Dalia Ghanem. chercheure au Carnegie Middle East Center : «Les chances du maintien de l’élection sont minimes»


La politologue algérienne, Dalia Ghanem, chercheure au Carnegie Middle East Center, à Beyrouth, au Liban, estime que les chances pour que l’élection du 4 juillet prochain ait lieu sont minimes. D’après elle, le hirak doit faire émerger des représentants capables de porter les revendications populaires. Dalia Ghanem préfère, quant à elle, l’option d’une Assemblée constituante. Il vaut mieux, a-t-elle estimé, une transition longue et laborieuse qu’une transition bâclée et superficielle, comme le souhaite, semble-t-il, a-t-elle ajouté, l’armée.

Le dernier délai pour le dépôt de candidature interviendra dans une semaine (23 mai). Pour l’instant, aucune candidature sérieuse n’a été enregistrée. De plus, la population rejette cette élection qui sera organisée, selon elle, par des symboles de l’ancien régime. Pensez-vous que cette élection a des chances d’avoir lieu dans ce climat, sachant que les autorités y tiennent pour l’instant ?

Les chances pour que cette élection ait lieu sont minimes. D’abord, parce que nous sommes à six jours de la date limite de clôture et qu’aucune candidature sérieuse n’a été déposée ; ensuite parce que les Algériens, à juste titre, ne veulent pas de cette élection qui risque de donner au système une chance de se régénérer.

Dans le cas où elle ne se tiendrait pas, quelle serait la solution qui sera envisagée par le pouvoir ?

Il est difficile de prédire les prochaines actions du pouvoir. Cela étant, il me semble qu’à ce stade le seul moyen de sortir de ce blocage politique consisterait en : 1) l’annulation de l’élection du 4 juillet ; 2) la démission de Bensalah, de Bedoui et de son gouvernement et la mise en place de mécanismes de dialogue avec le hirak. Mais ce dernier point est problématique, car le mouvement n’a pas de leaders.

Le hirak doit faire émerger des représentants capables de porter les revendications populaires en élaborant une feuille de route et en négociant sur cette base le changement avec le pouvoir. On pourra avancer par la suite en élisant éventuellement une Assemblée constituante, qui rédigera la nouvelle Constitution et mettra en place un gouvernement de transition.

Le chemin sera long, mais mieux vaut une transition longue et laborieuse, qu’une transition bâclée et superficielle. Malheureusement, il semblerait que l’armée se dirige vers la seconde option.

Si dans un premier temps les citoyens avaient salué la position du chef d’état-major, qui avait exigé l’application de l’article 102 de la Constitution (démission de Bouteflika), aujourd’hui il est de plus en plus critiqué. Quel est, selon vous, le rôle joué par l’armée dans la situation actuelle et quel devrait être son rôle dans la «nouvelle Algérie» dont rêvent les Algériens aujourd’hui ?

Le chef d’état-major, Gaïd Salah, est aujourd’hui l’homme fort du régime. Les Algériens souhaitent également son départ. Les slogans scandés contre lui sont clairs : «Rouh rouh ya Gaïd Salah», ou «Gaïd Salah machi salah». Le départ de ce dernier est souhaitable pour éviter à l’Algérie une déstabilisation majeure.

La génération au pouvoir depuis 1962, aussi bien les militaires que les civils, doit avoir la responsabilité de passer le flambeau à une jeune génération en phase avec la société et ses mutations. Quant au rôle de l’armée, force est de constater qu’elle demeure l’institution la plus puissante et la mieux organisée ; elle jouit également d’une légitimité certaine.

Il faudrait également que cet instant «révolutionnaire» permette enfin une renégociation des relations entre civils et militaires en vue d’une véritable transition démocratique. Dans la nouvelle Algérie, l’armée devra se contenter de son rôle de protectrice du pays et se retirer de la vie politique et économique. Malheureusement, le chemin vers ce scénario reste, pour le moment et vu la tournure que prennent les choses, inimaginable.

Des personnalités du monde politique et des affaires ont été arrêtées pour différents motifs. D’autres le seront apparemment dans les jours à venir. Alors que les autorités avancent la lutte contre la corruption, des partis de l’opposition estiment que ce n’est qu’une lutte de clans ou des mesures visant à calmer la population pour lui faire oublier l’essentiel. Quelles seront, d’après vous, les répercussions de ces arrestations sur le processus en cours ?

Je pense que ces arrestations ne sont que de la poudre aux yeux : elles dénotent surtout de la réticence du régime à changer ses méthodes de gouvernance. L’opacité autour de ces arrestations ne fait par ailleurs qu’exacerber l’opinion publique.

En réalité, derrière ces arrestations, se cachent surtout des règlements de comptes internes et des luttes de pouvoir entre les différentes factions. Ce jeu est extrêmement dangereux, car il déséquilibre l’Etat et ses principaux rouages.

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