Adhésion de l’Algérie aux BRICS, qu’en pensent les experts ?

Dans le cadre de sa volonté de recouvrer sa place sur l’échiquier mondial, l’Algérie, premier exportateur de gaz naturel d’Afrique, envisage de rejoindre les BRICS.

Lors de sa rencontre périodique avec la presse nationale, dimanche dernier, le président Abdelmadjid Tebboune a évoqué l’éventualité que l’Algérie adhère prochainement aux BRICS.

À la question de savoir si l’Algérie ambitionnait d’adhérer aux BRICS, le président de la République a affirmé que « cela est envisageable », mais qu’il ne faut pas « devancer les événements ». Il a toutefois assuré qu’il y aura « de bonnes nouvelles ».

« Les BRICS nous intéressent, car ils permettent de s’éloigner de l’attraction des deux pôles. Ils constituent une force économique et politique », a-t-il ajouté.

« L’intégration du groupe des BRICS est tributaire de conditions économiques auxquelles l’Algérie satisfait en grande partie », a souligné le Chef de l’État.



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Le commentaire d’Abdelmadjid Tebboune intervient dans le sillage de l’appel du président russe, Vladimir Poutine, aux dirigeants des BRICS pour « la formation d’un système de relations intergouvernementales véritablement multipolaire ».

Fin juin dernier, le président Tebboune a, rappelons, participé, par visioconférence, au sommet des BRICS. Loes de son intervention, le chef de l’État avait mis en avant « l’approche de l’Algérie concernant l’instauration impérative d’un nouvel ordre économique mondial où régneront la parité et l’équité entre pays. »

Adhésion de l’Algérie aux BRICS : l’avis des experts

Au micro de RFI, l’économiste spécialiste de l’Algérie, Alexandre Kateb, a estimé qu’une entrée dans ce club « permettrait à l’Algérie d’avoir des relations directes avec ces grandes puissances émergentes que sont les BRICS et de rehausser son statut diplomatique ».

De même, l’intégration du groupe BRICS offrira à l’Algérie des opportunités économiques considérables. Elle pourra, par exemple, « bénéficier des financements octroyés par la Banque des BRICS et participer à la création d’un système alternatif au rôle du dollar américain », poursuit Alexandre Kateb.

Sous l’impulsion de la Russie et de la Chine, les BRICS affichent un principe d’ouverture. Dans une intervention à la RFI, Thierry Apoteker, économiste spécialiste des BRICS et de l’Algérie, a jugé que le pays possède tous les attributs nécessaires pour faire partie des BRICS. « C’est un pays influent sur la scène internationale. Un pays important du point de vue des ressources et de l’équilibre pétrolier gazier mondial. Il exerce une influence régionale qui intéresse beaucoup la Russie et la Chine », analyse le chercheur.

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De leur côté, les spécialistes algériens considèrent que l’Algérie possède tous les atouts économiques nécessaires pour intégrer les BRICS. Dans des déclarations à la Radio nationale, les experts économiques, Mokhtar Allali et Aboubakr Sellami, ont estimé que la relance économique qu’a connue le pays pendant ces deux dernières années le qualifie à rejoindre les BRICS.

Entre autres arguments, l’Algérie pourra faire valoir : son PIB élevé (145,2 milliards USD en 2020, NDLR), sa position géographique stratégique, son réseau routier avec les pays du Sahel, ses canaux gaziers avec l’Afrique et l’Europe, expliquent les analystes.

Qui sont les BRICS ?

BRICS est un acronyme qui désigne un groupe de cinq pays : le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud. Le groupe se réunit depuis 2011 en un sommet annuel.

Ensemble, les BRICS pèsent 45 % de la population de la planète (3 milliards d’habitants), près du quart de sa richesse et les deux tiers de sa croissance. À l’heure actuelle, le Brésil, l’Inde et la Chine constituent les grandes puissances émergentes.

Au cours des dix dernières années, les BRICS seraient à l’origine de plus de la moitié de la croissance économique mondiale. En outre, trois des cinq BRICS font partie des dix premières puissances économiques mondiales (la Chine 2e, l’Inde 7e et le Brésil 9e).

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Les pays du BRICS comptent au total plus de 3 milliards d’habitants, soit 41 % de la population mondiale. À titre de comparaison, la population totale des pays membres de l’OTAN n’est que de 992 millions d’habitants.

Depuis 2015, les BRICS disposent de leur propre banque de développement. Il s’agit de la Nouvelle banque de développement (NDB) dont le siège se trouve à Shanghai. La NDB est une institution qui se veut une alternative à la Banque mondiale.

En termes chiffrés, les BRICS représentent : 25 % du PIB mondial (24 200 milliards USD) ; 20 % des exportations mondiales de marchandises (4600 milliards USD), 11 % des dépenses militaires mondiales, 26 % de la superficie continentale du globe, 42 % de la population mondiale ; 40 % de la production mondiale d’énergie.

En plus de l’Algérie, trois autres puissances émergentes sont intéressées par l’adhésion au club des BRICS : la Turquie, l’Égypte et l’Arabie Saoudite.