Le maire d’Arcachon ne se laisse pas faire après une altercation filmée.
Yves Foulon, avocat de 67 ans et maire d’Arcachon, est jugé devant le tribunal correctionnel de Bordeaux pour des injures et menaces proférées le 15 mars dernier à l’encontre de Vital Baude, 50 ans. La procureure a requis quatre mois de prison avec sursis et 10.000 euros d’amende, sans demander de peine d’inéligibilité, et le délibéré sera connu le 20 août.
« Je reconnais les propos qui ont été tenus mais je ne me reconnais pas dans ce qui s’est passé. » C’est avec un air grave qu’Yves Foulon, avocat de 67 ans et maire d’Arcachon, se présente devant le tribunal correctionnel de Bordeaux, vêtu d’un costume bleu soigné et les cheveux gominés. Ces propos, pour lesquels il est jugé ce mercredi, ne sont pas à l’avantage de celui qui dirige cette station balnéaire huppée depuis vingt-cinq ans.
« Si je pouvais vous coincer derrière une poubelle, ça me ferait plaisir de vous foutre une branlée. » Ou encore « si je pouvais vous enculer à vous, je le ferais. » Et « pendant six ans, cela va être terrible pour vous et votre famille. » Ces phrases font partie des insultes et menaces qu’il a proférées à l’encontre de Vital Baude, 50 ans, tête de liste divers gauche, le 15 mars dernier, lors du premier tour des municipales, devant un bureau de vote d’Arcachon où ils se sont rencontrés. Vital Baude a déclaré être « très choqué », en particulier par les menaces visant sa famille. « Je me suis demandé si j’étais en sécurité », a confié l’élu, qui a reçu deux jours d’ITT d’un médecin légiste.
Malheureusement pour Yves Foulon, ce jour-là, son opposant, en campagne, était équipé d’un micro-cravate ; un vidéaste le suivait pour un documentaire sur les coulisses de sa campagne. La vidéo de l’altercation a été diffusée par le média Vakita deux jours plus tard, générant un certain émoi. Au tribunal, la procureure a souligné que le fait que les preuves aient été enregistrées à l’insu de Foulon « n’influe en rien sur leur validité ».
Marianne Dewas, la procureure, a relevé des « menaces très claires de harcèlement », tout en soulignant que si les violences physiques n’étaient pas filmées, le mouvement de recul de la victime, visible sur la vidéo, corrobore le fait qu’elle aurait été légèrement poussée au thorax et que le maire aurait posé son poing sur le menton de Vital Baude, dans le but de l’intimider.
Alors qu’Yves Foulon reconnaît les injures et menaces, il nie toute violence. Il explique que son « emportement » est le résultat des provocations de Vital Baude concernant la villa Salesse, qu’il a acquise avec son frère en 2020. Les recours lancés par ses détracteurs, dont Baude, l’ont empêché d’emménager et ont entraîné des coûts imprévus pour les travaux, se présentant ainsi comme la véritable victime.
Selon Yves Foulon, le « détonateur » de son emportement serait l’utilisation par Baude d’une image de cette villa dans sa campagne électorale, laquelle constituerait une atteinte à sa vie privée. Alors que sa plainte à ce sujet a été classée sans suite le 7 mai, il explique à l’audience qu’il pensait engager une « conversation d’homme à homme ». Cependant, Julien Plouton, l’avocat de Vital Baude, lui oppose que « ce n’était pas une conversation privée puisqu’elle a eu lieu devant un bureau de vote et au sujet d’une villa présentant des éléments patrimoniaux remarquables ».
Bien que le fait que Vital Baude soit suivi pour un documentaire soit de notoriété publique, l’équipe de Foulon soutient que le caméraman était caché derrière des panneaux électoraux et que le micro-cravate n’était pas visible. L’un de ses avocats, maître Arnaud Dupin, a critiqué « un enregistrement clandestin », affirmant que Baude avait agi sciemment pour pousser Foulon à la faute, lequel aurait réagi sous « le coup de la testostérone », un terme qui a suscité rires et réactions outrées dans la salle.
Selon la procureure, il est difficile de considérer qu’il y a eu atteinte à la vie privée puisque le dossier de la villa Salesse a été discuté en conseil municipal. Elle a requis quatre mois de prison avec sursis et 10 000 euros d’amende, sans demander d’inéligibilité. Maître Ducos Ader, avocat d’Yves Foulon, a rapidement dénoncé la « sévérité du parquet », évoquant « des associations et des spécialistes qui emmerdent le monde et passent leur temps à éplucher des permis de construire ». La défense a plaidé la relaxe, et la décision sera rendue le 20 août.
