Budget de l’État : 10 milliards d’euros perdus en 2022 pour intérêts de la dette
En 2025, l’encours de la dette publique belge a augmenté de 48,3 milliards d’euros, soit 7,5% par rapport à l’année précédente. Le déficit budgétaire a atteint 5,2% du PIB, tandis que les charges d’intérêts fédérales ont atteint 10,78 milliards d’euros, représentant 1,68% du PIB.
L’Agence fédérale de la Dette a publié son rapport annuel pour 2025, et l’évolution de la dette publique belge ne laisse guère de place à l’optimisme. La dette publique belge a augmenté de 48,3 milliards d’euros en 2025, soit une hausse de 7,5 % par rapport à l’année précédente. Cette hausse est plus rapide que celle du PIB, indiquant que la dette progresse plus vite que la richesse produite par le pays.
### Une augmentation assez forte de la dette en 2025 : comment l’expliquer ?
Cette hausse de la dette en 2025 peut s’expliquer par le déficit budgétaire, selon Jean Deboutte, Directeur de l’Agence fédérale de la Dette. Cela signifie que les dépenses de l’Etat excèdent ses recettes. « Le déficit budgétaire s’est avéré être à 5,2 % du PIB. On avait une croissance du PIB de plus ou moins 1 %, et une inflation de 2,5 %. Avec un déficit de 5,2 %, on peut s’attendre à ce que le taux d’endettement augmente », déclare-t-il.
Il est important de rappeler que l’ampleur du déficit budgétaire est calculée par rapport au Produit intérieur brut (PIB). Plus ce rapport est élevé, plus il indique que l’État dépense au-delà de ses moyens. La Commission européenne recommande généralement que le déficit public d’un Etat ne dépasse pas 3 % du PIB.
« Un déficit de 5,2 % du PIB l’an passé et un taux d’endettement de 107,9 % (+ 4 %) placent la Belgique parmi les pays les moins bien classés en Europe. Elle n’a pas jusqu’à présent fourni les mêmes efforts que d’autres pays, notamment ceux du sud de l’Europe, comme l’Italie, la Grèce, l’Espagne et le Portugal », souligne Alexandre De Geest, président du comité stratégique de la Trésorerie. Selon lui, ces pays commencent à voir les résultats de leurs politiques, en particulier l’Espagne et le Portugal. « La Belgique, elle, s’éloigne de la performance des autres pays. Sans changement de politique budgétaire, le déficit continuera à se creuser à un niveau manifestement trop élevé », ajoute-t-il.
### Qu’est-ce qui coince ?
Les dépenses publiques sont-elles trop élevées ? Les recettes sont-elles insuffisantes ? « Les dépenses primaires du gouvernement n’ont pas augmenté et devraient même diminuer, selon les prévisions du Bureau du Plan, présentées récemment », explique Jean Deboutte. « Les actions du gouvernement semblent donner des résultats en matière de dépenses primaires », ajoute-t-il. Les dépenses primaires regroupent les allocations sociales, les travaux d’infrastructure, et les salaires des fonctionnaires. Toutefois, certaines dépenses n’ont pas encore été prises en compte, telles que certains achats militaires et l’investissement de la Flandre pour devenir actionnaire principal de Brussels Airport.
### Augmentation des charges d’intérêt
En revanche, les charges d’intérêt ont augmenté en 2025. « L’augmentation des charges d’intérêt dépasse la diminution des dépenses primaires », déclare Jean Deboutte. Les frais que l’Etat doit payer pour les intérêts de sa dette continuent de grimper. Pour la troisième année consécutive, les charges d’intérêts fédérales ont atteint 10,78 milliards d’euros en 2025, représentant 1,68 % du PIB, contre 1,64 % en 2024.
Ces dernières années, l’Agence de la Dette a pu réorganiser sa dette en profitant de taux d’intérêt bas pour emprunter à long terme, parfois jusqu’à 50 ans. « On a pu emprunter à 50 ans, par exemple, à des taux inférieurs à 1 % », précise Jean Deboutte.
Cependant, les taux d’intérêt à moyen et long terme ont récemment augmenté, ce qui fait grimper la charge de la dette, même si ces taux restent considérés comme « normaux » par rapport à la moyenne historique pour la Belgique. « Un taux d’intérêt de 3,40 % pour 10 ans est vraiment la moyenne historique. C’est peut-être même moins que la moyenne historique pour la Belgique, mais cela ne doit pas être pris pour acquis », ajoute Jean Deboutte. Des facteurs tels que l’inflation ou des conflits internationaux pourraient faire remonter les taux « assez brusquement », prévient-il.
La hausse des charges d’intérêt réveille le spectre de l’effet « boule de neige », c’est-à-dire un surcroît de la charge de la dette lorsque le taux d’intérêt moyen dépasse le taux de croissance du PIB. Cette situation pourrait survenir en 2031, selon Jean Deboutte, mais elle peut encore être repoussée.
### Tout faire pour réduire les déficits publics
Autant de raisons de faire preuve de prudence et de rechercher des moyens de limiter les déficits publics pour éviter d’avoir de plus en plus de difficultés à rembourser les emprunts contractés pour combler les déficits. « Si le gouvernement parvient à réduire les déficits publics – passer de 5,2 % à 4 % ou moins – cela limiterait l’augmentation du taux d’endettement », juge Jean Deboutte. Cela pourrait également réduire les charges d’intérêt dues à une dette moins élevée.
Un déficit moindre permettrait également d’obtenir des taux d’intérêt plus raisonnables, car cela renforcerait la confiance des marchés financiers envers la Belgique. Actuellement, pour un même montant de dette, le taux d’intérêt appliqué à un emprunt belge est supérieur de 0,5 % à celui de l’Allemagne.
### Le gouvernement, bientôt en conclave budgétaire
Ces chiffres, parmi d’autres, serviront de base pour les prochains travaux budgétaires du gouvernement. La Belgique recherche des milliards supplémentaires pour son budget. Le 6 juillet, le comité de surveillance présentera un état des lieux précis des besoins financiers. « Une chose est certaine : l’effort à fournir s’élèvera à au moins 7 milliards d’euros. Il pourrait être encore plus important », a averti Jan Jambon (N-VA), le ministre des Finances, lors de la présentation du rapport annuel de l’Agence de la Dette.
Concernant les 10,78 milliards d’euros que l’Etat doit consacrer aux intérêts de sa dette, « cela signifie près de 11 milliards d’euros que nous ne pourrons pas investir dans la société. Ces milliards partent chaque année en fumée », a déclaré Jan Jambon.
Cependant, le ministre des Finances a refusé de dévoiler les mesures qu’il envisageait de présenter lors du conclave budgétaire. Il n’a pas non plus commenté les propositions d’autres partis de la coalition fédérale. Jan Jambon a cependant évoqué des principes directeurs : « d’abord faire des économies, puis faire des réformes comme nous l’avons déjà fait, veiller à ce que les taxes rapportent ce que nous avions prévu et travailler à obtenir une croissance plus forte ».
