Campagne électorale : Des généralités en guise de programmes


La campagne électorale pour la présidentielle du 12 décembre, qui a débuté dimanche dernier, se déroule dans un contexte de défiance générale en raison de son rejet massif par le hirak, pour qui un scrutin organisé par le régime ne servira qu’à pérenniser le pouvoir en place.

Dans ces conditions, les cinq candidats en lice, qui ont tous participé ou soutenu les deux décennies de présidence Bouteflika, prêchent dans le désert. La vacuité de leurs programmes électoraux ajoute une couche supplémentaire à la défiance.

Pis encore, on a vu fleurir, sur certains plateaux TV et radio, un discours démagogique et sectaire tenu par l’un des candidats, à savoir Abdelkader Bengrina. L’ancien ministre du Tourisme promet de marier les «femmes célibataires» et affirme ne pas reconnaître l’emblème amazigh, frappé d’interdiction dans les manifestations populaires sur ordre du chef d’état-major de l’armée. Pourtant, la Constitution reconnaît l’«amazighité» comme l’une des composantes de l’identité nationale.

Ce type de discours, tout comme l’inflation des promesses électorales des cinq candidats demeurent bien entendu loin des aspirations démocratiques et sociales exprimées par le hirak. Celui-ci réclame pacifiquement, depuis neuf mois, l’instauration, entre autres, d’un Etat de droit avec une séparation effective des pouvoirs, une reconnaissance des contre-pouvoirs, une alternance politique aux postes de responsabilité, une justice indépendante et une presse libre.

Sur le plan politique, l’ensemble des candidats répètent à l’envi qu’ils comptent satisfaire les aspirations profondes et légitimes du mouvement populaire, une fois propulsés à la tête de l’Etat. Cependant, peu de gens accordent du crédit à leurs engagements, d’autant plus qu’ils sont des produits du régime et ne peuvent pas espérer changer de l’avis d’observateurs.

En outre, ils n’ont jamais remis en cause le caractère militaire du pouvoir en place. Alors que les Algériens veulent aussi mettre fin à un régime qui a abouti à concentrer les immenses richesses du pays entre les mains d’une poignée d’oligarques, les candidats rivalisent de promesses en ce qui concerne la récupération de l’argent détourné et la lutte contre la corruption.

A ce titre, leurs programmes sont avares sur la manière de procéder et les moyens à mettre en œuvre. Sur le plan économique, ils ressassent encore des généralités sur la nécessité de diversifier l’économie nationale, qui repose depuis l’indépendance quasi-exclusivement sur les exportations d’hydrocarbures. Là encore, les programmes des candidats ne sont accompagnés d’aucun objectif chiffré.

Or, le pays est confronté à de sérieux défis financiers alors que le modèle économique est de plus en plus intenable. Experts et économistes parlent de la nécessité d’engager des réformes à même de répondre dans les meilleurs délais à l’«urgence économique» à laquelle fait face le pays, alors que plusieurs tentatives de réforme économique ont avorté, récemment, par manque de volonté politique.

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