Covid-19 : Le directeur de l’Institut Pasteur fait le point


Le directeur de l’Institut Pasteur, le Dr Fawzi Derrar, a fait le point, lors de son passage dans l’émission «L’invité de la rédaction» de la radio Chaîne 3, sur la situation épidémiologique de notre pays, le développement des moyens de diagnostic de la Covid-19 ainsi que l’homologation d’un vaccin contre un mal qui a terrifié la planète pendant presque une année.

D’abord, il explique les démarches suivies pour l’acquisition d’un vaccin protégeant la population contre le coronavirus. «Le vaccin, dit-il, suit des procédures. La plupart des laboratoires internationaux a dépassé la phase clinique 2 et entamé la phase clinique 3 qui concerne les effets indésirables.

On n’en est pas au stade d’autorisation de mise sur le marché.» L’Institut Pasteur prépare actuellement un cahier des charges pour l’homologation du vaccin et déterminer son efficacité thérapeutique.

D’ores et déjà, l’Institut Pasteur a discuté avec les experts chinois et les scientifiques russes, dans le cadre des orientations du président algérien. «Nous recevons cet après-midi (hier, ndlr) nos collègues russes pour discuter du vaccin, révèle-t-il.

Cela nous servira à établir un cahier des charges comportant des données optimales sur le vaccin. Il est nécessaire, cependant, de laisser les procédures se terminer et les experts d’homologation finaliser leur travail.»

L’Institut Pasteur effectuera une homologation à l’échelle nationale et sera attentif à la préqualification de l’Organisation mondiale de la santé, qui étudie les dossiers des différents vaccins disponibles.

Ce vaccin n’étant pas encore là, le directeur de l’Institut Pasteur insiste sur le respect des mesures barrières d’autant, dit-il, que malgré une baisse globale des contaminations, il a été observé, sur le plan régional, une recrudescence du nombre de cas liée à la baisse de la vigilance.

«Il est impératif, recommande-t-il, de se focaliser sur les mesures barrières afin d’éviter une recrudescence qui pourrait mettre notre système de santé à rude épreuve, d’autant plus que nous sommes à la veille de la rentrée sociale.»

S’il y a indéniablement une tendance baissière du nombre de cas de contamination depuis les premières semaines d’août, le directeur de l’Institut Pasteur incite sur la vigilance car, dit-il, «le moindre relâchement peut coûter très cher». «C’est une maladie qui se propage rapidement dans les espaces clos.

Ces espaces où il y a une densité de personnes présentes représentent un risque dans la mesure où elles permettent l’apparition des clusters (constitués de personnes ayant une grande charge virale). C’est ce qu’on a observé dans certaines régions, où il y a eu une explosion du nombre de nouveaux cas», explique-t-il.

Le comité scientifique, au niveau du ministère de la Santé, a discuté avec les différents départements ministériels pour mettre en place des protocoles sanitaires, notamment dans les espaces fermés.

Laboratoires mobiles

Concernant le chapitre du dépistage, le directeur de l’Institut Pasteur annonce la prochaine mise en place de laboratoires mobiles : «La stratégie adoptée au départ était de multiplier les centres de dépistage. Celle-ci a fonctionné quoi qu’on en dise.

Actuellement, nous sommes en train de monter des laboratoires mobiles que nous pourrons implanter partout. Ces laboratoires peuvent être montés n’importe-où, y compris dans des avions. Cela nous permettra d’intervenir rapidement, même si l’on suspecte d’autres maladies.»

Le Dr Fawzi Derrar tient à lever les équivoques liées à l’utilisation du scanner pour le diagnostic de la Covid-19, affirmant que cet outil n’a jamais remplacé la PCR en Algérie. «Il y a eu des incompréhensions, dit-il.

On s’est appuyé sur le scanner, comme d’autres pays dans le monde, pour aider dans le diagnostic, soit en l’absence de PCR, soit lorsque le patient présente des signes de gravité en réanimation.

Le scanner a été utilisé en complément de la PCR et non pas en remplacement de cette dernière. C’est un outil de diagnostic indirect, c’est-à-dire qu’il va détecter des signes, contrairement à la PCR qui détecte le virus lui-même.

Le problème réside dans le fait que le scanner ne différencie pas la Covid-19 d’une infection respiratoire ou d’un syndrome grippal. Personne n’a dit qu’il fallait diagnostiquer la Covid par scanner, car cela ne se peut. Par contre, il peut aider à anticiper des décisions qui peuvent s’avérer cruciales pour les patients.

En cas de signes cliniques, d’une PCR négative et d’un scanner très parlant, le patient doit être pris en charge dans un service Covid. Un scanner seul, dénué d’un environnement diagnostic, ne sert absolument à rien.»

L’Institut Pasteur en est actuellement à plus de 1000 dépistages par jour sur les quelque 2900 effectués sur le territoire algérien. Le nombre devrait être revu à la hausse et des progrès ont été constatés, d’après le Dr Fawzi Derrar en matière de délais.

«Ces derniers temps, l’Institut a pu rendre des résultats dans la même journée», se félicite-t-il. Et d’ajouter : «Il y a eu parfois des retards dans la remise des résultats de la PCR, mais cela s’explique par les circonstances particulières de la situation.»

Il souligne, par ailleurs, que les tests rapides ont également leur place dans le dépistage du coronavirus. «Ils sont indiqués, selon le Dr Derrar, à partir du sixième jour. Parfois, en cas de PCR négative, un test rapide positif peut orienter le diagnostic. Arrêtons de stigmatiser sur un test particulier, en le sortant de son contexte.»

Fawzi Derrar, virologue de formation, estime que le fait qu’il n’y a pas eu une réinfection qui a été documentée est une donnée rassurante.

A l’en croire, il n’est pas à écarter, si la grippe de cette année s’avère plus virulente, une extinction de la crise de Covid.

Mais pour l’heure, il est difficile, selon lui, de savoir comment se comportera la Covid ou le virus grippal quand ils se côtoieront en période de froid.

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