Changement à la tête du FLN, du FCE et de l’UGTA : Le pouvoir cherche à se redéployer


Plus de quatre mois de manifestations n’ont pas réussi à faire tomber le système en place. Ce dernier résiste et tente de se maintenir en se redéployant sur la scène politique, économique et sociale, avec de nouvelles têtes d’affiche imposées via les mêmes pratiques qui ont provoqué l’éjection du régime Bouteflika.

Les derniers changements à la tête de l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA), du Front de libération nationale (FLN) et du Forum des chefs d’entreprises (FCE) ont pour dénominateur commun cette volonté de refaire la façade du système sans toucher à ses fondements. Jugeons-en.

L’élection de Sami Agli, PDG du groupe qui porte son nom à la tête du FCE, n’était vraiment pas une surprise. Candidat unique à ce scrutin, après le retrait de la course du trublion Hassan Khelifati, PDG d’Alliance Assurances, Sami Agli, ex-vice-président du FCE, faisait partie de l’équipe dirigeante de cette organisation patronale, dont une grande partie est aujourd’hui sous enquête et certains interdits de quitter le territoire national.

Très proche de l’ex-président Ali Haddad, n’ayant pas réussi à se faire élire comme député FLN à Biskra, sa ville natale, il a été sévèrement critiqué par Moncef Othmani, alors président du FCE par intérim, en raison de «magouilles constatées autour du scrutin» qui ont poussé Hassan Khelifati à se retirer non seulement de cette élection, mais aussi de l’organisation patronale.

Dans sa lettre de démission, Othmani a dénoncé «le comportement agressif» de certains vice-présidents du FCE, citant nommément Sami Agli. Il faut dire que la candidature de ce dernier à la présidence du FCE n’était pas fortuite. Pour nombre d’hommes d’affaires qui ont déserté l’organisation, rien n’a changé au sein du Forum. L’ancien président et son équipe de vice-présidents, dont Agli faisait partie, ont trituré les statuts pour faire en sorte que l’organisation n’échappe jamais au contrôle de ses chefs. L’équipe, qui avait validé les décisions de Ali Haddad et sa stratégie, est toujours aux commandes. Haddad n’est plus, mais son lobby est toujours aussi fort.

L’autre élection suspicieuse est celle de Salim Labatcha, ex-député du Parti des travailleurs (PT) et secrétaire général de la fédération de l’agroalimentaire, à la tête de l’UGTA, en remplacement de Abdelmadjid Sidi Saïd. Tout a été pensé et organisé en amont. L’organisation syndicale n’échappe pas au contrôle du système.

Au lieu de la sortir de l’impasse pour la remettre aux vrais syndicalistes qui se battent pour la libérer du pouvoir, le secrétaire général sortant a fait appel à de nombreux secrétaires fédéraux et secrétaires généraux d’union de wilaya, dont les mandats ont expiré depuis des années, pour remplir la salle bien protégée du Centre international de conférences à Club des Pins, à l’ouest de la capitale, et plomber le jeu électoral des congressistes qui n’ont ni le droit de prendre part au congrès ni celui de voter ou de se porter candidat, comme c’est le cas pour les fédérations de l’éducation, de la formation professionnelle, des travaux publics, de l’agroalimentaire, mais aussi de celles de Médéa ou encore de Guelma, qui sont en fin de mandat depuis des années.

Méconnu dans le domaine syndical, le nom de Salim Labatcha est lié au putsch avorté qu’il a mené en 2016 contre la secrétaire générale du PT, sur instigation de Amar Saadani, ex-secrétaire général du FLN, et du député FLN de Annaba, Baha Eddine Tliba, qu’à ses activités syndicales. Secrétaire général de la fédération de l’agroalimentaire, dont le mandat a expiré depuis bien longtemps, il n’avait donc le droit ni de se porter candidat ni de voter.

Labatcha, Djemaï et Saadani, un système à plusieurs visages

Grâce à ses manipulateurs d’hier, l’UGTA passe des mains de Sidi Saïd à celles de Labatcha. Au FLN, c’est l’ombre de Amar Saadani qui apparaît avec l’élection surprise de son proche conseiller, Mohamed Djemaï, en tant que secrétaire général du parti, en remplacement de Djamel Ould Abbès. L’intronisation de Djemaï (importateur de chiffons puis d’électroménager) à la tête du FLN est pour beaucoup le fruit du jeu de coulisses de Amar Saadani. Représentant de la marque sud-coréenne LG, puis de Salem Electronics, Djemaï est venu à l’APN en 2002, en tant que député indépendant de Tébessa.

C’était l’époque où il était au centre d’un scandale de fausses déclarations douanières, après l’interception par les gendarmes de containers transportant des réfrigérateurs déclarés comme produits semi-finis alors qu’ils étaient finis (dans le but de bénéficier des avantages prévus dans le cadre de l’encouragement de l’industrie de montage et de l’assemblage SKD-SKD).

Son statut de député bloque les enquêtes (toujours pendantes) et quelques années plus tard, Abdelaziz Benkhadem, alors secrétaire général du FLN, lui facilite la tâche pour le mettre sous la bannière du FLN, suscitant aussi bien les critiques que les graves accusations de financements occultes. Il devient vice-président de l’Assemblée sous la présidence de Saadani et son conseiller économique ; il l’accompagne dans ses nombreuses visites à l’étranger. Mieux encore, Mohamed Djemaï profite de sa proximité avec Saadani pour équiper les bureaux de la Chambre basse de téléviseurs, réfrigérateurs et autres produits électroménagers. En 2013, alors que l’ex-secrétaire général du FLN était en disgrâce, Djemaï va à sa rescousse.

Il se donne à fond pour faire signer une pétition de soutien, à son «ami». Quelque temps après, Saadani est débarqué du FLN, mais garde intactes ses liens avec Djemaï, qu’il rencontre régulièrement aussi bien lors de ses furtives visites à Alger, qu’en France, où il réside. Avec Ould Khelifa comme nouveau président de l’Assemblée, Djemaï perd un peu de son influence. Il réapparaît en force aux côtés des députés du FLN, qui ont débarqué le président de l’APN, Saïd Bouhadja (également du FLN), de son poste, après avoir scellé avec des chaînes métalliques et des cadenas les portes de la troisième institution de l’Etat.

Fier d’avoir intronisé Mouad Bouchareb comme troisième homme de l’Etat, il défend corps et âme le 5e mandat, jusqu’à ce que les Algériens décident de mettre un terme à une tyrannie qui a duré 20 ans. Très ambitieux, Djemaï s’attelle, avec l’aide de Saadani, à récupérer un FLN miné par une crise interne et une situation statutaire quasiment illégale. Avec, d’un côté, les jeux de coulisses de Saadani et, d’un autre, le recours à l’argent (dénoncé par des candidats lors du congrès), Mohamed Djemaï, l’homme d’affaires de Tébessa, est intronisé secrétaire général du FLN.

Le parti a changé de tête mais pas de pratiques. Le lendemain de son élection, Djemaï clashe le régime Bouteflika et se dit «étonné de l’ampleur de la corruption». Il encense le vice-ministre de la Défense nationale, s’attaque à ceux qui réclament une transition et plaide pour des élections rapides.

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