De la conférence de la société civile à la médiation de Karim Younès : Panels et feuilles de route face au «veto» du hirak


Décidément, il ne se passe quasiment pas de jour sans qu’une nouvelle initiative politique ne soit mise sur la table, avec son «panel» et ses promesses de sortie de crise.

Dernière proposition en date : celle de l’Association des oulémas. Celle-ci y va à son tour de ses noms clinquants, dont Taleb Ibrahimi, Rahabi, Karim Younès, Mostefa Bouchachi, le général Benyelles, l’avocate Fatma Zohra Benbraham ou encore l’ancien président du Conseil constitutionnel, Saïd Bouchair.

Il convient de souligner que ce sont des organisations de la société civile et du mouvement associatif qui ont été les premières à se jeter à l’eau. Dès le 18 mars, une trentaine d’associations, regroupées au sein du Collectif de la société civile pour une transition démocratique pacifique, ont élaboré une feuille de route centrée sur l’élection d’une Assemblée constituante souveraine.

Le Collectif, qui n’a eu de cesse de batailler pour l’organisation d’une conférence nationale en vue de faire pencher le rapport de force en faveur du hirak, s’est rapproché d’autres dynamiques, notamment la Confédération des syndicats autonomes dans un premier temps, puis le Forum civil pour le changement.

Le 15 juin, ces trois pôles ont tenu une Conférence nationale de la société civile qui avait le mérite de fédérer ceux qui sont favorables à un processus constituant, et ceux qui veulent aller directement vers une élection présidentielle. La plateforme adoptée à l’issue de cette conférence proposait l’«installation d’une instance présidentielle ou d’une personne consensuelle pour gérer la période de transition allant de 6 mois à 1 an», un gouvernement de compétences nationales et une commission indépendante des élections.

Le document final appelait également à l’«ouverture d’un dialogue national global avec les acteurs de la classe politique, de la société civile, des personnalités nationales et des activistes du soulèvement, portant sur la situation politique, économique et sociale du pays et les moyens de sortie de crise. Ce dialogue sera parachevé par une conférence nationale».
De son côté, la classe politique, dans la diversité de ses composantes, se mettra à formuler elle aussi des propositions.

Deux tendances lourdes vont se dégager : celle des Forces du changement qui débouchera sur la réunion de Aïn Benian, et celle des Forces de l’alternative démocratique qui ont annoncé la tenue d’une «Convention du pacte politique pour une véritable transition démocratique» le 31 août. La conférence du 6 juillet, labellisée «Forum du dialogue national», a proposé notamment l’organisation d’une élection présidentielle «dans un délai raisonnable», après amendement de la loi électorale et installation d’une instance indépendante d’organisation des élections.

Le difficile consensus

De leur côté, les Forces de l’alternative démocratique (RCD, PT, PST, FFS, MDS, PLD, UPC et LADDH) ont signé un «pacte politique pour une véritable transition démocratique». Les partis regroupés dans cette coalition proposent une «transition démocratique à travers un processus constituant souverain», «seule perspective possible pour donner la parole au peuple afin qu’il puisse choisir démocratiquement la forme et le contenu des institutions qu’il souhaite mettre en place».

Dès lors, les signataires de ce pacte «rejettent toutes les tentatives d’imposer une élection présidentielle qui vise à sauver le régime en place» et considèrent que «la période de transition est ainsi le temps nécessaire pour mettre en place cet environnement institutionnel sans lequel toute idée de rupture avec le système usurpateur sera vaine». Autre initiative à retenir : celle du Forum civil pour le changement (FCC).

Son président, Abderrahmane Arar, avait organisé une conférence de presse le 17 juillet pour annoncer un panel de personnalités censées diriger le dialogue. 13 noms ont été suggérés par le FCC, parmi lesquels Mouloud Hamrouche, Karim Younès, Ahmed Taleb Ibrahimi, Mostefa Bouchachi, Fatiha Benabbou, Nacer Djabi ou encore Smaïl Lalmas.

A peine rendue publique, cette liste a suscité une vive controverse attisée par le cinglant démenti de Djamila Bouhired, dont le nom avait été également cité, et qui déclarera : «Alors que des patriotes sont jetés en prison pour délit d’opinion, dont un officier de l’ALN, le frère Lakhdar Bouregaâ, il ne peut y avoir de dialogue avec ceux qui nous menacent et nous accusent de trahison.»

Enfin, il y a bien sûr le dernier panel dirigé par Karim Younès, et qui fait déjà polémique après les révélations de Nacer Djabi et Saïd Salhi, qui ont dénoncé les ingérences du pouvoir pour en modifier la composition. Notons que ce collège de médiateurs est le seul, pour l’heure, à être officiellement adoubé par la Présidence.

Force est de le constater : aucune des feuilles de route recensées ici ne fait pour l’heure l’unanimité. Aucune liste ne peut se targuer de jouir de l’assentiment populaire. Des réserves qui valent sans doute un peu plus pour l’équipe qui vient d’être reçue par Bensalah. A peine installé, ce panel a essuyé le «veto populaire» du hirak, comme on a pu le constater vendredi dernier. Dire que la mission de Karim Younès et ses collègues sera difficile est un euphémisme. Elle sera encore plus délicate si les mesures d’apaisement réclamées par l’ensemble des acteurs tardent à venir.

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