Corruption : l’ex-patron de Sonatrach Ould Kaddour risque gros

Après deux reports à la demande de la défense, le procès de l’affaire de la raffinerie Augusta a repris mardi dernier au niveau du pôle pénal et économique du tribunal de Sidi M’hamed à Alger. Le procureur de la République a requis une lourde peine contre l’ancien Président-directeur général du Groupe Sonatrach, Abdelmoumen Ould Kaddour, principal accusé dans cette affaire.

À l’issue d’un procès qui s’est achevé tard mardi dernier, le procureur de la République près le pôle pénal et économique du tribunal de Sidi M’hamed (Alger) a requis une peine de 18 ans de prison ferme contre l’ancien patron du Groupe Sonatrach, Abdelmoumen Ould Kaddour.

En effet, la justice a rattrapé Ould Kaddour dans le cadre d’une affaire de corruption relative à l’acquisition de la raffinerie d’Augusta (sud de l’Italie) par le Groupe Sonatrach en décembre 2018. Et ce, en retenant de lourdes charges à son encontre concernant les conditions d’achat de ladite raffinerie.

Au total, il s’agit de sept chefs d’accusation, à savoir « conclusion de marchés publics contraires à la réglementation et aux lois en vigueur, en vue d’accorder à autrui des avantages non justifiés », « dilapidation de deniers publics », « abus de fonction », « trafic d’influence », « conflit d’intérêts » et « non-consultation du partenaire social, lors de la conclusion de la transaction ».

Outre Ould Kaddour, la justice a aussi rattrapé d’autres anciens responsables de Sonatrach dans le cadre de cette affaire, mais aussi l’épouse et le fils du prévenu. Lors du procès, le procureur de la République a requis des peines allant de 7 à 10 ans de prison contre de nombreux anciens cadre du Groupe Sonatrach. Il a aussi requis 10 ans de prison contre le fils de Ould Kaddour avec émission d’un mandat d’arrêt international et 5 ans de prison contre son épouse.

Les dessous de l’affaire de la raffinerie Augusta

D’après les informations rapportées par le média Jeune Afrique, l’affaire de l’acquisition de la raffinerie d’Augusta située dans le sud de l’Italie remonte à décembre 2018. Le prix d’achat, initialement fixé à 733 millions de dollars, avait atteint un montant de 2 milliards de dollars à la session effective du bien qui s’étendait sur 300 hectares et comprenait trois terminaux pétroliers à Augusta, Naples et Palerme, ainsi que des systèmes d’oléoducs associés et une capacité de raffinage de 10 millions de tonnes par an.

D’ailleurs, l’ancien patron du Groupe Sonatrach avait affirmé à la barre que l’acquisition de la raffinerie avait bel et bien coûté le montant initial et que la différence, à savoir plus de 1.1 milliard de dollars, englobait les cautions douanières, les coûts de maintenance et de rénovation, ainsi que la mise en conformité avec l’environnement.

Devant le juge, Abdelmoumen Ould Kaddour a aussi tenté de s’expliquer sur les motifs du rachat de cette raffinerie vieille de 70 ans, mise en service dans les années 1950, et sur les montants déboursés par le Groupe pétrolier à cet effet.

Ainsi, l’ex-PDG de Sonatrach a révélé qu’il avait mis au point la stratégie « SH 2030 » qui visait à développer les filières exploration, production et transport, et ce, en passant par la construction et l’acquisition de plusieurs raffineries en vue de réduire la facture d’importation de carburant raffiné, qui s’élevait à 2 milliards de dollars chaque année.

En février 2018, l’ancien patron du Groupe pétrolier avait demandé à l’ancien Premier ministre, Ahmed Ouyahia, également impliqué dans cette affaire, l’autorisation d’engager une offre auprès du propriétaire de la raffinerie, Esso Italiana, la filiale italienne de l’Américain ExxonMobil. Ce dernier aurait émis un avis favorable et adressé une copie à la Présidence de la République. L’offre sera finalement finalisée en décembre 2018.

Ould Kaddour extradé vers l’Algérie

En outre, il convient de rappeler qu’après l’émission d’un mandat d’arrêt international à son encontre, Ould Kaddour avait été extradé des Émirats arabes unis vers l’Algérie en août 2021, et ce, suite à son arrestation à l’aéroport de Dubaï lors d’une escale.

Après l’avoir maintenu en garde à vue, les autorités émiraties avaient remis l’ancien patron du Groupe Sonatrach à la justice algérienne. D’ailleurs, une délégation s’était déplacée à bord d’un avion spécial afin de le rapatrier sur le sol algérien. Ladite délégation comptait des officiers de la police judiciaire, mais aussi des représentants des Ministères de la Justice et des Affaires étrangères.