Débats de RAJ sur «l’état des lieux des libertés en Algérie» : «L’espoir de démocratisation suscité par le hirak est anéanti»


Régression à tous les niveaux», «un système qui fonctionne toujours avec une mentalité désuète» et «dépassements graves»…

C’est le constat fait, hier à Alger, par des avocats et des défenseurs des droits de l’homme ayant animé le 46e forum de l’association RAJ.

Invités à animer une conférence-débat sous le thème «Etat des lieux des libertés en Algérie», le vice-président de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme, Saïd Salhi, l’avocate et membre de la direction du RCD, Fetta Sadat, et l’avocat, Abdelghani Badi, dressent un tableau sombre de la situation. «Avant février 2019, nous rêvions de la libération de la parole et de l’espace public ainsi que l’ouverture des champs politique et associatif.

Ce rêve est porté par le hirak après le 22 février. Deux ans après, le constat est amer. Nous assistons à un recul sans précédent sur le plan des libertés et à l’assassinat de l’espoir», lance d’emblée Saïd Salhi. Selon lui, il y a même une «remise en cause de certains acquis des Algériens arrachés de haute lutte». «Nous avons régressé même par rapport à la situation qui a prévalu sous le régime Bouteflika.

Les libertés de réunion, de manifestation et de la presse sont inexistantes», déplore-t-il, rappelant les dernières allégations de torture dont sont victimes des activistes du hirak, dont l’enfant Saïd Chetouane. Rappelant les contenus des conventions internationales ratifiées par l’Algérie, Saïd Salhi dénonce l’absence de toute volonté du pouvoir de travailler avec la société civile sur les questions d’atteintes aux droits de l’homme. «L’Algérie a la particularité de ratifier les conventions internationales et de ne pas les appliquer», déclare-t-il, en s’attardant longuement sur les faits de torture qui ne se limitent pas, selon lui, à la «chaise électrique».

Affaire Chetouane : «grave dérive du procureur»

Abondant dans le même sens, l’avocat et défenseur des détenus d’opinion, Me Abdelghani Badi, condamne les propos du procureur général près la cour d’Alger, Mourad Sid Ahmed, qui s’est exprimé, à deux reprises, sur l’affaire Saïd Chetouane. «Ce sont des déclarations déplorables. Il y a une grave violation de la loi et des droits des prévenus qui doivent bénéficier de la présomption d’innocence.

Il y a aussi une atteinte à l’enfant concerné qui est exposé au danger», lance-t-il. Me Abdelghani Badi rappelle aussi les cas de torture dénoncés par l’étudiant Walid Nekkiche et l’activiste Samy Dernouni, pour s’interroger sur le sort des enquêtes annoncées par les autorités. «Trois mois après, nous ne connaissons rien de l’enquête sur l’affaire Walid Nekkiche», précise-t-il, soulignant que la torture et le mauvais traitement ne concernent pas seulement les activistes du hirak, mais aussi les détenus du droit commun.

Pour Me Badi, le système algérien «vit toujours selon la mentalité des années 1950-1960». «Nous continuons toujours de lutter pour la première génération des droits de l’homme. Le régime exploite des textes de loi dépassés pour brimer les libertés», affirme-t-il, appelant à l’abrogation de ces textes datant des années 1960.

La solution, rétorque pour sa part Fetta Sadat, ne réside pas seulement dans le changement des textes de loi. «La dégradation de la situation des droits de l’homme remonte au lendemain de l’indépendance. C’est le régime qui viole ses propres lois. La solution réside dans le respect de la souveraineté populaire», plaide-t-elle, en appelant à une transition démocratique et pacifique.


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