Affaire du financement de la campagne de Bouteflika : Ali Haddad nie tout en bloc


L’ex-président du FCE a d’abord nié avoir contribué au financement de la campagne de Bouteflika pour un 5e mandat. «Je n’ai pas déboursé un dinar pour cette campagne», dit Ali Haddad.

Le défilé des accusés impliqués dans les deux affaires de montage automobile et de financement occulte  de la campagne électorale  de Bouteflika pour un 5e mandat s’est poursuivi hier, à la cour d’Alger, par l’audition des hommes d’affaires Hassan Larbaoui, Ali Haddad, les deux anciens Premiers ministres Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal ainsi que son fils Fares Sellal.

L’ex-président du FCE, Ali Haddad a été longuement interrogé sur ses relations avec Saïd Bouteflika, le financement de la campagne électorale du président déchu et le blanchiment d’argent. Haddad a d’abord nié avoir contribué au financement de la campagne de Bouteflika pour un 5e mandat.

«Je n’ai pas déboursé un dinar pour cette campagne», tranche-t-il avant que la juge ne lui demande de s’expliquer sur le chèque de 180 milliards de centimes qu’il aurait débloqué à cet effet. Une somme révélée par l’homme d’affaires Mazouz.

«C’est faux», lance-t-il, et d’ajouter : «Je n’ai jamais donné un chèque de cette somme.» La juge l’accule et lui demande s’il n’a pas contribué via une somme en espèce. «Je vous dis et je vous le répète que je n’ai pas donné un sou pour cette campagne», répond-il. A la question de savoir pourquoi il était chargé de la collecte de l’argent pour la campagne électorale alors qu’il y avait une direction chargée de cette opération,  Haddad répond par la négative.

La juge lui rappelle que dans le PV de la gendarmerie, il avait déclaré avoir été contacté par Saïd Boutefika pour cette mission. «Non, j’ai dit que Said Bouteflika cherchait un comptable, il m’a téléphoné pour me demander si je pouvais lui en dépêcher un de ma société ; il ne m’a pas saisi pour la collecte de l’argent.» Sur sa relation avec Said Bouteflika, Haddad affirme qu’il n’est pas son ami, mais qu’il entretenait avec lui une relation de travail.

«C’est le frère du Président, je ne pouvais que dire oui, lorsqu’il me demande un travail. Said Bouteflika n’est pas mon ami, on n’a jamais déjeuné, ni dîné et encore moins partis en vacances ensemble», soutient-il.

Ces propos ont provoqué un rire dans la salle. Haddad précise que le FCE ne s’est jamais lancé dans un projet  ou même l’organisation d’un séminaire sans l’accord de la Présidence. Mieux, poursuit-il, parfois c’est cette dernière qui dicte l’ordre du jour d’un séminaire ou d’une rencontre surtout si cela se déroule à l’étranger.

Les milliards des hommes d’affaires

Sommes déboursées par les hommes d’affaires pour la campagne : Mazouz a débloqué un chèque de 39 milliards de centimes, Larbaoui a remis un chèque de 20 milliards, l’homme d’affaires Mitedji a participé avec 10 milliards, Bellat avec un chèque de 5 milliards, Benhamadi  avec 5 milliards  et un citoyen avec 10 millions.

En plus de ces personnes, quels sont, demande la juge, les autres hommes d’affaires qui ont donné de l’argent pour cette campagne ? A la stupéfaction de la juge et du procureur, Ali Haddad avoue ne pas connaître  Mazouz, ni Larbaoui, ni les autres !

La juge ne comprend pas comment le patron des patrons ne connaîtrait pas ces personnalités qui sont pourtant célèbres dans le monde des affaires. «Mazouz est venu par hasard au siège du FCE avec dans sa poche un chèque.

