Des militants du RAJ mis sous mandat de dépôt


De lourds chefs d’inculpation retenus contre eux par le tribunal de Sidi M’hamed

Les cinq prévenus ont été amenés, hier en début d’après-midi, dans des fourgons de police, qui se sont vite retirés pour laisser de la place au véhicule vert de la prison d’El Harrach.

Les membres de l’association Rassemblement Actions Jeunesse (RAJ), Hakim Addad, Djalal Mokrani, Massinissa Aissous, Kamel Ouldouali et un autre du FFS, Ahmed Bouider, ont été mis, hier, sous mandat de dépôt pour «incitation à attroupement» et «atteinte à la sûreté de l’Etat».

Durant la journée d’hier, des dizaines de personnes faisaient le pied de grue devant le tribunal de Sidi M’hamed. Personne parmi les présents ne se berçait d’illusion sur l’issue du procès. Les cinq prévenus ont été amenés, à 14h, dans des fourgons de police, qui se sont vite retirés pour laisser la place au véhicule vert de la prison d’El Harrach.

Les avocats des prévenus ont décidé, d’un commun accord, de se retirer pour protester contre un procès qu’ils jugent inéquitable. A la question de savoir ce qui est reproché aux prévenus, une avocate répond, sur un air désemparé : «Lorsqu’il n’y a pas de délit, on tente d’en inventer !» «Le fait est, explique Me Seddik Mouhous, que le juge d’instruction a demandé d’ouvrir une enquête sur les pancartes portées par les prévenus et sur des posts sur les réseaux sociaux. La loi algérienne permet pourtant à tout citoyen d’exprimer une opinion. Ils ont exercé leurs droits de citoyen.»

L’avocat s’insurge contre les arrestations pour délit d’opinion, mettant à mal, selon ses dires, «l’élite du peuple» (citant le cas d’un doctorant détenu), «la jeunesse» (évoquant les étudiants protestataires) ainsi que les «moudjahidine» (revenant sur le cas de Lakhdar Bouregâa). «Aussi, plaide-t-il devant un parterre de militants et d’amis des prévenus, nous avons décidé de nous retirer, car nous pensons sincèrement que la Constitution algérienne est au-dessus des directives données par téléphone.»

L’avocate Aouicha Bekhti enchaîne : «Nous sommes des auxiliaires de la justice, nous ne voulons pas être la caution de la justice.» Le boycott du collectif aurait, selon les avocats, surpris le juge d’instruction. Des policiers en civil surveillaient les alentours du tribunal de Sidi M’hamed, où devaient comparaître les personnes arrêtées, faisant ainsi régner un climat des plus tendus. L’un des présents relève néanmoins une plaque sur la rue longeant l’accès inférieur du tribunal. «Nous sommes, dit-il, dans la rue de la Liberté !» Triste ironie.  

La matinée, Mourad Amiri, qui devait comparaître dans une affaire le concernant, a été interpellé par la police lors d’un sit-in de soutien aux prévenus. Les participants y ont vu une tentative d’intimider toute personne apportant son soutien aux détenus du hirak. Ils étaient tout de même là tout au long de la journée, malgré les appels à la vigilance de leurs proches et des détenus eux-mêmes. «Il te dit de rentrer chez toi et de ne surtout pas rester dans ce sit-in», dit une avocate à un militant bien en vue, transmettant ainsi le message de l’un des cinq prévenus.

Car en tout et pour tout, 8 membres de l’association RAJ ont été arrêtés. Il s’agit de Hakim Addad, Ahcène Kadi, Djalal Mokrani, Wafi Tigrine, Kheiredine Medjani, Ahmed Bouider, Massinissa Aissous, Karim Boutata. C’est, selon les termes des membres de l’association, «une chasse aux militants du Raj». Les quatre prévenus ont été interpellés vendredi 4 octobre à l’issue d’une journée riche en péripéties.

L’un d’entre eux, Hakim Addad, a fait partie d’une première vague d’interpellations ayant ciblé, en ce 33e vendredi de soulèvement populaire, les participants à un hommage aux victimes des événements du 5 Octobre 1988. Il y est allé en tant que membre du Collectif de soutien et vigilance au mouvement du 22 Février (CSDM-22), qu’il avait nouvellement créé pour dénoncer les arrestations pour délit d’opinion.

Pour l’occasion, il avait confectionné une banderole et quelques affiches exigeant la libération des détenus et souhaitant un bon anniversaire à Ahcene Kadi, son jeune compagnon de lutte, qui devait souffler ce jour-là sa 22e bougie en prison.

Immédiatement après sa libération, et vu que ses affiches ont été saisies par la police, il retourne chez lui pour récupérer une affiche portant la même inscription, enfiler l’écharpe rouge qu’il affectionne et gagner la rue Didouche Mourad pour prendre part aux dernières heures de ce 33e hirak. Il sera appréhendé à l’intérieur d’un café, avec trois compagnons, par des hommes en civil qui les ont emmenés à la brigade de gendarmerie de Bab J’did.

Le jour de son arrestation, Hakim Addad, écrivait sur son compte Twitter : «Nous en sommes au vendredi 33. Aujourd’hui, je marche pour la liberté, de l’Algérie, de ses enfants, à commencer par mon ami, camarade, mon très cher Ahcene Kadi qui ‘‘fête’’ ses 22 ans en prison. Heureux sont ceux qui luttent, ils portent l’espoir, même en prison.»

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