«5 millions de masques chirurgicaux ont été débloqués au profit du personnel de santé du secteur privé»


Abdelkrim Touahria. Président du Conseil de l’Ordre des pharmaciens et membre du conseil scientifique du suivi de l’évolution de l’épidémie Covid-19

Le président du Conseil de l’Ordre des pharmaciens et membre du conseil scientifique, Abdelkrim Touahria, revient dans cet entretien sur l’importance du port du masque pour se protéger du virus Sars-Cov-2 et protéger les autres. L’obligation de son port exige au préalable sa disponibilité pour le grand public afin de limiter la contagiosité et la propagation de l’épidémie. Ainsi, il signale que des recommandations ont été faites par le conseil scientifique pour que toutes les mesures soient prises afin de rendre cet équipement de protection disponible sur le territoire national.

– Le conseil scientifique recommande le port du masque en prévision du déconfinement. Ces masques sont-ils actuellement disponibles ?

La préconisation du port du masque dans les lieux publics remonte à plusieurs semaines et elle constitue une des recommandations du conseil scientifique de suivi de l’évolution de l’épidémie de Covid-19.

Dans ce sens, des propositions ont été faites aux autorités afin de prendre toutes les mesures pour le rendre disponible au niveau des officines de pharmacie. Parmi ces propositions, il y a, entre autres, les campagnes de sensibilisation et d’information à travers les médias audiovisuels, radiophoniques et la presse écrite sur l’intérêt du port du masque.

Comme il est question de la reconstitution des stocks au niveau de la PCH en autorisant les opérateurs du secteur privé à les importer, l’augmentation des capacités de production et, enfin, rendre le port du masque obligatoire dans les lieux publics, comme exigence dans la perspective du déconfinement. A ce moment-là, la question de la disponibilité se posera sérieusement.

La priorité des autorités est d’abord de doter le personnel de santé des secteurs public et privé afin de le protéger et assurer la continuité des soins. Rappelez-vous des difficultés auxquelles sont confrontés la plupart des pays pour s’approvisionner en moyens de protection (augmentation de la demande, fermeture des frontières, interdiction d’exportation…).

Actuellement, la tension a sensiblement baissé sur les masques chirurgicaux, mais moins sur les masques ffp2. D’ailleurs, un quota de 5 millions de bavettes a été acheté auprès de la PCH au profit du personnel de santé du secteur privé par les grossistes.

Lesquels débuteront la distribution aux pharmaciens dès aujourd’hui (hier, ndlr) au lieu de se rendre au pharmacien référent comme cela a été fait au début. Ainsi, les médecins libéraux pourront s’approvisionner auprès de tous les pharmaciens de leur localité dès demain (aujourd’hui, ndlr)

Maintenant, revenons au grand public : il est clair que la disponibilité pose problème comme dans la plupart des pays du monde, et c’est dans ce sens que le comité scientifique recommande le masque alternatif en tissu lavable, réutilisable et facile à confectionner.

– Les centres de la formation professionnelle, des usines de textile et des unités de fabrication artisanale se sont mobilisés pour la confection de masques alternatifs. Est-ce que ces masques sont aux normes ?

Il est clair qu’à partir du moment où le port du masque devient une exigence pour les commerçants comme cela a été décidé par le ministère du Commerce, il sera certainement obligatoire dans les jours à venir dans les lieux publics.

Le salut est chez tous ceux qui peuvent contribuer à la confection de ces masques grand public (artisans, centre de formation professionnelle, industrie textile, associations et même les individus pour leurs propres besoins…).

Cette opération a déjà commencé grâce au concours de tout le monde et certains masques sont déjà vendus, voire distribués gratuitement dans certains endroits. Il existe des normes pour la confection des masques alternatifs qui sont certifiés par des organismes agréés. La question qui se pose aujourd’hui en pleine crise sanitaire est de savoir si ces masques protègent ou pas.

La réponse est oui, il y a un pourcentage de protection non négligeable, la protection est d’autant plus importante quand le vis-à-vis porte aussi un masque. Cela dit, des campagnes d’information et d’explication sur les techniques de confection de ces masques alternatifs sont prévues sur les médias (tv).

– Ces masques alternatifs seront-ils vendus en pharmacie ?

Non, pas les masques grand public. La loi sur les produits autorisés à la vente en pharmacie est claire : en dehors des produits pharmaceutiques, seuls les dispositifs médicaux homologués par l’agence du médicament, comme les masques médicaux, sont autorisés à la dispensation dans les officines.

Contrairement aux autres commerces ou dans des situations exceptionnelles, ils peuvent commercialiser des produits pour lesquels ils n’ont pas de codes sur leurs registre de commerce. Le pharmacien a une responsabilité pharmaceutique, qui l’oblige à assurer la qualité, l’efficacité et la sécurité des produits pharmaceutique qu’il dispense à ses clients.

– Les prix de ces masques, qu’ils soient chirurgicaux ou alternatifs, sont-ils fixés ?

Il est impératif de plafonner les prix des masques chirurgicaux qui doivent être vendus exclusivement en pharmacie (DM), mais surtout ceux des masques alternatifs vendus et distribués partout (grandes surfaces, kiosques, épiceries, etc.) afin de les rendre accessibles au maximum de citoyens, quitte à ce que l’Etat les subventionne, voire les distribue gratuitement pour les nécessiteux via les dispositifs sociaux existants au niveau des APC.

– Les pharmaciens d’officine ont été en première ligne lors de cette épidémie et se sont auto-équipés avec toutes les difficultés rencontrées. Quel message leur adressez-vous ?

L’Ordre des pharmaciens salue l’engagement, la disponibilité et les efforts consentis par tous les pharmaciens, toutes catégories d’exercice confondues.

Ceux qui sont mobilisés pour continuer à assurer la production, l’approvisionnement, la distribution et particulièrement ceux qui sont en première ligne face à des patients et une population qui ont besoin d’être pris en charge, orientés et rassurés dans ce contexte particulier de l’épidémie et d’avoir également respecté leur devoir de prêter leur concours et de faire preuve de responsabilité et d’abnégation au service de la protection de la santé publique.

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