Conséquence du blocage des autorisations d’importation : Condor a du plomb dans l’aile


Spécialisé dans l’électronique, la téléphonie et l’électroménager, Condor, un des fleurons de l’industrie nationale, est en difficulté. Les progressions économiques et financières des cinq dernières années sont brutalement freinées en 2019.

Pour connaître le fond d’une grosse affaire et ses gravissimes conséquences se chiffrant en milliards de dinars, El Watan est parti enquêter à Bordj Bou Arréridj, fief du siège social et des différents sites de production de la SPA Condor ayant enregistré, en 2018, un chiffre d’affaires de plus de 900 millions d’euros.

Inquiets pour leur gagne-pain, leur outil de travail et un groupe industriel dont l’aura dépasse désormais les frontières nationales, des travailleurs et des cadres dénoncent et crient au complot. Sous le couvert de l’anonymat, nos interlocuteurs ne manquant pas d’arguments pointent du doigt le gouvernement Bedoui.

Pour eux, le dernier cabinet du système Bouteflika est à l’origine des malheurs de leur entreprise. «Trouvez-vous normal qu’une entreprise ayant enregistré en quatre années (2015-2018) une augmentation du volume des investissements de l’ordre de 18,965 milliards de dinars, soit une croissance de 123%, tombe tout d’un coup dans la récession ?

En lieu et place d’une continuité, la tendance s’est inversée, obligeant l’entreprise à terminer l’année 2019 avec un résultat négatif de -71%», s’interrogent preuves (documents) à l’appui de jeunes cadres. Jouant à fond la carte de la transparence, nos interlocuteurs, pour lesquels aucun sujet n’est tabou, chargent l’ex-Exécutif : «La responsabilité de la réduction de plus de 30% des effectifs de Condor, avec la perte de plus de 2200 postes de travail, incombe au gouvernement précédent.

Ce dernier est derrière la décision des banques qui procèdent à la suspension de tout crédit d’exploitation et d’investissement, sans respect des conventions en cours de validité. En octroyant les décisions de CKD/SKD à des sociétés jusqu’à décembre 2020, alors que Condor reste sur la touche, les services du ministère de l’Industrie et des Mines font dans les deux poids deux mesures. Ayant attendu, la dernière minute, soit la date limite de la validité des autorisations d’importation, l’ARPCE consent à nous délivrer le 22 décembre 2019 une partie (4 modèles sur 18) des homologations des téléphones portables pour des demandes déposées en avril 2019. Cette manière de faire cache beaucoup de choses.

Inexplicablement, l’administration des Douanes suspend notre agrément d’opérateur économique agréé en cours de validité, oriente le dédouanement de nos marchandises vers le circuit rouge en lieu et place du circuit vert. Pour casser un autre fleuron de l’industrie, obligé de mettre 2400 chefs de famille au chômage technique, on refuse de nous délivrer des autorisations alors que notre dossier est complet. Les pouvoirs publics ainsi que l’opinion doivent savoir que notre matière première (des composants électroniques pour le montage des téléphones) d’une valeur de 25 millions de dollars est bloquée en sous-douane depuis avril 2019.

Nous profitons de l’opportunité pour alerter les hautes autorités du pays et à leur tête le président de la République pour mettre un terme à ce sabotage, pour ne pas dire crime économique.

On veut faire à Condor ce que Cevital a subi», fulminent nos interlocuteurs. Silencieux depuis le début de la rencontre, un jeune cadre va plus loin : «En macroéconomie, ce qui arrive à Condor est un crime économique tramé contre toute l’économie nationale. En Algérie, la réussite est brimée !»

Ayant gros sur le cœur, des travailleurs des différentes chaînes de production s’indignent : «Pour quelles raisons des sociétés sans la moindre référence ont obtenu des autorisations, et Condor non ? Les responsables d’une telle discrimination n’ont pas pensé un instant au devenir de milliers de familles se retrouvant du jour au lendemain sans la moindre ressource. On ne demande rien d’autre que la sauvegarde de notre outil de travail.

On ne demande pas l’aumône, mais qu’on nous laisse travailler. Pour quelle raison on touche au gagne-pain de 2500 travailleurs, dont certains disposent d’une expérience de plus de 20 ans ? Nous demandons l’intervention du président de la République pour le déblocage de la situation de Condor, premier employeur de la région de Bordj Bou Arréridj. On n’a pas le droit de mettre en faillite une entreprise disposant d’un outil de travail des plus performants.»

En reprenant la parole, les cadres de l’entreprise étalent sur la voie publique les ratios d’un mastodonte faisant face à une véritable «démolition». «Pour de fallacieux prétextes, on fait tout pour casser une entreprise dont le savoir et le savoir-faire sont désormais connus et reconnus à l’international. Les problèmes financiers sont dénués de tout fondement pour une entreprise ayant enregistré, en 2017, un chiffre d’affaires (CA) de 89,432 milliards de dinars (8900 milliards de centimes).

En 2018,  il a atteint les 94,287 MDA, soit une progression de 5%. A cause des innombrables difficultés et obstacles, Condor  termine 2019 avec un CA de 65,758 MDA, soit une baisse de 30%. Faisant un bond de 115% en 2018 par rapport à 2017, nos exportations n’ont pas dépassé les 10% en 2019. Condor ,qui a exporté l’année dernière 190 433 téléphones mobiles, 36 378 réfrigérateurs 38 860 machines à laver, 14 896 climatiseurs, 12 356 téléviseurs et 9 autres produits pour un montant global de 26 102 374 dollars, n’est pas en cessation de paiement», tonnent nos interlocuteurs.

Et d’enchaîner : «Concernant les crédits d’investissement, Condor est en règle. Pour la période 2015-2019, le total de nos remboursements est de 7,294 milliards de dinars. Ces crédits ont généré 715,6 milliards de dinars en frais financiers payés rubis sur l’ongle aux banques partenaires. Mieux encore, le montant des garanties fournies aux banques est de 33,740 MDA, ce montant couvre  4 fois le crédit octroyé. Avec toutes ces données, les forces du mal continuent à bloquer Condor ne faisant pas uniquement dans le montage, puisque le taux d’intégration dans certains métiers a atteint les 75%.»

Pour enfoncer le clou, ils remettent sur le tapis d’autres données qu’El Watan publie en exclusivité : «Condor, qui employait 6454 agents en 2018, a libéré, l’année d’après 2225 travailleurs, soit 30% de ses effectifs. Si on ne débloque pas les autorisations, on va perdre entre janvier et le 31 mars 2020, pas moins de 1200 agents des différents sites de production.

En plus du chômage qui risque d’accentuer la précarité de plus de 3500 familles, qu’on ne doit pas oublier, de nombreuses institutions publiques seront touchées par un important manque à gagner. Pour illustration, les impôts et taxes ayant atteint durant la période 2015-2018 un montant de 4,93 milliards, soit une évolution de 25%, chutent entre 2018 et 2019 de 31%.  La baisse de la contribution est de 7,643 milliards de dinars.

Durant la période précitée (2018-2019), la collectivité, les services des impôts, de la douane, de la CNAS, pour ne citer que ceux-là, ont perdu pas moins de 7643 milliards de centimes», pestent des travailleurs attendant une réaction des pouvoirs publics ayant toute la latitude pour sauver des milliers de postes d’emploi et débloquer la situation d’une entreprise paradoxalement prospère.

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