Acte 31 du mouvement populaire à Béjaïa : «Empêcher l’élection pour sauver le pays»


C’est une impressionnante marée humaine qui a déferlé sur la ville de Béjaïa à l’occasion du 31e vendredi de colère. Le sentiment d’exacerbation est attisé par le dernier message d’Ahmed Gaïd Salah, chef d’état-major, qui comporte ses intentions d’affaiblir le mouvement, à commencer par interdire la capitale aux manifestants venant d’autres wilayas, les arrestations arbitraires et la poursuite du processus électoral à tout prix et contre la volonté du peuple.

Dès midi, l’esplanade de la maison de la culture Taos Amrouche est déjà noire de monde. Les manifestants arrivent par groupes des quatre coins de la wilaya. Ils sont plus que jamais déterminés à avorter la feuille de route du pouvoir qui consiste à organiser une élection qui n’intéresse pas plus que «les larbins du système». «Nous devons empêcher l’élection pour sauver le pays», un message transcrit sur une banderole, qui signifie que l’élection présidentielle permettra la régénération du système et, donc, le retour à la case de départ. La marche d’hier coïncide avec un double défi lancé aux manifestants par l’état-major de l’armée.

Il y a d’abord la convocation du corps électoral le 15 septembre dernier par le pouvoir, annonçant le début du processus électoral au mépris des électeurs qui revendiquent une période de transition démocratique. Cette décision est accompagnée par une batterie de mesures visant à intimider et à décourager les Algériens en procédant à une série d’arrestations arbitraires et à la tentative de réactiver le décret de 2001 interdisant les manifs dans la capitale. Pendant que des centaines de manifestants ont rejoint la capitale mercredi et jeudi, des milliers d’autres ont occupé la rue à Béjaïa pour dire au pouvoir que «le peuple ne s’arrêtera pas jusqu’au changement radical du système». Le slogan phare de ce rendez-vous est évidemment «Ulac l’vote !» (Pas d’élection).

Pour cause, les manifestants, réclamant «le départ de Gaïd Salah, de Bensalah et de son gouvernement», attestent que «rien ne se fera avec les résidus du système Bouteflika». Pour les marcheurs, «les urnes sont trop petites pour contenir le rêve de tout un peuple». Le général-major Ahmed Gaïd Salah est plus que jamais conspué par la rue. «Le peuple veut la tête de Gaïd Salah !» scandent les marcheurs qui invitent les généraux à «regarder dans la rue où l’Algérie fait sa mue». Les familles des détenus d’opinion ont marché encore une fois pour dénoncer l’instrumentalisation de la justice et réclamer la libération de leurs enfants.

La rue adopte la grève générale du 24 septembre

La population, qui mettait en avant l’option d’une grève générale lors des manifs précédentes, a également exprimé sa volonté à suivre le mot d’ordre de grève lancé par un groupe de syndicats (CLA, Satef et Snapap), le comité de soutien aux travailleurs, les deux partis politiques de gauche (le PT et le PST), le Collectif des enseignants et des travailleurs de l’université Béjaïa ainsi que le mouvement associatif local.

Et ce, à travers des banderoles appelant à la grève générale et des pancartes sur lesquelles on peut lire «Grève générale jusqu’au départ du système», ou cette pancarte qui invite à prendre part à la «Grève générale et marche avec la communauté universitaire chaque mardi à partir de ce 24 septembre». Une autre banderole signifie que le peuple est prêt à aller plus loin en menaçant de «décréter» la désobéissance civile comme ultime recours et à traves les 48 wilayas.

Les tracts de l’appel à la grève, qui sera appuyée par une marche mardi prochain à 10h à partir de l’esplanade de la maison de la culture Taos Amrouche, ont été largement distribués lors du rassemblement. Les initiateurs ont estimé qu’«il est désormais clair que les marches hebdomadaires ne suffisent pas à imposer le rapport des forces nécessaire pour en finir avec le système».

C’est dans cette logique qu’ils appellent «toutes les organisations politiques, syndicales, professionnelles et associatives et tous les citoyens qui aspirent au changement à œuvrer à la réussite de cette journée d’action qui a pour objectif d’exiger la libération des détenus du mouvement, la levée des restrictions sur les libertés démocratiques et d’exprimer le rejet des élections», lit-on dans la déclaration qui a sanctionné la réunion du 17 septembre dernier. Les organisateurs appellent également les transporteurs à contribuer par le déplacement des manifestants jusqu’à la capitale des Hammadite afin d’appuyer la marche de la communauté universitaire.

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