L’été cinéma d’Hugues Dayez : 1953, « Les Vacances de Monsieur Hulot » avec Jacques Tati.
Jacques Tati avait tourné en 1947 un premier long-métrage « Jour de fête » qui devait sortir en couleur, mais fut finalement diffusé en noir et blanc en raison de problèmes techniques. Au cours de sa carrière, Jacques Tati a réussi à tourner six longs-métrages, et son œuvre est devenue culte.
Résumer l’intrigue de cette comédie est à la fois très simple et très compliqué, comme le dirait le capitaine Haddock. Très simple, car le fil narratif est rudimentaire : à bord de sa vieille guimbarde, un grand fumeur de pipe, coiffé d’un chapeau informe et portant des pantalons trop courts, vient passer ses vacances à l’hôtel de la plage, dans une petite station balnéaire de la côte atlantique. Cependant, cette description passe à côté de l’essentiel de l’univers de Tati, qui, comme le diable, se niche dans les détails.
Dans un cinéma français qui se repose généralement sur les dialogues pour provoquer les rires, le style de Tati se démarque : il est très sonore mais très peu verbal, et fourmille de petits gags visuels autour des maladresses de Hulot et des différents pensionnaires de l’hôtel. Le secret de l’inspiration de Jacques Tati ? Un certain sens de l’observation, comme il l’avait confié au micro de Sélim Sasson en 1968.
Jacques Tati : « L’erreur, c’est qu’on ne prend plus le temps d’observer. Et je crois que c’est une erreur parce qu’en observant, on s’ennuie beaucoup moins. Vous pouvez me donner rendez-vous à une terrasse de café. Si vous avez un quart d’heure de retard, je ne vous en voudrais pas parce que je vais peut-être voir le plus beau film de la semaine. Je crois que ça, ça a une certaine importance. Alors les gens sont très pris, ils n’observent plus et ils n’ont plus le temps. Et quand on leur donne le temps d’observer, ils trouvent que ce temps est trop long. »
Avant « Les vacances de Monsieur Hulot », Jacques Tati avait tourné en 1947 un premier long-métrage « Jour de fête » prévu pour sortir en couleur, mais en raison de problèmes techniques, il avait dû le sortir en noir et blanc. Suite à cette mésaventure, son producteur lui demanda de tourner « Monsieur Hulot » également en noir et blanc, à son grand désappointement :
Jacques Tati : « J’ai beaucoup regretté de ne pas avoir pu tourner les vacances d’Hulot en couleur pour la bonne raison, c’est que dans mon sujet, les estivants arrivaient très pâles et plus le film se déroulait… plus ils bronzaient. Alors c’est bien qu’on pouvait voir les nouveaux estivaux arriver avec les petits shorts très bien repassés et tout ça, avec le teint caché d’aspirine, et savoir qu’en fait c’était de nouveaux arrivants. Donc si vous voulez, ma construction, disons visuelle, était basée justement sur l’apport que la couleur peut apporter dans un film. »
Tout au long de sa carrière, Jacques Tati n’a réussi qu’à réaliser six longs-métrages, mais son œuvre est devenue culte et universelle. Le graphiste belge David Merveille a dessiné la silhouette de Mr Hulot dans des illustrations savoureuses, et les cinéphiles anglo-saxons ne tarissent pas d’éloges devant « Tati the french poet. » Une belle revanche pour cet artiste qui, de son vivant, a constamment connu des difficultés financières pour pouvoir mettre en images ses rêves burlesques.
