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L’Ukraine attaque l’État russe au cœur : nouvelle guerre en Crimée

L’armée ukrainienne utilise des drones, notamment le Hornet, qui volent à plus de 100 km/h et ont la capacité de toucher des cibles mobiles à plus de 100 kilomètres. Depuis début juin, les autorités installées par Moscou en Crimée ont suspendu la vente de carburant dans les stations-service et ont instauré un système de distribution limitant les retraits à 20 litres par personne par semaine.


**Frappes incessantes sur la Crimée : avec quel objectif ?**

Depuis plusieurs semaines, l’Ukraine intensifie ses frappes sur la Crimée, jour et nuit, en utilisant des drones que la défense aérienne russe peine à intercepter. Ces drones ciblent des installations comme des raffineries, des dépôts de carburant, des camions d’approvisionnement, ainsi que des infrastructures logistiques reliant la Russie à la Crimée, et notamment les ponts permettant le passage des camions au nord. Les véhicules militaires russes sont également systématiquement attaqués.

Quel est l’objectif de ces actions ? Le premier consiste à couper les flux logistiques, qu’ils soient militaires ou civils, en visant le carburant, les marchandises, les munitions et le ravitaillement. Kiev affirme vouloir « couper la Crimée de la Russie », cette péninsule étant utilisée par Moscou pour soutenir ses opérations militaires contre les forces ukrainiennes.

Le second objectif est de démontrer que les Ukrainiens continuent de revendiquer la Crimée. En poursuivant les hostilités, « la Crimée, qui était considérée par presque tout le monde comme annexée à la Russie, deviendra totalement invivable pour les Russes », estime le Général Dominique Trinquand, ancien chef de la mission militaire française auprès de l’ONU.

Pour atteindre ces buts, l’Ukraine adopte une ambition stratégique en combinant nouveaux moyens et méthodes opérationnelles, marquant une rupture dans la conduite des opérations. Cette stratégie est jugée « d’une remarquable efficacité » par le général.

**Des drones dopés à l’IA**

Pour frapper ses cibles, l’Ukraine utilise un drone innovant, le Hornet, qui sème la terreur dans les arrières russes. Ce drone, capable de voler à plus de 100 km/h, est utilisé pour atteindre des cibles situées entre 150 et 200 kilomètres de distance. Sa spécificité réside dans sa capacité à toucher des cibles mobiles à plus de 100 kilomètres. Après identification de la cible par le pilote, l’intelligence artificielle assure la confirmation et le drone est capable de poursuivre et frapper sa cible de manière autonome, sans intervention humaine.

Les forces russes n’ont toujours pas trouvé de moyen efficace pour intercepter ce type de drone et ne devraient pas réussir avant six mois, selon les experts. Si cette situation persiste, le Hornet pourrait avoir un impact décisif sur le déroulement du conflit.

**La vie des habitants, impactée**

L’armée ukrainienne affirme ne viser que des cibles militaires et stratégiques. Cet axe se vérifie sur le terrain, comme atteste le réseau Telegram qui diffuse de nombreuses images de camions détruits par des frappes de drones.

Cependant, cette offensive affecte également gravement la vie quotidienne des habitants de Crimée. À Sébastopol, la plus grande ville de la péninsule, avec environ 550.000 habitants, la coupure d’électricité survient alors que les températures avoisinent les 30 °C.

Depuis début juin, les autorités russes ont suspendu la vente de carburant dans les stations-service, instaurant un système de distribution qui limite les retraits à 20 litres par personne et par semaine. Pour en obtenir davantage, il faut se rendre en Russie ou se tourner vers le marché noir où les prix sont exorbitants.

Ce manque de carburant perturbe l’approvisionnement de la région, entraînant la fermeture de certains magasins. Dans une zone célèbre pour ses plages, les touristes s’éclipsent. Les hôtels enregistrent des taux d’occupation de moitié inférieurs aux moyennes habituelles.

