Affaires judiciaires liées à la corruption : Une inquiétude qui plombe l’économie nationale


Les affaires judiciaires en cours ont fait état de l’implication de dizaines de cadres de l’Etat, que ce soit au niveau de l’administration, des institutions ou des entreprises publiques.

Une situation qui a apparemment provoqué un climat de panique qui, parfois, a «ralenti» des secteurs d’activité de l’économie nationale. Si dans certains cas, des personnes impliquées d’une manière ou d’une autre ne font qu’attendre l’arrivée des convocations, d’autres, par crainte de se voir soupçonnées d’une éventuelle complicité dans une quelconque affaire, préfèrent opter pour la prudence en refusant de signer le moindre document.

15 personnes, sur 17, ont été mises en accusation avant-hier par le tribunal de Sidi M’hamed dans l’affaire Sovac. En plus des trois frères Oulmi, il y a «12 cadres et fonctionnaires, dont 7 du ministère de l’Industrie et des Mines, ainsi que 5 cadres relevant de la banque publique, le Crédit populaire algérien (CPA)», selon le procureur de la République. Cinq de ces personnes ont été placées en détention provisoire.

Le 11 juin, la même juridiction avait aussi placé 19 personnes en détention provisoire, alors que sept autres sont sous contrôle judiciaire dans le cadre de l’affaire Tahkout (45 personnes sont impliquées dans cette affaire).

En plus des membres de cette famille, il y a d’anciens ou actuels responsables de l’administration ou d’entreprises publiques. Ceci, sans oublier les différents walis entendus jusque-là. En somme, en plus des personnalités connues de tous, des ex-Premiers ministres ou ministres, des dizaines de cadres d’institutions de l’Etat ou d’entreprises publiques, se sont déjà retrouvés face aux juges. D’autres suivront certainement.

Une situation qui, apparemment, a créé un climat de «panique» à des niveaux différents (administration nationale ou locale, ANDI, FNI, banques…) entravant parfois la bonne marche des appareils administratif et économique du pays. La corruption avait pris une telle ampleur que des pans entiers du personnel de l’Etat se sont retrouvés, d’une manière ou d’une autre, impliqués dans des affaires douteuses.

Et plusieurs d’entre eux ne font qu’attendre l’arrivée des convocations judiciaires. Mais la situation a apparemment dépassé ce cadre puisque d’autres, parmi ceux qui ont refusé d’adopter ce mode de fonctionnement, qui ne sont donc pas impliqués dans ces affaires, préfèrent, ces jours-ci, faire preuve de prudence en décidant de ne prendre aucune décision.

Ceci sachant qu’à l’origine déjà, les membres de ce gouvernement dit des «affaires courantes» savent pertinemment qu’ils ne resteront pas en poste après l’élection du nouveau président de la République, donc, logiquement, ils sont dépourvus de larges pouvoirs décisionnels. Selon un entrepreneur qui a requis l’anonymat, des agents de l’administration refusent d’apposer leurs signatures sur des documents, même au niveau local. Des bons de commande, factures et autres seraient mis «en attente».

Pas question surtout de procéder à un payement conséquent ou surtout à la délivrance par une banque d’un crédit. «La situation économique se dégrade de jour en jour, mais elle était dégradé avant le 22 février, je dois le préciser. Ce n’est pas la responsabilité du mouvement populaire. Elle se dégrade parce que justement face au problème de lutte contre la corruption, beaucoup de fonctionnaires tirent le frein à main parce qu’ils ont peur. Lorsque l’on fait des opérations comme ça on risque de bloquer la machine», a déclaré, avant-hier sur les ondes de la Chaîne 3 de la Radio nationale, le professeur de management et d’économie institutionnelle à l’université d’Alger, Mohamed Cherif Belmihoub. Bien évidemment, ici il n’est pas question de remettre en cause les enquêtes judiciaires dans ces affaires de délits économiques. «Quand les faits sont établis, il faut juger les personnes et les mettre en prison», a précisé l’universitaire.

Mais, il serait plus bénéfique de «laisser la justice fonctionner dans le calme et la sérénité, quitte à ce que cela prenne deux ou trois ans, plutôt que de lancer des opérations coup-de-poing».

Plus de communication serait également nécessaire. Les uns et les autres doivent avoir une idée précise sur ce qui est reproché aux responsables de l’administration et des entreprises publiques poursuivis en justice. La dépénalisation de l’acte de gestion étant adoptée depuis 2015, le personnel du secteur économique ou en relation avec lui ne devrait pas craindre de se retrouver en prison pour une «erreur» de l’acte de gestion.

Un représentant de l’Union nationale des entrepreneurs publics (Unep), Mohamed Kamel Aït Dahmane, a évoqué, hier, lors d’un séminaire, la nécessité de «réinstaurer un climat de confiance».

C’est pour cela que les économistes préconisent le retour dans les plus brefs délais à une situation normale, même si des divergences sont relevées quant aux démarches de sortie de crise proposées par les uns et les autres. Un climat de suspicion et de panique qui risque de se détériorer davantage si jamais la situation actuelle perdure.

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