Affaire du jeune mineur : Me Sellini ajoute une louche… de trop


L’affaire S. Ch., qui accuse des policiers d’avoir attenté à son honneur, s’est-elle retrouvée au centre de manipulations politiques ? Les déclarations de Me Abdelmadjid Sellini au sujet de l’affaire du mineur ont provoqué une onde de choc hier, aussi bien sur les réseaux sociaux que parmi les robes noires.

Questionné par un journaliste lors d’une rencontre professionnelle, le bâtonnier d’Alger n’a trouvé aucune réserve à conjecturer sur les tenants de cette affaire qui n’est pas encore élucidée et qui implique plusieurs personnes d’au moins de deux institutions. Pour lui, le jeune S. Ch. âgé de 15 ans «a été victime de manipulation». Par qui ? L’avocat désigne et de manière catégorique «la main de l’étranger», et «des forces qui visent à déstabiliser l’Algérie».

Deux notions qui portent la marque de fabrique du pouvoir politique algérien. Résumé de l’affaire : le jeune S. Ch. a été arrêté samedi lors d’une manifestation initiée par des hirakistes. Le soir même, une vidéo enflamme les réseaux sociaux, montrant le jeune originaire de Blida accusant des policiers d’avoir tenté de le violer dans un commissariat d’Alger. Pour l’opinion publique, c’est le choc.

L’affaire du jeune S. Ch. est ajoutée à une liste de cas de violence qu’auraient commis des agents de sûreté contre des militants du hirak. Mais cette fois, la DGSN et le parquet d’Alger réagissent et nient en bloc les allégations du jeune hirakiste. Reprenant les éléments d’information divulgués lundi par le procureur général près la cour d’Alger, Me Sellini estime : «Cette affaire est sujette à des suppositions et des chevauchements qui visent à faire mal à cette patrie.» Des déclarations qui ont fait réagir de nombreux confrères. Interrogé par El Watan, Me Boudjema Ghechir a qualifié les propos du bâtonnier d’Alger d’«irresponsables».

Et de souligner : «Pour pouvoir se faire une opinion, il doit disposer de tous les éléments de l’affaire. Et même si l’enfant ne mesure pas avec précision les termes qu’il a employés, cela n’empêche pas qu’on l’a poussé par derrière, sachant la sensibilité que ça implique. Il s’est avéré en plus que ses parents n’étaient pas présents, alors que la loi impose leur convocation pour assister à l’interrogatoire.» Autant d’incohérences dans les propos de Me Sellini que l’ancien président de la Ligue algérienne des droits de l’homme (LADH) qualifie d’«inacceptables», surtout qu’il s’agit d’un mineur.

Pour lui, «la seule explication de cette déclaration est qu’elle rentre dans un objectif de séduction du pouvoir, d’autant qu’il est en fin de mandat». La sortie du bâtonnier pose un autre problème et pas des moindres. En effet, de jeunes militants du hirak, parmi eux le poète Tadjadit, seront jugés aujourd’hui pour avoir diffusé la vidéo et critiqué les services de police.

Saïd Salhi, vice-président de la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme (LADDH), estime que ces déclarations risquent d’influer sur le cours du procès. Sur sa page Facebook, il a écrit hier : «Voici une manière d’enfoncer les prévenus Tadjadit et ses compagnons avant les conclusions de l’enquête et d’un procès, sans aucun respect des normes d’un procès équitable dont la présomption d’innocence.»

La même appréhension est partagée par Me Aïssa Rahmoun, avocat et défenseur des droits de l’homme. «Du point de vue de la réglementation, c’est une déviation grave que de rendre publics des éléments de l’instruction protégés par le secret. Et c’est d’autant plus grave quand ça vient d’un juriste, qu’il soit procureur général ou bâtonnier», a-t-il déclaré à El Watan.

Cette «déviation» répond, selon lui, à des objectifs politiques visant à semer le doute sur les intentions du hirak et de ses animateurs. «Le secret de l’instruction a été divulgué par le procureur général près la cour d’Alger, et maintenant, c’est le bâtonnier d’Alger qui donne une orientation délibérée à l’affaire et installe un débat accusateur en direction des animateurs du hirak. Il est fort probable qu’une manipulation vienne d’une organisation politique, mais nous sommes certains qu’il y a une grosse opération de manipulation et de désinformation de la part du régime, visant à discréditer tout activiste du hirak» explique Me Rahmoun.

Tous les tenants et les aboutissants de cette affaire ne sont pas encore clairs pour qu’on puisse tirer de sérieuses conclusions sans tomber dans l’interprétation partisane. Cela dit, la liste des cas de violence réels ou non à l’encontre des militants du hirak s’allonge et rien ne permet de différer ou d’ignorer cette question dont la gravité menace les institutions de l’Etat.

Pour l’opposition et les défenseurs des droits de l’homme, le recours à la notion de «main étrangère» est insultant venant d’un régime en manque de légitimité. «Ce qui menace la stabilité de l’Algérie et pousse à l’aggravation de la crise politique est ce pouvoir totalitaire qui ne croit pas au droit des Algériens d’aller vers la démocratie et pour les en empêcher, il viole les différents droits de l’homme, allant parfois jusqu’à recourir à la torture. C’est ce régime-là qui sème la confusion et l’instabilité en Algérie», conclut Me Bouchachi dans une déclaration faite à El Watan


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