Arrestations et interrogatoires en série : Les entraves à l’exercice du métier de journaliste se multiplient


Ces derniers jours, les attaques contre la corporation vont crescendo. La répression touche particulièrement les médias qui continuent de couvrir le hirak, devenu invisible sur les chaînes publiques et privées.

Restrictions et intimidations. Des journalistes, couvrant les manifestations populaires, ont été interpellés et certains fortement malmenés par les services de la police. Hier, le journaliste-reporter du quotidien El Watan, Mustapha Benfodil, a été interpellé alors qu’il assurait la couverture de la manifestation hebdomadaire des étudiants à Alger. Conduit au commissariat de La Casbah, il a été interrogé par des policiers avant d’être libéré.

Le correspondant de Russia Today (RT) a été violenté par la police lors de la même marche. Image de sa main en sang à l’appui, le correspondant a «condamné toutes les formes de répression contre les journalistes».

Ces derniers jours, les attaques contre la corporation vont crescendo. La répression touche particulièrement les médias qui continuent de couvrir le hirak, devenu invisible sur les chaînes publiques et privées.

La journée du samedi 5 octobre a été particulière dans cette escalade remarquée de la répression policière : une dizaine de journalistes, issus principalement de la presse écrite, ont été violemment interpellés avant d’être conduits au commissariat de La Casbah. Ce même jour, le correspondant d’El Hurra, Mohamed Djerrrada, a été tabassé, précise la chaîne dans son compte-rendu.

Depuis plusieurs jours, les services de sécurité tous corps confondus procèdent à des interpellations de journalistes : ils sont interrogés sur leurs activités et les liens qu’ils entretiendraient avec les médias étrangers. A la mi-septembre, les journalistes d’El Khabar, Hamid Goumrassa et Khaled Boudia, ont été longuement interrogés dans les locaux de la gendarmerie de Bab J’did (Alger) sur leurs publications.

Le journaliste algérien Sofiane Merakchi, correspondant de la chaîne Al Mayadeen, a été incarcéré jeudi 26 septembre. Selon son avocate, citée par TSA Algérie, les autorités lui reprochent d’avoir fourni des images des manifestations du vendredi 20 septembre à la chaîne Al Jazeera et d’autres médias étrangers.

«Etouffer la révolution»

Le cyberjournaliste et militant des droits de l’homme Saïd Boudour avait été gardé à vue à la sûreté de wilaya d’Oran, avant d’être remis en liberté provisoire, lundi, par le juge d’instruction de la 5e chambre du tribunal correctionnel.

«Des journalistes et des activistes du mouvement sont convoqués un peu partout sur le territoire national par une justice soumise qui tente d’étouffer la révolution. Des éléments des services de sécurité et du renseignement, en tenue ou en civil, lancent des opérations de chasse à l’homme des activistes de tous les collectifs (CNLD, RAJ, Réseau algérien de lutte contre la répression, parents des détenus….) pour installer un climat de terreur chez les Algériens», dénonce le Comité national pour la libération des détenus (CNLD).

Pourtant, les autorités continuent de présenter un tableau rose de la situation de la presse dans le pays. Le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Hassan Rabehi, a affirmé samedi à Alger que les journalistes «ne sauraient être offensés» car leur mission est «noble».

Intervenant en marge de sa participation à une cérémonie organisée par le ministère de l’Education nationale à l’occasion de la Journée mondiale des enseignants (5 octobre), Rabehi a ajouté que «la mission du journaliste consiste en la couverture des événements en cours, on ne doit pas prêter attention à ceux qui ne connaissent pas la valeur de la presse et des journalistes».

Sur le terrain, la situation est tout autre : des journalistes sont malmenés sans qu’aucune protection ne leur soit assurée dans l’exercice de leur mission. Objectif : faire peur mais surtout faire taire toute voix discordante.

Dans le classement mondial de la liberté de la presse 2019, l’Algérie perd cinq places par rapport à 2018 : elle passe de la 136e position à la 141e sur les 180 pays retenus pour ce classement.

«Dans un contexte politique assez instable, la liberté de l’information en Algérie demeure fortement menacée. Les autorités continuent à verrouiller le paysage médiatique avec de nombreux procès intentés contre des journalistes. Sous pression judiciaire, la presse algérienne peine à remplir sa mission», note RSF sur le cas de l’Algérie (publié en avril dernier). La situation est devenue plus compliquée ces derniers mois. Dans le contexte particulier du hirak. 

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