Abdelouhab Fersaoui. président du RAJ : «On ne cédera pas»


La police a empêché de nouveau, avant-hier à Béjaïa, la tenue d’une réunion organisée par le Rassemblement Actions Jeunesse (RAJ). Pouvez-vous nous raconter ce qui s’est passé ?

Ce qui s’est passé jeudi intervenait après l’interdiction de l’université d’été du RAJ, prévue les 28, 29 et 30 août dernier au niveau d’un camping à Béjaïa. En réponse, nous avons organisé un rassemblement sur la place Saïd Mekbel pour dénoncer cette interdiction, parce que c’est une atteinte grave aux libertés démocratiques.

En alternative, nous avons prévu d’organiser une université populaire dans un espace public, sans qu’il y ait une autorisation. Nous considérons que l’espace public est un espace de libre débat et de participation citoyenne, surtout dans le contexte actuel que vit l’Algérie. Nous assistons à des moments historiques depuis le 22 Février. Les Algériens réclament un changement de système et l’instauration d’une nouvelle République.

Dans ce contexte, nous refusons que des rencontres citoyennes soient soumises à des autorisations préalables de l’administration. Aujourd’hui, il faut se réapproprier les espaces publics pour un débat libre. C’est l’un des acquis du mouvement du 22 Février. Jeudi, on a installé une sono, des bâches et des chaises sur une place publique à Béjaïa. Les policiers nous ont demandé d’évacuer les lieux, parce que nous n’avions pas d’autorisation et de retirer les chaises et la bâche. On a fait une concession. Notre objectif était de tenir notre université populaire.

Malgré cela, les autorités ont décidé d’empêcher cette rencontre. Les forces de l’ordre ont aussi interpellé une vingtaine de militants du RAJ et de simples citoyens. Les policiers sont intervenus de manière non violente et ont dispersé les personnes arrêtées dans plusieurs commissariats. On a signé des PV sur lesquels est mentionné que nous étions interpellés lors d’un rassemblement organisé par le RAJ sans autorisation, avant de nous libérer. Ensuite, nous avons improvisé un rassemblement au niveau de la place Saïd Mekbel.

A cette occasion, nous avons remercié toutes les forces partisanes, syndicales et citoyennes qui ont été solidaires avec le RAJ. Au-delà de notre association, c’est toute la dynamique citoyenne autonome de Béjaïa qui est visée à travers cette interdiction. C’est aussi la wilaya de Béjaïa qui a été visée, parce que durant les 20 ans de règne de Bouteflika, la région était un territoire libéré, où l’on pouvait organiser des rencontres et des universités d’été. Cette wilaya a résisté au rouleau compresseur de la normalisation du pouvoir sous le règne de l’ex-Président.

Par cette interdiction, on veut aussi étouffer et casser la dynamique citoyenne à Béjaïa. Pour ces raisons, nous avons tiré la sonnette d’alarme sur les atteintes aux libertés démocratiques. Nous devons nous organiser, créer des synergies pour défendre ensemble les libertés démocratiques et la réappropriation des espaces publics.

Après une nouvelle interdiction en l’espace de quelques jours, votre association continuera-t-elle sa mobilisation dans le cadre du hirak ?

Le RAJ fait partie d’une société elle-même en pleine révolution pacifique. On ne fait que notre devoir de contribuer de manière modeste pour faire aboutir ce mouvement. Le combat du RAJ pour la démocratie, l’Etat de droit, la liberté et la justice ne date pas du 22 février, mais a débuté dès sa création, en 1993.

Rien ne pourra nous affaiblir et rien ne pourra réduire notre détermination et notre engagement. Au contraire, ces interpellations, ces restrictions des espaces de liberté et cette volonté du pouvoir à casser le mouvement ne peuvent que renfoncer notre engagement et notre détermination. On ne cédera pas face au pouvoir. Nous continuerons notre mobilisation pacifique.

Alors que le pouvoir en place ne cesse d’appeler au dialogue pour une sortie de crise, on assiste à des atteintes répétées aux droits de manifestation et de rassemblement avec son lot d’arrestations des militants du hirak et d’interdictions de rencontres des partis de l’opposition et de la société civile. Comment interprétez-vous cela ?

Le pouvoir souffle le chaud et le froid. D’un côté, il appelle au dialogue via l’Instance de dialogue et de médiation et de l’autre côté, il empêche les Algériens de débattre entre eux, au moment où le peuple a renoué avec la politique. Le meilleur dialogue ou débat qu’il faut encourager est celui de la société. On ne peut pas envisager une solution de sortie de crise, si le peuple n’y participe pas. Il faut ouvrir les espaces de débat et permettre aux Algériens de s’exprimer en toute liberté à travers les conférences, les rassemblements et les marches au niveau national.

Mais sur le terrain, le pouvoir n’a qu’un seul objectif, à savoir organiser une élection présidentielle le plus tôt possible. Une fois organisée, celle-ci permettra le recyclage du système en place, rejeté par le peuple. Aujourd’hui, nous n’avons d’autre alternative que de poursuivre la mobilisation pacifique au niveau national. Mardi passé, les étudiants ont adressé un message fort au pouvoir.

Hier, nous avons assisté à un tsunami populaire un peu partout en Algérie. Les Algériens rejettent le dialogue et l’élection que le pouvoir veut imposer. Le peuple est déterminé et rien ne pourra le détourner de sa marche vers un Etat de droit et la démocratie. Aujourd’hui, il n’y a aucun indice de bonne volonté du régime d’aller vers le changement et trouver une solution à la crise politique.

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