
Un climatiseur mobile à 138 euros : attention à l’arnaque sans tuyau.
Suite à une vague de chaleur à la fin juin, de nombreuses personnes se sont renseignées sur les systèmes de refroidissement pour leurs logements. Le prix affiché du produit « Coolizi » est de 138 euros par pièce, avec des prix réduits en cas d’achat groupé.
Suite à la vague de chaleur qui a affecté le pays à la fin du mois de juin, de nombreuses personnes ont cherché des moyens de refroidir leur logement. Conséquemment, elles ont été exposées à des publicités pour des climatiseurs, selon l’algorithme de leurs recherches.
Dans ce contexte, des publicités promouvant un « climatiseur sans unité extérieure qui fait fureur en France », accompagnées d’images saisissantes, sont largement diffusées sur des sites et applications d’information en Belgique francophone et en France. Après la diffusion d’une de ces publicités sur le site de la RTBF et son application RTBF Actus, plusieurs internautes ont signalé ces contenus.
Dans l’article vers lequel les internautes sont redirigés, on suit l’histoire de « Thomas », un ingénieur décrit tantôt comme lyonnais, tantôt parisien. Cet ingénieur « bouleverse l’industrie du refroidissement » avec un climatiseur dont le concept est « d’aspirer l’air chaud, de le refroidir rapidement et de le rejeter ». « Sans compresseur, sans réfrigérant et sans la facture d’électricité qui les accompagne ».
Après la construction d’un « prototype fonctionnel », il est décrit ainsi : « Un refroidissement réel dans n’importe quelle pièce, en moins de deux minutes, sans machines encombrants, sans réfrigérant et sans installation coûteuse ».
Le texte présente également des témoignages élogieux sur ce « climatiseur révolutionnaire ». Par exemple, un certain M. Beaumont se souvient : « ‘J’ai installé le prototype dans mon salon alors qu’il faisait 35°C et j’ai appuyé sur le bouton. En deux minutes, le thermomètre affichait 17°C. J’ai refait le test quatre fois pour en être certain.' »
La page décrit ensuite un produit appelé « Coolizi » et le propose à la vente avec les affirmations suivantes :
– « Refroidit n’importe quelle pièce de 35°C à 17°C en moins de 2 minutes – testé, reproductible, constant »
– « Jusqu’à 90% de consommation électrique en moins qu’une climatisation classique »
– « Fonctionne pendant des heures avec une faible consommation »
– « Aucune installation requise – branchez et appuyez sur un bouton »
– « Silencieux (40 dB) – plus silencieux qu’une bibliothèque, utilisable la nuit »
– « Ultra portable (moins de 1 kg) – facile à déplacer de la chambre au bureau »
Francesco Contino, professeur à l’École Polytechnique de l’UCLouvain, a analysé les caractéristiques affichées de l’appareil. « Les propriétés techniques décrites sur le site concernant cet appareil sont aberrantes en termes scientifiques », explique l’expert des questions énergétiques. « Il y a des incohérences évidentes en matière de respect des principes de la thermodynamique qui indiquent que la fiche technique est certainement mensongère ».
Parmi les éléments incohérents :
– Des performances irréalistes : passer de 35 degrés à 17 degrés en moins de 2 minutes pour « n’importe quelle pièce » est physiquement impossible pour un appareil mobile de moins de 1 kg. Un climatiseur capable d’un tel exploit nécessiterait une puissance colossale, bien loin d’un modèle portable sans installation.
– Consommation électrique très faible : l’affirmation « jusqu’à 90% de consommation électrique en moins » est un argument marketing classique pour des ventilateurs ou rafraîchisseurs d’air, mais ces appareils ne peuvent pas faire chuter la température d’une pièce entière de manière significative.
– Absence de tuyau d’évacuation : Pour réellement refroidir une pièce, la chaleur doit être évacuée vers l’extérieur. Un appareil « sans installation » qui ne fait que souffler de l’air ne réduit pas la température ambiante globale.
Un climatiseur portable est généralement plus lourd en raison du compresseur et nécessite un tuyau d’évacuation pour l’air chaud extrait de la pièce.
Au-delà des performances exagérées, le prix de 138 euros par pièce, encore moins élevé en cas d’achat groupé, est très compétitif pour un appareil affichant de telles caractéristiques. Les climatiseurs portables d’entrée de gamme avec tuyau d’évacuation et compresseur coûtent normalement entre 200 et 300 euros.
Le site utilise plusieurs techniques marketing pour inciter à l’achat. Des supports visuels ont été générés par intelligence artificielle.
La publicité mentionne également une promotion de 60 % sur le prix afin de justifier son coût. Dans un contexte de forte demande, mettre en avant une baisse de prix n’a pas de sens. Si un produit est très demandé, son prix augmente généralement.
De plus, le site propose des réductions en fonction de la quantité achetée, afin d’inciter à l’achat en volume, maximisant ainsi les profits de ceux qui orchestrent l’arnaque.
Une autre technique consiste à jouer sur la pénurie : « Il nous reste actuellement environ 3200 unités en stock. Une fois écoulées, il faudra attendre au moins 8 semaines avant la prochaine livraison ».
En effectuant des recherches en ligne sur les produits vendus, des articles sur des sites dédiés aux arnaques mentionnent un « réseau de faux climatiseurs » en 2026. Parmi les marques citées figure « Coolizi ».
Ces articles expliquent que plusieurs produits sont en réalité expédiés depuis Guangzhou, en Chine, et que les publireportages utilisent presque le même texte, à quelques détails près.
Un autre article, publié par Clubic, évoque également un climatiseur appelé « l’Epicooler », révélant le même procédé frauduleux. Ceux qui reçoivent effectivement une commande finissent souvent par recevoir un simple ventilateur mural.
Concernant la diffusion de ces publicités sur des plateformes comme RTBF, une part importante de la publicité en ligne est commercialisée via des plateformes d’achat automatisées. Les éditeurs de médias vendent leurs espaces publicitaires à des annonceurs sans relation directe avec chacun d’eux. Malgré des mécanismes de contrôle, certaines campagnes trompeuses peuvent parfois être diffusées avant d’être retirées.
Pour les publicités concernant « Coolizi » diffusées sur RTBF Actus, celles-ci ont été signalées et retirées en conséquence.