**Fuir, rester ou revenir ?**

Face à cette situation, de longues files de véhicules s’étendent devant le pont de Crimée, surnommé le pont de Kertch, point d’entrée toujours opérationnel vers la Russie. Sur les réseaux sociaux, des vidéos témoignent d’un climat de peur où de jeunes femmes russes se filment, valises à la main, prêtes à quitter la péninsule.

D’autres habitants affirment ne manquer de rien. À ce stade, l’approvisionnement alimentaire ne semble pas affecté par l’offensive, les capacités de fret à travers le pont, les ferries et les ports de Crimée étant largement supérieures aux besoins des habitants.

Dans cette région, majoritairement prorusse, certains pensent ne jamais revenir sous la tutelle ukrainienne, alors que les Ukrainiens chassés de Crimée ne partagent pas cet avis.

« Nous traverserons cette période difficile ensemble. Rien de tel ne s’est jamais produit auparavant », déclare Sergueï Aksionov, gouverneur nommé par la Russie. En réaction aux tensions, les autorités russes ont décidé de déclarer une « situation d’urgence » dans la région, entraînant notamment des coupures d’électricité. Vladimir Poutine a lui-même reconnu des « problèmes » et a promis d' »assurer » la sécurité de la Russie.

Cette « situation d’urgence » permet des restrictions pour la population locale tandis que les ressources sont mobilisées pour maintenir les secteurs essentiels. À ce jour, aucune aide spécifique n’a été annoncée, les ressources financières étant limitées.

**60% de trafic en moins**

Cette campagne n’est pas uniquement axée sur la Crimée, mais touche l’ensemble de l’axe logistique russe dans les territoires occupés, reliant Marioupol à la péninsule via Berdiansk et Melitopol.

Les routes vitales pour alimenter le front de l’armée russe deviennent de moins en moins praticables à cause des frappes. Selon Robert Brovdi, commandant des Forces de systèmes sans pilote de l’armée ukrainienne, le trafic sur l’autoroute de Novorossia, surnommée « l’autoroute de la mort », aurait chuté de plus de 60 % en un mois, ce qui ralentit la progression de l’armée sur le front.

« L’Ukraine sait qu’elle n’a pas les capacités de reconquérir militairement le terrain, alors elle attaque l’État russe au cœur », explique le général Trinquand, en faisant référence aux frappes sur la Crimée ainsi que sur des grandes villes russes comme Moscou et Saint-Pétersbourg. Le président Zelensky espère un tournant dans les 40 jours suivant ces actions, avec des élections législatives en vue en Russie.

Sur le plan militaire, « la Russie a perdu tous ses atouts dans la région », observe le général. Les nombreuses bases militaires en Crimée, héritées de l’époque soviétique, ont déjà subi des attaques maritimes, forçant Moscou à retirer une partie de sa flotte.

Vladimir Poutine s’adresse à l’auditoire lors du 23e congrès du parti Russie unie à Moscou, le 28 juin 2026. Il s’est engagé à garantir la sécurité et à surmonter les défis posés par l’intensification des frappes ukrainiennes.

**13% de l’aide européenne à l’Ukraine consacrée aux drones**

Cette campagne bénéficie d’un développement massif de la production de drones en Ukraine, qui devrait atteindre 7 millions d’unités cette année, contre 3 millions l’an dernier. Cette progression est soutenue par l’Europe, puisque 13 % de l’aide militaire européenne totale allouée à l’Ukraine (soit 12,33 milliards d’euros sur les quatre premiers mois de l’année) a été consacrée aux drones, selon le Kiel Institute, qui note que ce montant pourrait être sous-estimé.

Pendant ce temps, la Russie prévoit de produire cette année environ 7,3 millions de drones FPV et 7,8 millions de drones de combat. Kiev incite l’Europe à investir davantage dans ces technologies.

« Les drones ont révolutionné la guerre », analyse le général Trinquand, qui souligne également l’intérêt que portent les Européens à cette évolution. En échange de leurs investissements, Kiev promet des tests de nouveaux drones sur le front et le partage de son expertise ainsi que des données recueillies avec ses partenaires.