Il m’a révélé que pour des raisons personnelles, il ne pouvait pas se rendre au siège de la direction de la campagne de Bouteflika. J’ai alors pris le chèque et en allant chez moi, j’ai fait une halte au siège et je l’ai déposé contre une décharge au nom de Mazouz», raconte Haddad.

La juge l’interroge alors sur l’origine des 19, 5 milliards  retrouvés dans son entreprise  ETRHB de  Dar El Beida (Alger). Il répond : «Cet argent se trouvait au  siège de la direction de campagne de Abdelaziz Bouteflika. Said m’a appelé et m’a demandé, pour des raisons de  sécurité, de garder cet argent à mon niveau dans mon coffre-fort. Je n’ai pas demandé des explications. Il devait récupérer cette somme destinée à payer le personnel recruté pour la gestion de cette campagne, plus tard.»

La loi, observe la juge, interdit ces pratiques et surtout «le mélange de la politique et l’argent». Haddad dit tout ignorer  de cette loi, et qu’il n’avait aucun lien avec la campagne, lui qui a toujours soutenu les mandats de Bouteflika. «A la demande de Said Bouteflika, j’ai mis à leur disposition plusieurs locaux, mais pas gracieusement. C’était une location», note Haddad qui rejette également  toutes les accusations  portant sur le blanchiment d’argent.

Fares Sellal revient sur ses propos

Appelé la barre, l’ancien Premier ministre Abdelmalek Sellal, fatigué  et la gorge nouée, est interrogé sur l’origine du contenu des deux comptes ouverts pour la campagne du candidat Bouteflika.

Sellal confirme avoir été chargé par écrit d’ouvrir ces comptes, mais qu’il n’en avait pas la gestion. Ouvrir deux comptes n’est-il pas interdit par la loi ?

l’interroge la juge «Non. En plus je tiens à clarifier une chose, un directeur de campagne n’a aucune base  juridique. Je suis un volontaire, donc je n’ai pas de responsabilité, ni  civile,  ni morale, ni administrative, ma responsabilité est plutôt politique. J’ignore qui a déposé des chèques. D’ailleurs j’ai quitté le poste le 28 février, depuis les comptes n’ont pas été mouvementés», se défend Sellal.

A la question de savoir si le siège appartenait à Haddad, il répond : «C’est Said Bouteflika qui m’a donné les clés du siège.»

S’agissant de l’affaire du montage de véhicules, son fils Fares Sellal avait auparavant déclaré devant le juge d’instruction qu’il n’avait investi aucun dinar  dans le capital de l’une des entreprises appartenant à Mazouz, mais qu’il était arrivé uniquement avec ses compétences.

Hier, il a soutenu devant le juge que lors de l’enquête il y avait un malentendu et qu’il fallait faire la différence entre «le capital» et les «dividendes».

«Mazouz m’a cédé des actions pour 9 millions de dinars. L’entreprise était en faillite, mais grâce à mes compétences et mon professionnalisme, j’ai pu sortir de l’entreprise avec 11 milliards de centimes.» Poursuivi dans la même affaire, Larbaoui a nié avoir versé des montants pour «obtenir des avantages et des facilitations» des services du ministère de l’Industrie, lorsque Abdesselam Bouchouareb était à la tête de ce département, arguant qu’il détenait un registre du commerce dans le domaine depuis 2013.

«Comment expliquez-vous qu’entre 2015 et 2016 vous avez obtenu trois agréments ? N’est-ce pas grâce à vos relations avec Bouchouareb ?» interroge la juge. «J’avais présenté un dossier et j’étais conforme à la loi», estime l’homme d’affaires. Sur ce point, l’ancien Premier ministre Ahmed Ouyahia parle de Yousfi.

«J’ai eu vent de ces rumeurs, alors j’ai demandé à Yousfi de mener une enquête à son niveau et de vérifier si Larbaoui répondait aux critères et s’il a respecté les lois, Yousfi après vérification a estimé que c’était juste des rumeurs» a révélé Ouyahia…

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