Belgique

Mobilisation massive à Tirana contre le projet d’Ivanka Trump et Jared Kushner.

La 35e manifestation quotidienne consécutive a eu lieu en Albanie, contre la construction d’un hôtel de luxe lié à Ivanka Trump et Jared Kushner, dans une réserve naturelle de Zvernec. Les manifestants réclament la démission du Premier ministre Edi Rama en raison de son « manque de transparence ».


La 35e manifestation consécutive a été la plus importante depuis le début, fin mai, des rassemblements contre la construction d’un hôtel de luxe lié à Ivanka Trump, la fille du président américain, et à son mari, Jared Kushner, dans une réserve naturelle de Zvernec, sur la côte sud-ouest de l’Albanie, rapporte l’AFP. L’opposition à ce projet a cristallisé la colère face à ce que les manifestants considèrent comme de la corruption. Ces derniers appellent à la démission du Premier ministre Edi Rama pour son manque de transparence. « Ce qui a commencé comme la ‘Révolution des flamants roses’ se mue en un large mécontentement populaire« , analyse une manifestante, Alketa Ademi.

La mobilisation a été surnommée « révolution des flamants roses« , en référence aux flamants qui habitent la zone naturelle protégée où le complexe touristique est prévu. « Le manque de transparence, l’arrogance – ça suffit ! Le Premier ministre doit partir« , déclare une femme d’une quarantaine d’années. Plusieurs flamants roses géants étaient visibles dans les bras des manifestants marchant samedi vers le siège du gouvernement sur le boulevard principal de Tirana. Un groupe transportait un grand gâteau en béton, un symbole de l’anniversaire du Premier ministre Edi Rama, qui fêtait ses 62 ans ce jour-là. Les manifestants soulignent que le complexe hôtelier de luxe, dont le coût est estimé à 4,6 milliards de dollars, construit dans une zone protégée de la côte adriatique, représente un risque pour l’environnement et pour une lagune essentielle à la migration des oiseaux. Les promoteurs espèrent également transformer l’île inhabitée de Sazan – autrefois une base militaire secrète communiste – en une destination touristique prestigieuse. Des Albanais de la diaspora, comme Xheku Shena, revenue du Canada, se sont joints à eux. Elle déclare à l’AFP : « Nous ne sommes pas contre les investissements étrangers, nous sommes pour la dignité, le respect et la transparence, et contre le modèle actuel qui nuit à l’intérêt public« .

Le projet rencontre une vive opposition depuis sa présentation en 2024. La dernière vague de manifestations a commencé après l’apparition, fin mai, de clôtures en fil barbelé et de bulldozers sur les plages voisines. Des manifestations quotidiennes se déroulent dans la capitale albanaise. Par deux fois cette semaine, des groupes importants de manifestants se sont rassemblés devant le parlement pour tenter de bloquer l’accès au bâtiment, notamment jeudi. Des centaines de manifestants ont fait face à des cordons de police anti-émeute, ce qui a entraîné des affrontements et plusieurs arrestations.

La police a utilisé des lacrymogènes et un canon à eau pour disperser la foule. Certains manifestants ont essayé de franchir les cordons policiers ou ont lancé des œufs, des pierres et d’autres projectiles. Quinze agents ont été blessés et 25 manifestants arrêtés, selon la police. L’Albanian Helsinki Committee (AHC), une organisation de défense des droits humains, a exprimé sa préoccupation face à l’escalade de la situation, affirmant que « la violence individuelle ne peut justifier l’usage disproportionné de la force« . Elle a dénoncé l’usage de gaz lacrymogène sans sommation, de matraques et de coups contre des manifestants immobilisés au sol. L’AHC a appelé à une enquête rapide et indépendante. Ces violences contrastent avec le caractère essentiellement pacifique des rassemblements qui ont attiré chaque jour des milliers de personnes depuis le début du mouvement.