sous mandat de dépôt est l’ancien ministre de l’Industrie dans le gouvernement de Abdelmadjid Tebboune, pendant seulement 40 jours, Mahdjoub Bedda. Il rejoint ainsi Youcef Yousfi qui a subi, lui aussi, la même «sentence» dimanche dernier.

Dans la même journée, deux de ses collègues dans l’ancien Exécutif ont comparu devant le tribunal de Chéraga, à Alger, et ont vu leurs dossiers respectifs transférés à la Cour suprême pour être traités. Il s’agit de l’ancien ministre des Travaux publics, Abdelghani Zaalane, et de l’ex-ministre du Travail, Mohamed Ghazi. Ces deux derniers risquent de suivre aussi les autres membres du gouvernement placés en détention depuis plusieurs semaines, dont deux anciens Premiers ministres, à savoir Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal, et un ex-ministre, Amara Benyounès.

Parmi tous ces membres des différents Exécutifs nommés par Abdelaziz Bouteflika, Ahmed Ouyahia est celui dont le nom revient le plus dans toutes ces affaires dites de lutte contre la corruption. Il est mêlé à tous les dossiers et il fait, depuis plusieurs semaines, des allers-retours entre sa cellule à la prison d’El Harrach et les tribunaux. Triste sort pour celui qui, des dizaines d’années durant, faisait plutôt des départs et des retours à la chefferie du gouvernement. Est-il le plus impliqué dans toutes ces affaires ? Il faut attendre le début des procès annoncés pour connaître la réponse.

Un ministre en exercice sous contrôle judiciaire

En tout cas, la liste des anciens membres du gouvernement programmés pour un passage devant le juge près la Cour suprême est encore très longue. Il y a même un ministre en exercice, en l’occurrence Abdelkader Benmessaoud, actuel ministre du Tourisme, qui vient d’être placé sous contrôle judiciaire. Des ministres dans les gouvernements successifs nommés durant les 3e et 4e mandats de l’ex-chef de l’Etat – des mandats de trop – risquent d’être appelés à comparaître devant les tribunaux.

Certains ministres le sont déjà. C’est le cas de Djamel Ould Abbès et Saïd Barkat, deux anciens ministres de la Solidarité durant la période allant de 2008 à 2012, ont été déchus de leur immunité parlementaire et placés, après un passage devant la Cour suprême, en détention. D’autres noms sont déjà sur la liste d’attente à la Cour suprême. Il y a d’abord l’ancien ministre de l’Energie et des Mines, Chakib Khelil.

Ayant fait l’objet d’un mandat d’arrêt international en 2013 avant de rentrer en Algérie pour faire le tour des zaouïas, après que l’ancien secrétaire général du FLN, Amar Saadani, ait pris sa défense, Chakib Khelil est convoqué à nouveau par la justice. Mais il se trouve, paraît-il, à l’étranger et son passage devant le juge n’est pas pour demain. Même chose pour l’ancien ministre de l’Industrie, Abdessalem Bouchouareb. Les noms des ex-ministres des Travaux publics, Amar Ghoul et Boudjemaa Talai, figurent aussi sur la liste des prochains clients de la Cour suprême.

Ils risquent à leur tour de rejoindre l’équipe qui occupe la prison d’El Harrach. Jamais, dans l’histoire de l’Algérie indépendante, la justice n’a eu affaire à autant  d’«accusés de haut rang». Même dans l’affaire Khalifa, le nombre de ministres cités, en tant que témoins à l’époque, n’était pas aussi important. Outre les ministres, des walis, dont Abdelkader Zoukh (sous contrôle judiciaire), et un patron de la DGSN, Abdelghani Hamel (en détention), sont poursuivis dans diverses affaires. A qui le tour ?

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