Diagnostic de la Covid-19 : Les tests PCR au compte-gouttes dans les hôpitaux


Les membres du conseil scientifique du suivi de l’évolution de la pandémie plaident pour le renforcement des centres de diagnostic et que les laboratoires d’analyse privés sont désormais autorisés à effectuer la PCR.

Alors que le virus Sars-Cov-2 se propage à travers le pays, avec une moyenne de 600 cas par jour depuis près d’un mois, les moyens de diagnostic se font de plus en plus rares, en l’occurrence le test RT/PCR, faute de disponibilité des réactifs et du consommable sur le marché.

A défaut de cet examen virologique, le test gold standard pour confirmer ou infirmer les cas d’infection, il est désormais décrété que tout cas présentant un syndrome grippal est considéré Covid-19 jusqu’à preuve du contraire. Dans les CHU et les EPH de la capitale – notamment Bab El Oued, Beni Messous, El Kettar – et dans la wilaya de Blida, le problème se pose avec acuité.

La rupture des stocks des consommables (les embouts, les plaques, les pipettes) et les réactifs nécessaires pour l’extraction et l’amplification de l’ARN pénalise sérieusement le malade et le personnel de santé. «L’aide de l’Institut Pasteur en réactifs pour dépanner ces centres ne peut pas répondre à toute la demande», signale un biologiste d’un centre hospitalier à Alger. L’EPH d’El Kettar, qui assure le diagnostic de la Covid-19 depuis deux mois, se trouve actuellement à l’arrêt.

Le laboratoire du CHU de Blida, qui devait démarrer en mars dernier, n’a pu réaliser que quelques tests vu le manque de réactifs et de consommables. «Depuis le lancement de la pcr dans notre laboratoire, nous travaillons sur deux machines (classique et automatique). Mais l’automate qui nous permet d’avoir le diagnostic est, au bout d’une heure et demie après le prélèvement, à l’arrêt faute de consommable nécessaire pour l’analyse des échantillons. Il s’agit d’un problème d’indisponibilité de ces produits sur le marché algérien.

Pour ce qui est des réactifs nécessaires dans les deux phases d’analyse, à savoir l’extraction et l’amplification de l’ARN, l’Institut Pasteur nous dépanne en attendant la livraison des commandes, mais il ne peut pas le faire continuellement», signale le Pr Mohamed Makrelouf, chef de service du laboratoire central de biologie au CHU de Bab El Oued.

Et de préciser que le laboratoire arrive à faire entre 40 à 50 PCR par jour lorsque les deux appareils sont opérationnels. «En raison du manque sur le marché national et la pression mondiale sur ces produits, nous attendons chaque jour la livraison de notre quota», déplore-t-il.

Au CHU Mustapha, qui arrive à réaliser entre 60 à 70 PCR par jour avec les deux méthodes, on craint déjà la rupture, vu le nombre de malades qui arrivent à l’hôpital. «Le manque de réactifs et du consommable, qui sont spécifiques pour chaque appareil acquis, pose un sérieux problème de disponibilité en quantité suffisante au niveau national vu la tension sur ces produits à travers le monde.

Les commandes sont passées, maintenant il faut voir si les stocks sont suffisants pour livrer tout le monde», note le Pr Wahiba Amhis, chef de service du laboratoire microbiologie au CHU Mustapha. Elle explique que l’utilisation des automates dont le laboratoire dispose permettent de faire le diagnostic dans l’heure qui suit le prélèvement. «Ce qui permettra de prendre en charge les malades rapidement et les contrôler à la fin du traitement», a-t-elle ajouté.

Le personnel de santé se trouve ainsi désarmé et impuissant face à un virus qui continue à faire des victimes au sien de la population et de la corporation médicale, dont pas moins de 44 morts et plus de 2300 cas de contaminations ont été enregistrés dans le corps médical, a indiqué la semaine dernière le ministre de la Santé, Abderrahmane Benbouzid.

L’Institut Pasteur d’Algérie, détenteur de stocks de réactifs et de kits de prélèvement, est actuellement submergé au point que des centaines de prélèvements sont en attente d’être examinés.

