Après Baïri, Haddad et Mazouz, les Benhamadi poursuivis en justice : L’argent de la campagne électorale et le blanchiment au cœur du scandale


Il y avait foule au parquet d’Alger, entouré par un dispositif de sécurité, en cette chaude journée de jeudi dernier. Une cinquantaine de personnes étaient convoquées dans le cadre de l’affaire Benhamadi, patron du groupe Condor, qui exerce dans plusieurs domaines, entre autres la pharmacie, l’agro-alimentaire, mais plus connu dans l’activité de l’électroménager.

En plus des faits liés à «la corruption, indus privilèges et blanchiment d’argent», il est le troisième homme d’affaires à être poursuivi pour «financement occulte de la campagne électorale» du président déchu pour un 5e mandat.

Mercredi dernier, la brigade de recherche de la gendarmerie de Bab J’did, à Alger, avait clôturé son enquête et entamé la présentation devant le parquet de Sidi M’hamed d’une cinquantaine de personnes, dont les auditions se sont achevées jeudi vers la fin de journée. Au moins quarante d’entre elles et six sociétés (personnes morales), dont Benhamadi Abderrahmane, gérant et actionnaire dans le groupe Condor, quatre membres de sa famille, le directeur général de la société Travocovia relevant du groupe et 34 cadres et fonctionnaires relevant du ministère de la Poste, des Télécommunications, des Technologies et du Numérique, du ministère de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, du ministère des Transports, mais aussi des Domaines de l’Etat et d’une agence de la BEA (Banque extérieure d’Algérie), ont tous été déférés devant le juge d’instruction pour plusieurs chefs d’inculpation.

En ce qui concerne les Benhamadi, ils sont poursuivis pour «financement occulte des partis politiques, bénéfice du pouvoir et de l’influence des agents de l’Etat, des collectivités locales, des entreprises et des institutions publiques de droit public, des entreprises publiques-économiques, des entreprises publiques à caractère industriel et commercial lors de la passation des contrats, des marchés et d’avenants à l’effet d’augmenter les prix ou de modifier, en leur faveur, la qualité des produits et des services et de l’approvisionnement».

Mais aussi de «blanchiment d’argent et transfert de biens obtenus par des faits de corruption à l’effet d’en dissimuler la source illicite dans le cadre d’un groupe criminel, dilapidation et utilisation de fonds de banque, incitation d’agents publics à exploiter leur influence effective et supposée dans le but de bénéficier d’indus privilèges».

Les deux anciens Premiers ministres, Abdelmalek Sellal et Ahmed Ouyahia, ont été ramenés de la prison d’El Harrach où ils sont détenus pour être informés des griefs qui leur sont reprochés, eux aussi, dans le cadre de cette affaire, avant que leur dossier ne soit transféré au procureur général d’Alger, puis à la Cour suprême pour «abus de fonction délibéré à l’effet d’octroi d’indus avantages à autrui en violation des dispositions légales et réglementaires, de passation de contrats en violation des dispositions législatives et réglementaires en vigueur en vue d’accorder d’indus privilèges à autrui et de dilapidation de deniers publics».

En fin de journée, le juge a ordonné le placement en détention provisoire de 12 prévenus, dont Abderrahmane Benhamadi, un des propriétaires du groupe dont il est le gérant, de ses deux frères, du directeur général de la société Travocovia, de trois cadres de l’opérateur public de téléphonie, Mobilis, de deux cadres à la direction de la santé et de la réforme hospitalière, de l’ex-directeur des Domaines pour la wilaya d’Alger, du chef de l’Inspection des impôts pour la circonscription de Chéraga, du directeur d’une agence de la BEA, ainsi que le chargé des opérations financières lors de la campagne électorale du président déchu.

Vingt autres prévenus, dont deux autres frères Benhamadi, et dix-huit cadres des administrations ont été quant à eux placés sous contrôle judiciaire, et un seul a été inculpé mais laissé en liberté.

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