Ahmed Adimi. Membre dirigeant de Talaie El Hourriyet : «Le régime est obligé d’aller vers une solution négociée»


Porte-parole de Talaie El Hourriyet, Ahmed Adimi a affirmé, dans cet entretien accordé à El Watan, que le pouvoir en place cédera sous la pression du mouvement populaire, dont la mobilisation reste intacte. Il a appelé à l’ouverture d’un véritable dialogue pour sortir de la crise, qui passe par le report de la présidentielle, le départ du gouvernement Bedoui et la mise en place de l’instance de supervision des élections.

Vendredi dernier, les Algériens avaient massivement battu le pavé pour la 14e semaine consécutive de contestation antisystème. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Malgré la chaleur et la période de jeûne, la mobilisation citoyenne était intacte vendredi dernier, que ce soit à Alger ou dans d’autres villes de l’intérieur du pays. L’opinion publique est décidée d’aller jusqu’au bout de ses revendications. Le mouvement populaire a arraché des acquis, notamment le départ de Bouteflika, mais la principale revendication, à savoir un changement profond de régime, n’est pas encore acquise.

La révolution populaire a poussé aussi des hommes politiques à ne pas aller vers l’élection présidentielle. Nous sommes dans une nouvelle étape. Jusqu’avant-hier, aucun candidat ne s’est présenté au scrutin prévu le 4 juillet. Cela veut dire que l’opinion publique pèse de tout son poids sur la décision politique.

On s’achemine probablement vers un report de l’élection présidentielle. Quel serait le scénario dans ce cas de figure ?

Nous attendons l’annonce du report de l’élection présidentielle. Donc, on est passé à une autre étape. Je considère que le meilleur scénario est de reporter l’élection de trois à quatre mois, pour permettre aux futurs candidats de se préparer. Il faudrait aussi mettre en place l’instance de préparation et de supervision des élections.

Sans cette instance, qui doit être vraiment indépendante de l’administration et du gouvernement, on ne peut pas parler d’élections libres. Nous attendons aussi l’annonce d’un projet de loi qui sera soumis à débat. Autre chose, le départ de Bedoui est nécessaire. Ensuite, on pourra aller vers des élections propres et honnêtes.

A l’instar de nombreuses formations, votre parti a appelé au dialogue, mais le régime reste sourd aux appels de l’opposition et du mouvement populaire. Pourquoi le système s’entête-t-il à imposer ses propres choix ?

Nous avons appelé à un véritable dialogue et non pas à un simulacre de concertation. Le but du dialogue est de sortir de la crise, qui passe par le départ du gouvernement, la mise en place de l’instance de suivi des élections et l’annonce de la prochaine date du scrutin. Ensuite, nous pourrons engager un dialogue et une véritable recherche d’une solution politique.

Ceci dit, il n’y a aucun pouvoir au monde qui cède facilement. En Algérie, on est passé d’un régime sourd et aveugle, à un pouvoir qui cède un peu, à un pouvoir qui a accédé à certaines demandes, sous la pression de la rue.

Tant que le mouvement populaire reste mobilisé, je pense que le régime va céder, il ne peut pas rester éternellement dans cette position. Aujourd’hui, la situation est très grave sur le plan sécuritaire, économique et social. Donc, il est obligé d’aller vers une solution négociée.

Selon vous, la recherche d’une solution négociée de la crise politique passera-t-elle nécessairement via l’armée ?

Nous avons toujours dit que l’institution militaire, si elle le veut, peut accompagner le processus de recherche d’une solution à la crise politique. Elle peut accompagner, suivre et garantir ce processus, car, en face, c’est un véritable vide institutionnel au sommet de l’Etat. Nous ne voyons pas d’inconvénient à ce que cette institution participe au dialogue.

Les arrestations et les poursuites judiciaires contre des hommes d’affaires, des militaires à la retraite et des politiques s’inscrivent-elles dans le cadre d’une opération de lutte contre la corruption ou d’un règlement de comptes ?

Nous devons respecter la loi. Il est difficile de commenter les actes de la justice. Nous n’avons pas d’information et la justice ne peut pas informer en raison du secret de l’instruction.

Ceci dit, ceux qui ont volé l’argent du peuple doivent répondre de leurs actes devant la justice. Il est de notoriété publique que la corruption a gangrené toutes les institutions.

Nous ne sommes pas favorables à ce que le traitement de ces affaires soit reporté. Si cela peut permettre à l’Algérie de récupérer l’argent volé, pourquoi pas ! Il faut juste que la justice travaille sereinement.

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