40 conteneurs d’une substance inflammable en souffrance sur les quais depuis 6 mois : Produits dangereux au port sec de Skikda


Quarante conteneurs de 20 pieds contenant un million de litres d’un mélange de white-spirit, un dérivé du kérosène (pétrole lampant), hautement inflammable, sont en souffrance depuis le 17 mars dernier au port sec de Skikda.

: Bien qu’ils soient hermétiquement fermés, selon des sources locales, un incident, sinon un sabotage, pourrait donner lieu à une immense déflagration, sachant que ces conteneurs sont entreposés près de la plateforme pétrolière du port de Skikda.

Renseignements pris, il s’agit d’une cargaison destinée à l’exportation, dont le propriétaire, Solvant Pain, une société spécialisée dans la transformation des produits pétroliers, se dit victime de bureaucratie. Contacté par nos soins, Maâchia Réda, le gérant de cette société, explique : «Je suis un jeune opérateur dans le domaine de la fabrication et de l’exportation des peintures, diluants, solvants et tous les produits chimiques destinés à la mécanique et l’industrie. J’ai cru à l’appel de notre président Tebboune de recourir à la presse pour dénoncer un fait accompli à travers plusieurs lettres ouvertes.

Etant autorisée par le ministère du Commerce pour la fabrication de ‘‘diluant synthétique à base de white-spirit’’, notre société a pu participer à la relance économique du pays dans le domaine de l’exportation, par la transformation de ce produit contaminé, acquis chez Naftal, en tant que matière première pour les résines routières ; ce qui va nous permettre de faire rentrer des devises au pays, sachant que notre bilan d’exportation de 2019 fait état d’un chiffre d’affaires de près de quatre millions d’euros, rapatriés dans les délais.»

Kérosène pur

Selon le dossier remis à notre rédaction, ses malheurs avec l’administration remontent au 17 mars 2020, lors d’une opération d’exportation de 40 conteneurs (40 TC) d’un solvant, destinée à la Mauritanie, sa société a été surprise par un blocage inexpliqué. «En effet, les services des Douanes du port sec de Skikda ont insisté pour effectuer un prélèvement de la marchandise à exporter, représentant deux échantillons, pour définir la nature du produit.

C’est ce qui a été fait. Le lendemain, les mêmes services ont informé l’opérateur économique que le laboratoire de la raffinerie de Skikda a confirmé que le produit destiné à l’exportation était du ‘‘kérosène pur’’ en nous brandissant un bulletin d’analyse, sans conclusion. Ce produit est un mélange de white-spirit, sachant que, chimiquement, qu’il est dérivé du kérosène, nous avons protesté en expliquant aux Douanes que le produit est un mélange de gasoil avec pétrole lampant (kérosène) à un taux minime et que ce dernier remplace le white-spirit, lui-même un dérivé du kérosène.

Mieux, ce produit est en vente libre par les distributeurs des produits pétroliers, car il ne s’agit pas du kérosène Jet destiné aux avions, mais d’un diluant pour peinture et vernis, un solvant pour la préparation d’insecticide et un fuel pour chauffage domestique», insiste Maâchia Réda. A cet effet, il a exigé une autre expertise dont le résultat était «produit à la norme NA8110», du gasoil autrement dit.

Du kérosène qui devient subitement du gasoil, confirmant la non-fiabilité de la 2e analyse de ce produit. «Je me suis porté, vainement, volontaire pour prendre en charge les frais de cette opération qui doit être réalisée, sous l’égide de la justice, par le laboratoire de l’Institut algérien du pétrole (IAP) de Boumerdès, le seul en Algérie à même de réaliser avec exactitude les analyses et les expertises dans le domaine pétrolier. Mieux encore, pour trancher définitivement, les échantillons doivent être prélevés de tous les conteneurs (40 TC) en question», a proposé l’exportateur.

Encore une fois, les prélèvements ont été envoyés au même laboratoire de Skikda. Pour confirmer l’incompétence de ce dernier, cette fois-ci les résultats ont conclu, selon toujours la même source, que 38 TC sont un mélange de gasoil et les deux autres de kérosène.

S’en est suivi un acharnement administratif contre cette société, allant des Douanes algériennes jusqu’aux impôts. Avec un parcours administratif sans faille, cette société subit, depuis, un acharnement sans précédent, notamment au lendemain du limogeage du directeur local des Douanes. «J’ai été convoqué par la brigade économique pour être auditionné sur cette affaire. J’ai rejeté toutes les accusations, en leur fournissant tous les documents nécessaires, démentant ces allégations fallacieuses. J’ai aussi signalé que les prélèvements effectués par les Douanes n’étaient pas scellés et je confirme, pour la énième fois, que mon produit est un mélange de gasoil à un taux faible de kérosène (pétrole lampant). Suite à mes déclarations, le procureur a ordonné de refaire les analyses dans les meilleures conditions juridiques, et c’est là que tout le monde a été surpris qu’aucun conteneur de kérosène n’ait été détecté.

Pourquoi les opérateurs privés sont-ils diabolisés, alors qu’ils sont, hormis les fraudeurs, des créateurs de richesses et d’emplois ? Faut-il ne pas investir et garder son argent chez soi pour éviter les risques et blocages de l’administration ? Sachant que je n’ai jamais demandé un crédit à l’Etat. Ai-je tort, moi en tant que jeune opérateur économique, d’avoir cru en une nouvelle Algérie conduite par notre président Tebboune, qui nous a promis de lever tous les obstacles qui bloquent son émancipation ?» s’interroge, avec amertume, le jeune opérateur.

Entre-temps, les 40 conteneurs sont en souffrance sous un soleil de plomb dont les conséquences, en cas d’incident, seront assumées par ceux qui sont à l’origine de ce blocage. A suivre…

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