17 manifestants sous mandat de dépôt pour avoir brandi le drapeau amazigh : Choquant !


Décision très sévère et inédite. Dix-sept sur les 19 manifestants présentés hier devant les tribunaux de Sidi M’hamed et de Bab El Oued (Alger) pour «port du drapeau amazigh» ont été placés sous mandat de dépôt. Renvoyés devant le commissariat de Cavaignac (Alger-Centre) pour complément d’information, trois autres détenus ont été libérés, précise une source sécuritaire. «Treize manifestants ont été placés en détention provisoire par le tribunal de Sidi M’hamed et quatre autres par le tribunal de Bab El Oued pour le chef d’accusation de ‘‘port d’un emblème autre que le drapeau national de nature à porter atteinte à l’unité nationale’’.

Je précise que le principe de légalité n’est pas respecté puisqu’aucune disposition pénale ne prévoit une telle infraction. L’atteinte à l’unité nationale, prévue dans l’article 79 du code pénal, concerne uniquement des actes graves comme la trahison, l’espionnage ou le terrorisme», s’offusque Me Noureddine Benissad, président de la Ligue algérienne des droits de l’homme (LADDH) et membre du collectif des avocats des détenus. Plusieurs dizaines de personnes ont été arrêtées, vendredi, dans la capitale au seul motif de «port de l’emblème amazigh».

La réaction de la police fait visiblement suite aux déclarations du chef d’état-major, Ahmed Gaïd Salah, qui a dénoncé, dans un discours prononcé mercredi, les «tentatives d’infiltration des marches populaires, au cours desquelles des drapeaux autres que l’emblème national sont brandis par d’infimes minorités», précisant que «des ordres et instructions fermes ont été donnés aux forces de sécurité afin de faire respecter strictement les lois en vigueur et de faire face aux individus qui essayent d’attenter à nouveau aux sentiments des Algériens».

Si une partie des manifestants a été libérée en fin de journée de vendredi, une vingtaine d’autres a été placée sous mandat de dépôt avant d’être présentée hier devant le procureur de la République près les tribunaux de Sidi M’hamed et de Bab El Oued. Malgré les attentes des familles et de la quinzaine d’avocats qui s’étaient constitués, le réquisitoire a été sévère : mise sous mandat de dépôt pour «atteinte à l’unité nationale». Les juges d’instruction s’y sont conformés. «C’est une journée triste pour la justice algérienne», se désole Me Abderrahmane Salah, avocat, qui précise que ses confrères étaient effondrés à la prononciation de l’ordonnance.

«Le gang n’a pas été accusé d’atteinte à l’unité nationale»

Les jeunes mis en cause, originaires des wilayas d’Alger, Boumerdès et Tizi Ouzou, «sont de pauvres malheureux. C’est inédit ce qui leur arrive. Je précise par ailleurs que le gang (mot désignant les hommes du système Bouteflika, ndlr) n’a pas été poursuivi pour ‘‘atteinte à l’unité nationale’’ malgré ce qu’il a fait au pays», s’indigne l’avocat. Les avocats ont décidé de faire appel, aujourd’hui, des ordonnances des juges d’instruction. «Nous n’avons pas accès aux PV de la police. Demain (aujourd’hui), nous ferons appel de l’ordonnance de mise sous mandat de dépôt devant la chambre d’accusation», signale Me Benissad.

Hier, des dizaines de personnes, parmi lesquelles des proches des détenus, s’étaient rassemblées, dès la matinée, devant les tribunaux de Sidi M’hamed et Bab El Oued. Des membres du Réseau de lutte contre les détentions arbitraires s’étaient joints au sit-in. Des slogans hostiles à une «justice aux ordres» et au «pouvoir de fait» ont été scandés. Deux personnes parmi les manifestants ont été interpellées par des policiers qui s’étaient déployés en force aux abords du tribunal.

Dans une déclaration rendue publique après le réquisitoire du procureur, la LAADH a dénoncé un «antécédent grave», qui rappelle les années 1980. «C’est en décalage avec les avancées réalisées depuis et même consacrées dans la Constitution. L’union nationale est surtout consolidée par le mouvement du 22 février. Le verdict de vendredi dernier est sans appel. L’union nationale une fois retrouvée est attaquée par les tenants du système.

C’est une diversion pour dévier le mouvement de son objectif en rupture avec le système et ses symboles. Pour nous, c’est une atteinte grave et aux conséquences dangereuses sur la stabilité du pays, les poursuites car non fondées doivent être abandonnées et les prévenus libérés», estime Saïd Salhi, vice-président de la LADDH. Un appel a été lancé, hier, sur Facebook pour tenir aujourd’hui un rassemblement devant le tribunal de Sidi M’hmed afin d’exiger la libération inconditionnelle des porteurs du drapeau amazigh, incarcérés à la prison d’El Harrach. 

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