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Séisme au Venezuela : « Des malheurs qui se succèdent » vers l’anarchie ?

Une nouvelle secousse a touché le Venezuela ce lundi, cinq jours après un double séisme de magnitude 7,2 et 7,5, qui a fait au moins 1.450 morts et 50.000 disparus, selon les Nations Unies. Le gouvernement a militarisé la zone de La Guaira et restreint l’accès à tout l’État, rendant désormais exigé un laissez-passer obtenu auprès des militaires à Caracas.


Le pays continue de trembler. Ce lundi, une nouvelle secousse a frappé le Venezuela, cinq jours après les deux tremblements de terre de magnitude 7,2 et 7,5 qui ont causé au moins 1.450 morts et 50.000 disparus, d’après les Nations Unies. Au moins 774 bâtiments ont été affectés, dont 189 se sont complètement effondrés, selon les autorités.

Pour les habitants, l’urgence est de mise. Grâce à trois organisations locales déjà actives sur le terrain, l’ONG Care France a commencé ses interventions, notamment dans les camps de déplacés qui se forment à La Guaira, particulièrement touchée. « Comment s’occupe-t-on des survivants ? C’est la question à laquelle nous travaillons, explique Adéa Guillot, porte-parole de l’ONG Care France, qui se montre particulièrement attentive au sort des femmes et des filles durant ces crises. Comment distribuer des kits de dignité, de la nourriture, de l’eau, et surtout comment venir en aide à la population, notamment sur le plan psychologique ? »

**Dix ans de crise**

« Nous collaborons toujours avec les autorités locales », ajoute Adéa Guillot. « Il faut tout de même un certain temps pour organiser la réponse, quel que soit le pays. » Cependant, la catastrophe vient accentuer une situation humanitaire « déjà sensible », reconnaît-elle, dans un Venezuela confronté à une crise économique majeure et à des troubles politiques récurrents. Ainsi, non seulement le sol gronde, mais les habitants aussi.

En deuil et en colère, ils dénoncent la lenteur et l’insuffisance de l’aide de l’État, ainsi que la passivité de l’armée, alors que les espoirs de retrouver des survivants dans les décombres s’amenuisent et que les pillages se multiplient. « Cette colère découle d’une crise qui dure depuis dix ans et de malheurs consécutifs sans que la population n’en voie la fin », explique Thomas Posado, maître de conférences en civilisation latino-américaines à l’Université de Rouen. Cela engendre une défiance totale de la population envers le gouvernement, alimentée par des années de corruption et de dégradation des services publics.

En réponse, le gouvernement a militarisé la zone de La Guaira et restreint l’accès à tout l’État. Un permis, à obtenir auprès des militaires à Caracas, est désormais requis pour y entrer. « C’est une décision compréhensible pour des raisons de gestion de l’ordre public ou pour prioriser l’accès aux secours, mais la défiance est telle qu’elle est perçue comme un moyen de voler ou de restreindre le droit à l’information », souligne le maître de conférences.

**Un scénario à la haïtienne ?**

« C’était déjà un pays en ruine avant même le tremblement de terre », affirme l’auteur de *Venezuela : de la Révolution à l’effondrement* (éd. Presses universitaires du Midi), signalant une crise multifactorielle, exacerbée par les sanctions américaines. Bien que les relations diplomatiques aient été rétablies entre Caracas et Washington après l’opération américaine « Absolute Resolve » (« Détermination absolue »), qui a conduit à la capture et à l’exfiltration vers les États-Unis de l’ex-président Nicolás Maduro, remplacé par la nouvelle dirigeante Delcy Rodríguez, la vie quotidienne des habitants n’a pas été améliorée.

« Globalement, c’était la même équipe au pouvoir et les conditions de vie n’avaient pas changé », ajoute Thomas Posado. « Les espoirs suscités par l’éviction de Maduro, même s’ils n’étaient pas soutenus par la population, commençaient déjà à s’évanouir avant même le tremblement de terre. » Alors qu’une reconstruction lente et douloureuse se profile, l’expert exprime ses inquiétudes. Sous la tutelle contrainte de Washington, avec un gouvernement impopulaire et une dette de 240 milliards de dollars, il énumère les menaces pesant sur Caracas. « S’il n’y a pas une aide réelle et des marges de manœuvre financières accordées à l’État vénézuélien, le risque d’implosion de la société est non négligeable », souligne-t-il. Existe-t-il un risque d’un scénario semblable à celui de l’île d’Haïti, en proie aux violences des gangs ?

« L’État est beaucoup plus solide au Venezuela qu’en Haïti, il contrôle de larges portions de son territoire. Des groupes armés existent, mais ils ne détiennent pas un tel niveau de pouvoir et d’emprise sur la société vénézuélienne », tempère-t-il. Tout en reconnaissant : « En revanche, je ne sais pas comment cela peut évoluer. La situation est tellement grave et l’État est tellement déficient… » Et la découverte éventuelle de survivants, ici ou là, ne changera probablement rien à cet état de fait.