Abdelkader Bensalah intronisé chef d’état lors d’un congrès du Parlement : Le pouvoir tourne le dos à la volonté populaire


Le pouvoir abat sa dernière carte. En dépit de la pression populaire, il impose le fait accompli en intronisant, depuis hier, Abdelkader Bensalah pour assumer la fonction de chef d’Etat pour une période de 90 jours, conformément à l’article 102 de la Constitution.

Cette formalité a été accomplie, à l’occasion de la tenue du congrès du Parlement, convoqué pour confirmer la vacance de la présidence de la République. La session réunissant les parlementaires des deux Chambres, APN et Sénat, a été d’ailleurs clôturée en moins de 40 minutes. Sans débat et avec célérité.

En l’absence des députés de l’opposition qui ont boycotté le rendez-vous, ce sont les représentants de la majorité FLN-RND-TAJ-MPA et quelques représentants de partis microscopiques qui se sont prêtés à ce jeu pour tenter de sauver le système, dont ils profitent durant de longues années. Retour sur le déroulement d’une kermesse visant à faire fi de la volonté populaire…

L’événement, qui a eu lieu au Palais des Nations du Club des Pins, à l’ouest d’Alger, s’est déroulé dans une ambiance morose. Visages crispés, les parlementaires convoqués à cette session ont donné l’impression d’avancer à reculons vers la salle de réunion qui a abrité les travaux de cette session extraordinaire.

Présents sur les lieux dès les premières heures de la matinée, les députés et sénateurs se pavanaient nonchalamment dans le hall de cette infrastructure. Faisant des va-et-vient incessants entre la cafétéria du palais et l’entrée de la salle de conférences, ils affichaient grise mine. Contrairement à leurs habitudes, ils évitaient systématiquement les micros et les caméras des chaînes de télévision privées. Il faut passer inaperçu en cette période politique complexe.

C’est ce qu’a tenté de faire le président du parti TAJ et sénateur du tiers présidentiel, Amar Ghoul. Sirotant un café au comptoir de la cafétéria, l’homme refuse carrément de répondre aux questions de quelques journalistes qui tentaient de le faire réagir avant le début des travaux de ce congrès. Dans le hall, l’ancien ministre des Travaux publics et député du FLN, Boudjamaa Talai, faisait, lui aussi, les 100 pas en solo en attendant le début de la session.

La fausse démission de Bensalah

Certains parlementaires ont préféré discuter des questions partisanes pour éviter de donner leur avis sur la crise du moment, dont ils assument aussi une partie de la responsabilité.

C’est le cas de Djamel Ould Abbès, ancien secrétaire général du FLN et sénateur du tiers présidentiel. Ce dernier nourrit toujours le rêve de réoccuper le strapontin offert par l’ex-parti unique. «Bouchareb n’est pas légitime. Le SG du FLN c’est moi», lance-t-il.

Comme lui, le député Seddik Chihab préfère s’exprimer sur sa guerre déclarée avec le secrétaire général du RND, Ahmed Ouyahia. Attendus devant l’entrée principale de la salle de conférences, les responsables des deux Chambres du Parlement, Abdelkader Bensalah et Mouad Bouchareb, ont choisi de faire leur entrée par une porte dérobée pour éviter tout contact avec la presse.

C’est ainsi que les travaux de la session commencent avec la présence de 470 parlementaires sur les 604 membres des deux Chambres. Il était environ 10h10. Présidée par Abdelkader Bensalah, la séance débute avec une contestation vite étouffée.

Le président du groupe parlementaire des indépendants, Lamine Ousmani, et le député du FLN, Slimane Saadaoui, ont tenté de prendre la parole, avant même la lecture du règlement intérieur de la session.

Mais ils ont été empêchés. C’est ainsi que le groupe des indépendants a quitté la salle. «Dès que nous avons vu que Bensalah était présent, nous avons décidé de quitter la salle», déclare Lamine Ousmani à la presse à l’issue de la session.

Défenseur de la solution constitutionnelle, l’orateur affirme : «Jusqu’à aujourd’hui (hier matin, ndlr), les échos qui nous sont parvenus du Conseil de la Nation disaient que Bensalah allait démissionner». «On ne sait pas ce qui s’est passé», lance-t-il, appelant à la poursuite de la mobilisation populaire. «C’est une mascarade !» lance de son côté un autre député indépendant. Cette contestation n’a pas pesé lourd et la carte Bensalah passe avec 453 voix, contre une seule opposition. Aussitôt, le désormais chef d’Etat annonce son ambition : «Je vais travailler à concrétiser les intérêts du peuple.

C’est une grande responsabilité que m’impose la Constitution», déclare-t-il, avant de clôturer, vers 10h40, les travaux de la session. Avec cette intronisation, le pouvoir clarifie définitivement sa position concernant le règlement de la crise.

La balle est renvoyée à la rue qui avait déjà rejeté massivement l’option Bensalah. Les Algériens continueront, comme ce fut le cas hier, à se mobiliser jusqu’à la satisfaction de sa revendication : le départ du système et ses représentants.

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