Alors que les avocats de la défense ont boycotté l’audience : Bouregaâ et les porteurs de l’emblème amazigh maintenus en détention


La chambre d’accusation de la cour d’Alger a confirmé, hier en fin de journée, le maintien sous mandat de dépôt du moudjahid et militant politique Lakhdar Bouregaâ et des porteurs de l’emblème amazigh. Le moudjahid Bouregaâ a été placé en détention provisoire, le 30 juin, par un tribunal algérois, pour «outrage à corps constitué» et «atteinte au moral de l’armée» et incarcéré après avoir critiqué Ahmed Gaïd Salah. Il encourt une peine de dix ans d’emprisonnement.

Interpellés après la consigne donnée par le général Ahmed Gaïd Salah de ne tolérer aucun autre drapeau que «l’emblème national», les porteurs de l’emblème amazigh ont été poursuivis pour «atteinte à l’unité nationale», un délit pour lequel ils encourent dix ans d’emprisonnement.

Auparavant, les collectifs d’avocats chargés de la défense du moudjahid Lakhdar Bouregâa et des porteurs de l’emblème amazigh, placés sous mandat de dépôt, ont boycotté une audience de la chambre d’accusation de la cour d’Alger, consacrée à ces deux affaires. Les robes noires ont décidé à «l’unanimité» de boycotter les deux audiences, car la mise en détention de ces personnes et les poursuites engagées contre les porteurs de l’emblème amazigh «n’ont aucune fondement légal», a dénoncé Noureddine Benissad, président de la Ligue algérienne des droits de l’homme, dans une déclaration aux médias.

Environ 200 avocats étaient venus d’un peu partout, à travers le territoire national, pour défendre le militant politique Lakhdar Bouregâa et les manifestants emprisonnés pour port de l’emblème amazigh, selon lui. «L’ensemble des avocats considère que leur détention est une décision politique, et que leur libération ne peut être donc qu’une décision politique», a insisté Noureddine Benissad. «S’agissant de Bouregâa, il a exprimé une opinion politique et n’a appelé ni à la sédition ni à la haine», a ajouté le président de la LAADH. Il a tenu à transmettre une déclaration de Bouregaâ. «Je suis resté une heure avec Bouregaâ, et il a le moral. Il m’a dit qu’il faut continuer le hirak de manière pacifique», a-t-il assuré.

Pour sa part, Aouicha Bekhti, avocate membre du collectif d’avocats de la défense et membre du Réseau national contre la répression, a souligné que le maintien de tous les détenus en prison est une décision «politique» et «la solution ne peut être que politique». La chambre d’accusation de la cour d’Alger a confirmé, dimanche dernier, les décisions de mise sous mandat de dépôt, le 23 juin, des manifestants arrêtés deux jours auparavant, lors de la manifestation publique du vendredi 21 juin alors qu’ils arboraient le drapeau amazigh. «Dès le début, nous avions estimé qu’ils n’auraient même pas dû être interpellés», a-t-elle déclaré.

Ces arrestations, opérées depuis le 21 juin, ont provoqué un élan de solidarité et suscité la colère d’une partie de la société civile, des responsables politiques de l’opposition et des leaders syndicaux.

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