Des citoyens malmenés à Alger le vendredi : Pourquoi cet acharnement à réprimer les manifestants ?


Un dispositif sécuritaire impressionnant est déployé à Alger. Des barrages filtrants sont dressés chaque vendredi aux entrées de la capitale.

Des véhicules sont systématiquement fouillés, leurs occupants se sont vu confisquer leurs drapeaux et leurs pancartes portant des slogans hostiles aux autorités.

A la gare routière du Caroubier, un bus transportant des voyageurs en provenance de la région du M’zab (Ghardaïa) a été immobilisé et ses occupants empêchés de rejoindre le centre-ville. «Il y a eu des arrestations de Mozabites à cause du matricule 47 de leurs bus qui sont arrivés au Caroubier.

Certains ont été relâchés entre midi et 15h et d’autres sont toujours en détention. Je n’ai pas le nombre exact», signale, dans une déclaration à El Watan, Me Salah Dabouz.

Le blogueur Merzoug Touati, arrivé à Alger pour prendre part aux manifestations, a été, lui aussi, arrêté à la Grande-Poste et conduit au commissariat du Cavaignac. Il sera relâché avec ordre ferme de ne pas revenir au centre-ville, raconte-t-il sur sa page Facebook. «Ce sont les RG qui m’ont arrêté. Ils m’ont reconnu.

Après quelques minutes de mon arrivée à la Gande-Poste (7h30), on m’a dirigé vers le commissariat (Cavaignac), alors que j’avais l’intention de prendre part à la marche des Mozabites. (…) C’est la rançon du militantisme. Je resterai à Alger jusqu’à l’enterrement de notre frère Kamal Eddine Fekhar», précise, visiblement, très affecté, le blogueur, qui a passé deux ans en prison.

Depuis plusieurs semaines, les interpellations se multiplient les vendredis. Des dizaines de citoyens ont été arrêtés, conduits dans des commissariats de la périphérie et sont relâchés dans la journée ou en début de soirée, mais parfois retenus pour être présentés le lendemain devant le juge du tribunal de Sidi M’hamed.

Pour l’avocate et députée du RCD, Me Fetta Sadat, il s’agit purement et simplement d’une véritable gestion musclée de la marche populaire. «Des manifestants venant des wilayas limitrophes ont fait état d’une véritable opération d’intimidation pour les dissuader de venir manifester.

Ils ont été délestés de leurs permis de conduire et des cartes grises de leurs véhicules qui ne leur ont été restitués que trois jours plus tard, ce qui les a forcés ainsi à faire un déplacement de plusieurs kilomètres.

Mais en plus, certains d’entre eux ont dû s’acquitter d’une amende d’un montant de 2000 da pour une prétendue entrave à la circulation routière», regrette-t-elle. Pourquoi une telle sévérité et ce déploiement des forces de l’ordre sur les axes routiers, alors que les manifestants n’ont guère montré une quelconque hostilité à l’égard de ce corps de sécurité ? Pourquoi déployer un dispositif aussi disproportionné sur certaines places fortes de la contestation ? Faisant le parallèle avec la ville de Béjaïa, le vice-président de la LADDH, Saïd Salhi, estime que ce dispositif est «injustifié».

Quand les manifestants sont présentés devant le juge, les chefs d’inculpation qui sont retenus contre eux sont «participation à un attroupement non autorisé», «outrage à corps constitué», etc. «Nous sommes en présence de la violation d’une des libertés garanties par la Constitution, qui est de manifester pacifiquement. Ainsi, les pouvoirs publics portent atteinte aux droits et libertés des citoyens. C’est une infraction réprimée par la loi. C’est clairement prévu par les dispositions constitutionnelles», note l’avocate et députée du RCD, Me Sadat.

Quelle procédure judiciaire contre les abus ?

L’avocate et députée du RCD, Fetta Sadat, qui se constitue pour défendre des manifestants, a affirmé que des actions judiciaires peuvent être entreprises contre les arrestations arbitraires. Des plaintes individuelles peuvent ainsi être introduites par les personnes victimes d’abus de toutes sortes réprimés par le code pénal, abus et violences dûment établis, précise-elle. « S’agissant d’une atteinte grave et répétée en l’encontre d’un droit constitutionnel qui est celui de manifester pacifiquement, les citoyens peuvent déposer un recours judiciaire par devant le juge administratif pour atteinte à leurs droits et libertés garanties par la Loi fondamentale du pays.

En effet, le juge administratif est garant des droits et libertés des citoyens. Le juge administratif est également habilité à contraindre l’administration au respect de la loi et à obtempérer aux dispositions de cette dernière dans son activité matérielle et juridique. Mais, bien entendu, cette action ne peut être valable en l’absence d’une indépendance réelle et effective de la justice. Dans le cas contraire, toute action est vouée à l’échec», estime l’avocate, relevant qu’en cette période révolutionnaire, asseoir l’indépendance de la justice est un préalable crucial. En plus de l’action judiciaire stricto sensu, la député estime que le meilleur procédé de lutte contre les exactions répétées subies par les citoyens est le maintien de la forte mobilisation, «et ce, jusqu’à l’instauration d’un Etat de droit».

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