36e vendredi de mobilisation à Tizi Ouzou : Détermination à faire aboutir le combat entamé le 22 février


Plusieurs slogans ont fusé de nouveau dans les rues de la ville de Tizi Ouzou, où des milliers de personnes ont tenu à réaffirmer leur détermination à faire aboutir le combat entamé le 22 février.

Départ du pouvoir en place, rejet de l’élection présidentielle convoquée pour le 12 décembre prochain, libération des détenus d’opinion… Les manifestants, sortis en masse au chef-lieu de wilaya en ce 36e rendez-vous hebdomadaire de contestation n’ont pas dérogé à la règle en termes de mobilisation pour appuyer leurs revendications. «On ne s’arrêtera pas, chaque vendredi on sortira !» Le slogan a fusé de nouveau dans les rues de la ville de Tizi Ouzou, où des milliers de personnes ont tenu à réaffirmer leur détermination à faire aboutir le combat entamé le 22 février.

«Non à l’alternance au pouvoir entre clans qui sont les deux faces d’une même pièce», tranche une pancarte exhibée par un manifestant devant le portail principal du campus de Hasnaoua, point de départ de la procession. Outre la revendication fondamentale portant changement radical du système politique en Algérie, les marcheurs, pour la plupart venus des communes rurales, se sont exprimés à travers les slogans scandés et via les banderoles brandies sur l’urgence d’une véritable transition sans les résidus du «système» qui étaient aux commandes pendant le règne du Président destitué le 2 avril dernier. «Je voterai quand le peuple le décidera et non quand le pouvoir l’ordonne !» «Pour une Assemblée constituante !»

«Libération immédiate et inconditionnelle de tous les détenus d’opinion !» «Nous irons tous en prison, mais pas aux urnes !» «Le peuple algérien, seul souverain de l’avenir de son pays !» «Liberté de confession !» étaient, entre autres, les revendications formulées par les contestataires, qui ont envahi la capitale du Djurdjura dès 13h30. Dans la foule bigarrée ayant défilé sur l’itinéraire habituel de la marche, nous avons remarqué la présence de nombreux militants des droits de l’homme, de partis démocratiques implantés dans la région (FFS, RCD, PT), d’avocats, d’enseignants à l’université Mouloud Mammeri, d’artistes ainsi que d’anciennes figures du Mouvement culturel berbère (MCB), dont Arezki Aboute.

Cet ancien détenu d’Avril 1980 qui milite pour que «le mouvement du 22 Février continue d’occuper pacifiquement, et tous les vendredis, la rue», propose d’initier d’autres actions : débats sur les lieux de travail, dans les villages ; de créer une coordination inter-universitaire d’étudiants ; de se rapprocher des différentes corporations pour qu’elles soient plus visibles. Il s’agit également, ajoute Arezki Aboute, de «rappeler notre solidarité aux détenus d’opinion et à leurs familles et leur dire que nous ne baisserons pas les bras avant leur libération ; de dénoncer l’intolérance à l’égard des non-musulmans».

Dans la foule, nous avons aussi remarqué des parents de prisonniers incarcérés à El Harrach pour leurs opinions ou pour avoir brandi l’emblème amazigh, lors des manifestations organisées à travers le pays depuis 8 mois. Tout le long du trajet, allant de l’université Mouloud Mammeri au Mémorial des chouhada, situé près de la cour de justice, les inconditionnels de la mobilisation citoyenne ont appelé à la libération des figures les plus en vue du hirak et des activistes qui croupissent dans les prisons depuis des mois. «Libérez les détenus, libérez l’Algérie !» «Tabbou Mandela, Bouregaâ héros !» scandaient en chœur les manifestants.

Des airs repris dans une ambiance festive et revendicative vilipendaient le pouvoir qui choisit, selon eux, de faire la sourde oreille aux revendications insistantes de la rue. «On ne peut pas faire du neuf avec du vieux. Le départ de ceux qui représentent le système est le premier préalable pour l’instauration d’une véritable démocratie et la tenue d’une élection libre et transparente», signale sur sa pancarte un habitué des marches du vendredi.

Pour Malek Amirouche, militant du mouvement associatif, la protestation populaire en cours est porteuse d’espoirs. «Le processus révolutionnaire nécessite beaucoup de persévérance. Le peuple doit s’organiser pour passer à une autre étape de revendication, mais toujours pacifiquement. Le climat délétère prévalant dans notre pays n’est pas propice à la tenue de l’élection présidentielle. Les conditions ne sont pas encore réunies pour aller sereinement aux urnes», estime-t-il.

Notons que jeudi soir, la ville de Tizi Ouzou a retenti aux sons d’el mahraz, en soutien aux détenus du mouvement populaire. Des dizaines de personnes se sont rassemblées sur l’esplanade de l’ancienne mairie de Tizi Ouzou pour exiger, encore une fois, la libération des détenus d’opinion et des activistes du mouvement citoyen emprisonnés pour avoir brandi l’emblème amazigh.

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