Après le hirak, quelle Algérie se dessine ?


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’avenir de l’Algérie a été, mardi dernier, à Paris, le principal axe des débats organisés par Le Monde Afrique, autour duquel les participants ont apporté, chacun de son côté, des éclairages sur la situation en Algérie, en livrant des analyses sur la nouvelle société qui prend corps dans l’énergie de la mobilisation populaire. D’emblée, la rédactrice en chef du journal, Maryline Baumard, a souligné que cette rencontre se veut un moment d’échanges et de croisement d’idées pour plus de visibilité sur ce qui se passe en Algérie depuis le 22 février et sur le devenir de ce pays à fortes potentialités. Abdelkrim Boudra, membre du groupe de réflexion Nabni, a recadré les débats, même si vers la fin, pour recommander aux participants et à l’assistance de se libérer des «prismes» identitaires, culturels, idéologiques ou religieux, soutenant que la jeunesse, qui manifeste dans les rues d’Algérie tous les vendredis, a déjà tranché ces questions-là avec le slogan «khaoua, khaoua» (tous frères). «En faisant valoir ces prismes dans nos analyses, a-t-il dit, on risque d’être dépassés par les événements, d’autant que la jeunesse manifestante a dessiné le socle d’un consensus national». Il a beaucoup insisté sur la nécessité de réussir la transition économique, estimant qu’une «non-réforme», avec une présidentielle «forcée» va aggraver la situation du pays. «Il faut une véritable transition politique et économique», a-t-il recommandé. Le président du Rassemblement actions jeunesse (RAJ), Abdelouhab Fersaoui, a abondé dans le même sens en considérant que la jeunesse «veut prendre son avenir en main». «Depuis le 22 février, les slogans ont reflété le degré de maturité politique des manifestants algériens, qui veulent être acteurs et non pas des sujets», a-t-il dit, soulignant cette «envie de reprendre la politique» par eux-mêmes. Pour lui, le mouvement a permis à cette jeunesse algérienne, accusée par le passé d’être «apolitique», de s’organiser et de s’affirmer afin de contribuer dans l’émergence d’une nouvelle génération d’élites politiques. Le membre du bureau du Mouvement démocratique social (MDS), Redouane Khaled, a expliqué pour sa part que l’engagement de la jeunesse est venu couronner un parcours, une lutte de plusieurs années déjà, «qui va emmener les Algériens à avancer et à aller vers une société plus politisée». Il a estimé que la réhabilitation de la dynamique politique en Algérie va permettre de remettre en cause beaucoup de choses et de lancer les débats dans une société à majorité jeune. De son côté, Karima Dirèche, historienne, qui a dirigé l’ouvrage collectif L’Algérie au présent, entre résistance et changements, a préféré livrer son analyse sous l’angle de l’histoire récente, en soutenant que les séquences des violences politiques depuis les années 1980 ont constitué chez les Algériens un refoulé qui a été à l’origine des manifestations. «Cette mémoire collective de la jeunesse algérienne est complètement réappropriée par les manifestants. Des référentiels historiques solides et des modèles justes ont permis de désavouer l’élite politique dirigeante. C’est une façon de se réinscrire dans la résistance», a-t-elle ajouté, soulignant qu’après «60 ans de gouvernance autoritaire», la transition va connaître un long processus. Sur ce point précis de la transition, tout le monde s’est accordé à dire que le «plus urgent» est de lancer cette transition, qui demande du temps, pour construite un «contrat social». Le combat de la femme algérienne et sa déterminante participation dans le hirak n’ont pas été omis des débats, puisque Feriel Lalami, sociologue et spécialiste de l’histoire du féminisme en Algérie, a évoqué la présence des femmes dans les rues d’Algérie, espace généralement occupé par les hommes, relevant que c’est une des particularités de ce mouvement populaire. Cette présence n’est pas anodine pour elle, puisque par sa participation, a-t-elle expliqué, la femme algérienne veut que la question de l’égalité soit abordée dans le cadre d’un Etat de droit. APS

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