Djamel Ould Abbès : «j’ai été victime de la îssaba»


Très affaibli, Djamel Ould Abbès est ramené en milieu d’après-midi pour être entendu comme témoin. Dès son entrée dans la salle, il enlace son fils et laisse couler des larmes qui glacent l’assistance.

Il commence par expliquer au tribunal qu’il était venu à la tête du FLN dans une période très difficile et qu’il fallait opérer des changements à la veille des élections législatives. Le juge : «Saviez-vous que Tliba était en relation avec vos deux enfants ?»

Ould Abbès revient sur le parti, mais le juge le relance. «Les services de sécurité ont récupéré de l’argent chez votre fils. Le saviez-vous ?», lance le juge. Ould Abbès : «A l’époque, l’assemblée générale du parti avait explosé. Je faisais l’objet de pressions énormes de la part de la îssaba (le gang, ndlr).

En 2016, le président m’a appelé et m’a demandé de remettre le parti sur rail. J’ai commencé par mettre en place des procédures de candidatures et son informatisation. J’ai donné instruction pour que le choix des candidatures émane des kasmas puis remonte à la mouhafadha. Le travail se faisait à l’hôtel Moncada à Alger. Lorsque l’affaire a éclaté, j’ai appelé Saïd Bouteflika, il m’a dit de ne pas m’inquiéter. D’où est venu cet argent ? On m’a imposé le poste de secrétaire général…».

Le juge : «Vous a-t-on imposé des listes ?». Ould Abbès : «Les listes se faisaient par wilaya. Mais, il y a eu la création sur décision du président, d’une commission, installée au CIC à Club des Pins, présidée par Abdelmalek Sellal et composée par Tayeb Louh, Noureddine Bedoui et Mustapha Rahiel, chargée de traiter les listes.»

Le juge : «Comment est-ce possible ? Le parti a son règlement intérieur et ses procédures internes…». Djamel Ould Abbès : «Les listes ont suscité une violente bataille. Les protestations ont duré dix jours. Au début, Tliba n’était pas dans la liste d’Annaba. Il n’était pas candidat. Saïd Bouteflika m’a appelé pour me demander de le mettre tête de liste. Je lui ai dit : ‘‘Wellah, je préfère perdre Annaba que d’accepter sa candidature. J’avais confié à chaque membre du bureau politique deux ou trois wilayas.

Mais on m’a imposé l’équipe du CIC. C’est le frère du président qui en a décidé ainsi. Ils ont exercé de fortes pressions pour m’enlever. Un jour, Saïd Bouteflika m’appelle le soir et me demande de le rejoindre à El Mouradia. Il m’annonce ma fin de mission et un haut responsable dont je préfère taire le nom, c’est notre grand frère qui le veut. Dès que j’ai quitté le bureau, j’ai eu un malaise ? J’ai été évacué à l’hôpital Aïn Naadja, où mon cardiologue m’a mis au repos.

Mais j’ai refusé de démissionner.» Le juge revient sur les listes et Ould Abbès déclare : «En 2019, le secrétaire général avait interdit d’évoquer le 5e mandat. Tliba n’a pas respecté. Il a exprimé son soutien au 5e mandat. Il a été déféré devant la commission de discipline qui a décidé de l’exclure.

A cette époque, le 5e mandat était déjà planifié. Il y avait un grave problème politique.» Le procureur lui demande s’il savait que ses enfants étaient en relation avec Tliba. Ould Abbès : «J’ai interdit à mes enfants de se rapprocher du parti. Je n’étais au courant de rien.» Interrogé sur la liste de Annaba, il affirme que c’est Boudjemâa Talai qui est sorti tête de liste. «Si on parle de Tliba , je vais rentrer dans un autre débat. Il n’était même pas au FLN», puis il ajoute : «Les coups de fil de 23 heures pour me donner des ordres et changer des listes (…) nous sommes dans le même système depuis 1954. Le chef a toujours raison. Lorsqu’il donne un ordre, on l’exécute.»

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