Aucun candidat recevable n’a remis son dossier au Conseil constitutionnel


Aucune bousculade au portillon du Conseil constitutionnel, resté hier ouvert jusqu’à minuit, fin du délai légal pour le dépôt de la déclaration de candidature à la présidence de la République, et ce, conformément à l’article 140 de la loi organique portant régime électoral.

Officiellement, 77 prétendants à la magistrature suprême ont déposé leurs lettres d’intention au niveau du ministère de l’Intérieur et ont retiré les formulaires de signatures. Concrètement, à l’exception d’un seul dossier de candidature à la présidentielle, aucun autre n’a été remis au Conseil constitutionnel placé pour la circonstance sous haute surveillance. L’unique postulant est un illustre inconnu Benzahia Lakhdar, militaire à la retraite et ancien militant du FLN.

Face à cette situation inédite, née d’une crise inédite, que feront les décideurs sachant que même la Constitution ne prévoit pas le scénario de l’absence de candidature recevable ? Va-t-on vers l’annulation de cette élection rejetée dans le fond et la forme par le mouvement populaire ?

Sur quelle base se fera le report si l’on sort du champ constitutionnel ? Des observateurs et acteurs politiques estiment que cette situation est engendrée par l’obstination des tenants du pouvoir qui, aujourd’hui, n’ont d’autre choix que de reporter cette élection et s’il y aura un report, il s’agira du deuxième en l’espace de trois mois.

Une première dans l’histoire du pays. Selon les constitutionnalistes, une élection sans présidentiable est reportée de facto, d’une manière automatique. Car ni le Conseil constitutionnel ni le chef d’Etat par intérim ne peuvent reporter l’élection.

Le Conseil peut uniquement proclamer qu’il n’y a pas de candidat. Le politologue Mohamed Taibi estime qu’une présidentielle exige un ensemble de conditions politiques, qui n’existent pas aujourd’hui. «Le principe de la présidentielle est d’ouvrir une nouvelle page et non de créer une situation de blocage.

Une élection décriée par les Algériens pose un véritable problème politique. Aujourd’hui, le pays ne possède pas d’arsenal sécuritaire qui puisse assurer une élection transparente, et les autorités le savent», explique-t-il. Pour éviter le statu quo et, peut-être, dans un geste d’apaisement, le pouvoir va opter, selon Taibi, pour une élection vers la fin de l’année.

Ali Benflis, plusieurs fois candidat à la présidentielle, pense que «l’échec consommé de cette élection que le peuple a rejetée, considérant ses conditions de déroulement inappropriées et inacceptables, commande, impérieusement, le recours à la voie politico-constitutionnelle». Deux partis politiques, notamment l’ANR et le Front El Moustakbel, qui avaient annoncé leur participation à ces joutes, ont décidé de se retirer.

Belaïd Abdelaziz, qui s’est déjà porté à la présidentielle annulée du 28 avril, avant de renoncer, a expliqué ce retrait notamment par la non-installation de l’instance indépendante de contrôle des élections, l’absence de concurrence, la non-concrétisation du dialogue auquel a appelé le commandement de l’armée, et le contexte politique exceptionnel marqué par la révolte populaire.

Belaïd, qui a réuni, selon son parti, les signatures nécessaires, demeure convaincu que le processus politique dans le cadre constitutionnel est la seule voie de sortie de crise. L’autre chef de parti, qui a suspendu sa candidature pour le scrutin présidentiel, est Belkacem Sahli de l’ANR, et ce, «jusqu’à ce que les conditions de réussite de la consultation soient réunies».

L’ANR avait conditionné, fin avril 2018, sa participation à l’élection par la désignation d’une instance indépendante pour l’organisation des élections, la révision de certains articles de la loi portant régime électoral, la désignation d’«un gouvernement de compétences nationales» conduit par «une personnalité indépendante» et le règlement de «la crise de légitimité» de l’APN, Chambre basse du Parlement.

L’ANR, rappelle que de «larges couches» de la population algérienne rejettent «le cadre dans lequel doit se tenir la présidentielle, le 4 juillet», mais pas l’élection elle-même, qui est «un moyen démocratique et libre pour exprimer la souveraineté populaire».

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