Carte maîtresse pour contenir le hirak : Les arrestations se multiplient


La photo, montrant un jeune défilant tout sourire, avec un drapeau sur les épaules, fait le tour des réseaux sociaux.

C’est celle de Ali Houari, activiste de Tipasa et administrateur de plusieurs pages Facebook prônant le hirak, qui a été arrêté mardi dernier par des éléments du service de sécurité ayant effectué une perquisition à son domicile.

La liste des détentions arbitraires visant des personnes actives dans le cadre des manifestations pacifiques qui ébranlent le pays s’allonge ainsi inexorablement à mesure que la date de l’élection présidentielle du 12 décembre approche. Les personnes qui montrent leur rejet de ce qu’elles considèrent comme une «mascarade électorale» sont ainsi lourdement condamnées, sans doute pour refroidir les ardeur des hirakistes.

C’est le cas, notamment, de quatre manifestants ayant chahuté le meeting que devait animer le candidat Ali Benflis à Tlemcen, qui ont été condamnés à 18 mois de prison ferme pour «incitation à attroupement» et «entrave de la mission de l’Autorité nationale indépendante des élections».

Dans le triste album photos des détenus politiques défilant sur les réseaux sociaux, s’est ainsi ajoutée celle d’Amin Ghemari, posant avec une fine barbe et un doux regard. Le doctorant en géophysique à l’université de Tlemcen, qui a été arrêté dans un café de la ville, écope de 18 mois ferme.

La main lourde de Dame justice s’est également abattue sur cinq autres activistes de Chlef : Ali Chachou, Youcef Bouzina, Djilali Samet Benyoucef, Fayçal Halimi et Mokrane, qui ont été placés sous mandat de dépôt dimanche par le juge du tribunal de Chlef après leur arrestation, jeudi 14 novembre, car accusés d’«entrave au déroulement de la campagne électorale».

Et puis, le 11 novembre, lors d’un sit-in devant le tribunal de Sidi M’hamed, la police a procédé à l’arrestation du jeune «poète du hirak», Mohamed Tadjadit, connu pour ses déclamations fustigeant le système. Au total, et si l’on s’en tient aux noms répertoriés par le Comité national de libération des détenus (CNLD), plus de 120 personnes ont été emprisonnées depuis le 21 juin dernier.

Plusieurs vagues d’arrestations se sont ainsi succédé. Cela a commencé par les manifestants brandissant le drapeau amazigh, sous prétexte que par ce geste ils auraient porté atteinte à «l’unité nationale» (c’est le cas de Samira Messouci, Messaoud Leftissi…), ensuite les personnalités politiques qui auraient, par leurs discours, porté atteinte au «moral des troupes» (Bouregaâ, Karim Tabbou, Fodil Boumala…), puis les militants qui, dans leurs statuts Facebook ou sur les pancartes brandies, porteraient «atteinte à l’intérêt» et à «la sûreté de l’Etat» (c’est le cas des militants Hakim Addad, Abdelouahab Fersaoui, Djalal Mokrani, Ahcene El Kadi…).

Pour certains de ces détenus, ces arrestations, par des agents en civil, dans des cafétérias, relevaient du «kidnapping», les agents ne s’embarrassant plus des formes. Le recours à la répression est désormais la carte maîtresse des tenants du pouvoir pour faire taire une population qui conspue, à chaque grande marche, l’élection présidentielle du 12 décembre, perçue comme une bouée de sauvetage destinée à sauver le régime algérien.

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