Bouregaâ refuse de répondre aux questions du juge : «Le système qui m’a mis en prison est illégitime»


Droit dans ses bottes. Incarcéré depuis le 30 juin à la maison d’arrêt d’El Harrach, le commandant de la Wilaya IV historique, Lakhdar Bouregaâ, a refusé d’être auditionné par le juge instructeur qui l’a convoqué, hier, dans son bureau. «Bouregaâ a refusé de répondre aux questions du juge.

Il lui a dit sans détour : ‘‘Je refuse de répondre, car je ne reconnais pas votre justice. Je ne reconnais pas également le système qui m’a mis en prison, il est illégitime. Je ne peux pas trahir le hirak, je lui reste fidèle’’», rapporte Me Abdelghani Badi, membre du collectif de défense. Forte émotion chez les avocats. Surpris par cette réaction, ces derniers ont demandé au juge du temps pour parler à leur client. «Le juge est sorti de son bureau et nous a laissés avec M. Bouregaâ.

Nous avons cherché à comprendre sa réaction. Mais Si Bouregaâ a décidé de maintenir sa position», précise Me Badi accompagné d’autres ténors du barreau, à l’instar de Mustapha Bouchachi, Zoubida Assoul, Nabila Smail…Le commandant Bouregaâ était arrivé le matin au bureau du juge avec l’assurance de l’ancien baroudeur intraitable de l’ALN, que lui connaissent ses amis. «Il est venu saluer les avocats. Le commandant Bouregaâ était sûr de lui. Il avait cette forte présence d’officier de l’ALN. Il a parlé avec correction au juge. Il n’a essayé d’humilier personne», relève Me Badi. Dans le bureau du juge, le commandant a refusé de signer le PV. Il a été reconduit à la maison d’arrêt d’El Harrach au bout de quelques minutes.

Le vœu des avocats

Interpellé le 29 juin dernier devant sa maison au quartier Sellier, à Hydra, l’ancien officier de l’ALN et fondateur du FFS a été placé sous mandat de dépôt par le juge d’instruction près le tribunal de Bir Mourad Raïs pour le chef d’accusation de «participation, en temps de paix, à une entreprise de démoralisation de l’armée ayant pour objet de nuire à la défense nationale et à un corps constitué» (articles 75, 144 bis et 146 du code pénal).

Dans une récente déclaration à ses avocats, il a affirmé refuser toute initiative visant sa libération avant celle de tous les détenus d’opinion. «Je refuse toute démarche pour ma libération avant la libération de tous les jeunes du hirak sans exception. Même si on me propose de me libérer, je vais refuser», informe Me Abdelghani Badi dans un post publié sur sa page Facebook.

L’avocat veut toutefois croire à «une volonté d’apaisement» des autorités pour libérer très rapidement le grand moudjahid. «Le juge d’instruction du tribunal de Bir Mourad Raïs a la possibilité de prononcer dès demain le non-lieu, il peut transférer son dossier ou le mettre sous contrôle judiciaire… Nous espérons que notre grand moudjahid sera remis en liberté et qu’il ne restera pas en prison vu son âgé très avancé (86 ans)», souhaite-t-il.

Par ailleurs, hier, le juge instructeur près le tribunal de Bir Mourad Raïs a auditionné le militant Samir Benlarbi, placé en détention le 17 septembre dernier pour «atteinte à l’unité du territoire national» et «diffusion de tracts susceptibles de porter atteinte à l’intérêt national». «Ce dernier a répondu à toutes les questions et s’est défendu», précise son avocat, Me Badi.

– Grève de la faim d’un détenu à Mostaganem

L’activiste Ibrahim Douadji, arrêté le 12 octobre et incarcéré depuis, est en grève de la faim depuis une dizaine de jours, a annoncé son avocat Abdelghani Badi, qui lui a rendu visite. Ibrahim Douadji a été interpellé avec d’autres personnes lors d’un rassemblement contre la visite du ministre de la Jeunesse et des Sports, Raouf Bernaoui. Fait étonnant : l’activiste a été retenu dans le commissariat avec son fils de trois ans, s’est ému le Comité national pour la libération des détenus (CNLD).

«Le père d’Ibrahim Daouadji a été appelé par la police du commissariat 7e (où son fils est transféré) pour lui proposer de signer un PV de bonne santé de son petit-fils de 3 ans, après avoir été séquestré avec son père dans les geôles de la police pendant des heures et assisté au kidnapping de son père dans une violence atroce», écrit le CNLD dans un communiqué. Douadji est poursuivi pour des chefs d’inculpation très graves, à savoir «atteinte à l’unité nationale», «incitation à attroupement», etc. «Deux autres personnes sont en état de fuite dans cette affaire», signale l’avocat. 

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