Dans la ferveur patriotique pour la démocratie à Témouchent


Fidèle au rendez-vous, il est toujours le premier à arriver sur le parking voisin de la wilaya, lieu de rassemblement des hirakistes pour la grande marche. Yahia, 62 ans, vient d’El Malah toujours accompagné de son épouse.

Dès l’arrêt de sa voiture, il forme avec des embouts un mât de 4 mètres de long sur lequel il met à flotter l’emblème national. Il se prépare avant le premier rassemblement, face à la wilaya, qui va attendre le renfort d’autres marcheurs arrivant de la place du 9 Décembre 1961 sur 3 kilomètres. Sur leur trajet, leurs rangs sont grossis au niveau de la mosquée Lalla Khadija : «C’est un bonheur que le 1er Novembre corresponde avec un vendredi du hirak. Il a un charme très particulier. Moi, je viens pour des élections libres sans les résidus de la 3issaba, les Bensalah, Bedoui et consorts.» Yahia est allé à l’essentiel.

C’est un homme peu causant parce que très réservé. Plus loquace, Moussaoui Mohamed, 47 ans, est une figure du hirak à Témouchent : «Ce 1er Novembre comme le 5 Juillet ont correspondu à un vendredi de hirak. Cette conjonction est un signe qui signifie que notre hirak est sur la bonne voie. Mon souhait est que le pouvoir réel tienne compte de ce que revêt le 1er Novembre et qu’il initie un dialogue sérieux avec le hirak pour la réunion des conditions d’une vraie élection par l’institution de mécanismes réalistes, démocratiques, transparents, qui rassurent le peuple en vue de la fondation d’un Etat de droit.»

Elle est là tous les vendredis, veillant sur ses filles et se petits-enfants qui sont hirakistes dans l’âme. Elle est là pour «une nouvelle indépendance du pays». Rabéa, 78 ans, est veuve de moudjahid, ayant été elle-même fidaïa en France avec feu son époux : «Sous la poussette de mon enfant, je transportais des envois et j’assurais la liaison entre les réseaux clandestins.  A l’indépendance, nous sommes rentrés. Mon époux a refusé qu’on revienne en France malgré mon insistance.»

Nombre de figures du hirak à Témouchent étaient absentes de la marche de ce vendredi. Impossible de leur donner la parole. Ils sont partis en renfort avec bien d’autres Témouchentois à Alger, déjouant les barrages sur la route. Hier, un citoyen tout ce qu’il y a de plus lamba, apprenant par la radio locale le programme des festivités officielles du 1er Novembre s’est désolé : «Depuis quelques années, les noms de rues et de places ne sont donnés qu’à des moudjahidine parce que le réservoir de noms de chouhada s’est épuisé.

Il est certain que les uns et les autres méritent qu’on les glorifie jusqu’à la fin des temps. Mais comment se fait-il qu’il n’ait pas eu en 65 ans d’indépendance des femmes et des hommes qui se sont illustrés par un mérite national et qui doivent être érigés en repères ? Le régime continue d’abuser de la légitimité révolutionnaire. C’est la preuve de sa faillite.

Il a tellement usé de la fibre nationaliste dans ses actes et ses discours au point de nous faire perdre de vue deux vertus cardinales : le patriotisme et la dignité. Il a fallu le hirak pour que Novembre soit nôtre.» Un orateur habituel du hirak, qui faisait son discours hebdomadaire à l’étape de la mosquée Lalla Khadija, a préféré intervenir devant le siège de la wilaya. Dans un poignant discours, il a mis en exergue la honte que constitue le fait que le moudjahid Bouregaâ croupisse en prison un 1er Novembre. Il a également évoqué le sursaut de dignité des magistrats pour une justice indépendante.

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