Malgré la cadence des 1000 tests par jour réalisés malgré toutes les contraintes, à savoir l’épuisement et la contamination du personnel médical, l’IPA continue de recevoir les prélèvements de tout le territoire national, pourtant une trentaine de laboratoires se sont lancés dans le diagnostic de la Covid-19, que ce soit dans les universités ou dans les hôpitaux. Avec le nouveau rebond du nombre de cas, ces laboratoires ont épuisé tous leurs stocks et les commandes tardent à arriver, nous confie-t-on.

«Nous sommes suspendus à l’arrivée des avions qui viennent de pays amis apportant des dons pour qu’on puisse reprendre les tests. Le nombre de kits et les réactifs sont insuffisants et nous les gérons au compte-gouttes, alors que l’épidémie s’accélère dans notre pays», déplorent les spécialistes. Et d’indiquer : «Les chiffres annoncés par le ministère de la Santé ne reflètent pas la réalité du terrain.

De nouveaux cas sont hospitalisés tous les jours malgré l’absence du test RT/PCR. Les malades sont mis sous traitement pour les soulager en attendant d’avoir les kits et ils ne sont pas comptabilisés par le ministère de la Santé. Dans le cas où on arrive à faire le prélèvement, les résultats ne reviennent que huit à dix jours après et cela ne sert à rien. Le cas est donc systématiquement ajouté à la plateforme 10 à 15 jours après.»

Interrogés à ce propos, les membres du conseil scientifique du suivi de l’évolution de la pandémie plaident pour le renforcement des centres de diagnostic et de rappeler que les laboratoires d’analyse privés sont désormais autorisés à effectuer la PCR.

«Nous avons émis des recommandations et la direction générale de la structure de santé au ministère de la Santé doit élaborer une stratégie, en collaboration avec les responsables de ces laboratoires, concernant les modalités et la faisabilité de cet examen», sont unanimes à déclarer les membres du conseil.

Du côté de l’Association nationale des laboratoires d’analyse médicale (ALAM), c’est encore le flou concernant la décision des pouvoirs publics. «Nous sommes effectivement autorisés à faire cet examen et nous l’avons lu dans la presse.

Nous n’avons été destinataires d’aucune note ministérielle. Personne n’a pris attache avec nous, ni la direction générale des structures de santé au ministère de la Santé ni la DSP», a tenu à préciser le Dr Abdelhalim Chachou, président de l’ALAM. Et de rappeler : «Toutes nos correspondances adressées au ministère de la Santé dès le début de l’épidémie sont restées lettre morte.

Le secteur libéral a été mis de côté.» Il signale au passage que certains laboratoires qui disposent de l’appareil PCR ont commencé bien avant cette autorisation à faire ces tests, alors que d’autres attendent d’être approvisionnés en matériel nécessaire avec toutes les difficultés rencontrées. «Les conditions ne s’y prêtent pas vu les tensions sur les réactifs et les appareils PCR», a-t-il ajouté.

Les fournisseurs, quant à eux, se plaignent de retards dans la signature par la direction de la pharmacie au ministère de la Santé des autorisations pour l’importation des produits de diagnostic.

Les demandes ont été déposées dès le mois de mars dernier et ce n’est qu’il y a dix jours que le feu vert a été donné aux quatre fournisseurs potentiels sur le marché algérien, qui sont les fournisseurs exclusifs des machines PCR. «Les commandes sont passées et nous attendons les livraisons qui ne devraient pas tarder à arriver», signale le Dr Karim Abdenbi de la société Innovation médicale et diagnostic (IMD), laboratoire spécialiste en biologie clinique et en virologie.

«Nous avons accompagné l’institut Pasteur pour l’installation des nouveaux centres de diagnostic à travers les différentes wilayas du pays. Nous avons mis à leur disposition des plateformes, des réactifs, des kits de prélèvement et de transport que nous avons importés au début de l’épidémie», a-t-il souligné. Et de déclarer que les autorisations pour l’importation des kits PCR ont été signées il y a dix jours.

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