Valérie Glatigny : les risques de licenciement ne sont pas élevés.
La plupart des enseignants critiquent le décret-programme et sa liste de mesures d’économie, notamment l’augmentation de 10% de la charge horaire des enseignants du secondaire supérieur sans compensation salariale et la hausse du minerval. La ministre de l’Éducation, Valérie Glatigny, a déclaré qu’aucun élève ne sera laissé au bord du chemin et que l’entièreté des moyens, soit 24 millions d’euros et 10 000 périodes professeurs, est préservée.
Valérie Glatigny a terminé l’année scolaire sur une note tumultueuse. De nombreux enseignants critiquent le décret-programme et ses mesures d’économie, telles que l’augmentation de 10 % de la charge horaire des enseignants du secondaire supérieur sans compensation salariale, la hausse des minervaux et la réduction des moyens alloués pour la distribution de fournitures scolaires et de repas gratuits.
Les enseignants n’envisagent pas de cesser leur lutte et annoncent de nouvelles actions pour la rentrée.
La ministre de l’Éducation, invitée sur le plateau de Matin Première, a déclaré : « On a bien compris qu’il y avait une vraie demande de pouvoir réinstaurer davantage de dialogue avec les acteurs. Alors, il faut évidemment se mettre d’accord sur ce qu’on entend par ‘concerter’. Mais je travaille au quotidien pour essayer d’apporter des solutions. J’en prends l’exemple de cette mesure de protection des temporaires prioritaires qui est débattue au Parlement dès ce lundi et ce mardi matin. Donc oui, on prend bien la mesure du mécontentement. »
« On travaille vraiment à retisser du lien en vue d’une rentrée plus sereine. »
Valérie Glatigny espère restaurer le dialogue : « Donc j’ai en effet envoyé une demande de rencontre au syndicat, puisque nous nous voyons en principe toutes les six semaines. Ils n’ont pas souhaité participer mardi dernier, mais je vais bien sûr relancer une invitation. Je pense qu’il est capital de renouer le contact, et je vois les fédérations de PO (Pouvoirs organisateurs) ce jeudi. Donc on travaille vraiment à retisser du lien en vue d’une rentrée plus sereine. »
Cependant, la ministre refuse de revenir en arrière et d’ignorer une dette qui s’aggrave : « Subitement, notre situation ne s’est pas améliorée. On a toujours un salaire sur cinq qui est payé en empruntant de l’argent. Donc ce qu’on veut faire, c’est assurer les missions essentielles de la Fédération Wallonie-Bruxelles à court, à moyen et à long terme. On ne peut plus faire comme si la situation budgétaire allait bien, on ne peut plus cacher la poussière sous le tapis. »
Dès la rentrée, les enseignants du secondaire supérieur devaient enseigner deux heures de cours supplémentaires sans augmentation salariale, ce qui implique mathématiquement deux heures en moins pour d’autres. Les enseignants craignent donc des répercussions sur l’emploi. Les réaffectations pour la rentrée sont déjà en cours. La ministre est consciente du désarroi des enseignants : « C’est vrai, nous sommes en train de manger notre pain noir, mais on ne fait pas ça par un plaisir sadique de faire des économies, on fait ça pour pouvoir authentiquement réinvestir dans nos écoles. »
Valérie Glatigny tente de minimiser l’impact de la réforme, assurant que certaines mesures visent à atténuer ses effets : « Il y a cette mesure spécifique pour les temporaires prioritaires. Donc, si un temporaire prioritaire est à sa charge et risque de la perdre parce que la personne qui a été nommée lui prendrait ses deux heures, on lui garantit qu’il n’y a pas de perte salariale jusqu’au 31 décembre. Et on verra après si on avait des cas résiduels, exceptionnels, non réglés. Je suis confiante parce que nous avons pris cette mesure avec en tête les chiffres. La mesure permet de ne plus devoir recruter 1300 équivalents temps plein, mais dans le secondaire supérieur, vous avez 2170 équivalents temps plein en départ naturel, c’est-à-dire des gens qui partent à la pension ou en pension anticipée. Donc on voit bien que des risques de licenciement sont très faibles, voire inexistants. »
La ministre prend aussi en compte la pénurie d’enseignants : « Pour les temporaires prioritaires, ce qu’on veut assurer, c’est qu’il n’y ait aucune nouvelle recrue dans nos écoles qui perde ses charges. Pourquoi ? Parce qu’on a une pénurie d’enseignants. Et au gouvernement, ce matin, nous allons mettre en évidence les pénuries dans l’enseignement, en particulier pour les profs d’histoire, de géographie, et de langue. »
Concernant les résultats du CEB de cette année, 84,63 % des élèves de 6e primaire l’ont réussi, mais ce taux est en recul par rapport aux années précédentes. La ministre de l’Éducation a déclaré : « On était à 91 % en 2016, on est à 84 %. Je pense que ça montre qu’on a raison d’insister sur l’apprentissage des compétences de base. Vous savez qu’on a mis en place un test clé en début de quatrième primaire, pour le calcul, la lecture, l’écriture. C’est fondamental de ne plus laisser progresser des élèves dont on n’est pas sûr qu’ils aient bien fait l’acquisition de ces connaissances et compétences de base. »
Elle souligne également les moyens investis : « Il y a un accompagnement personnalisé des élèves qui est prévu. Il y a 320 équivalents temps pleins supplémentaires dans le primaire, et ces équivalents temps pleins pour de l’accompagnement personnalisé arrivent à la rentrée prochaine. Il y a 140 équivalents temps pleins supplémentaires pour aider les élèves en difficulté. »
Valérie Glatigny a aussi abordé la controverse autour de la présentation de la colonisation belge au Congo, qui était présentée de manière flatteuse, sans mentionner les exactions des colons ou le racisme de cette période. Elle a déclaré : « Je partage en tout cas l’incompréhension et j’en ai fait part à mon administration. Je pense que ce type de questionnement sur les colonies belges doit se faire avec un encadrement. Il faut à tout prix assurer qu’il y ait une meilleure supervision au niveau de l’administration par rapport à ces questions-là. Ce sont des questions qui doivent faire l’objet d’un débat encadré au sein des écoles, ce que ne permet pas une question d’un CEB. »
La première année différenciée, qui accueillait les élèves sans CEB, est supprimée dans le cadre de la réforme du tronc commun. Valérie Glatigny affirme : « Aucun élève ne sera laissé au bord du chemin. L’entièreté des moyens, c’est 24 millions, 10 000 périodes pour les professeurs, et ils sont préservés. Donc on n’a pas coupé un cent de ce soutien et on a même rajouté un soutien en première secondaire puisque là arrive l’accompagnement personnalisé. »
La ministre souligne également que des moyens supplémentaires sont prévus pour les élèves en première année de l’enseignement secondaire : « Il y a 7,4 millions supplémentaires qui sont déployés pour précisément encadrer la première secondaire. On sait que c’est une année charnière, le tronc commun arrive en première secondaire et donc il faut pouvoir aider nos enseignants à gérer une différence de niveau dans les classes qui sera plus importante. »
