France

Congé de naissance : « On craint qu’il ne soit encore pour le parent le moins rémunéré »

Le nouveau congé de naissance est en vigueur à partir de ce mercredi 1er juillet et remplace le congé parental actuel. Selon les derniers chiffres de l’Insee, en 2024, dans le secteur privé, le salaire moyen des femmes est inférieur de 21,8 % à celui des hommes.


Encourager un partage plus équitable des responsabilités durant les premiers mois de la vie de l’enfant ? C’est l’un des objectifs du nouveau congé de naissance, en vigueur depuis ce mercredi 1er juillet, qui remplacera le congé parental actuel. La réforme de 2015 (surnommée « PreParE » pour prestation partagée d’éducation de l’enfant) n’avait pas produit les effets escomptés en matière d’égalité entre les sexes.

Ce nouveau système s’ajoute aux congés maternité, paternité ou d’adoption, permettant de bénéficier d’un ou deux mois de congé, avec une indemnisation légèrement supérieure (70 % du salaire net pour le premier mois, puis 60 % pour le second) par rapport à l’ancien congé parental. Les parents peuvent le prendre en deux périodes distinctes, soit simultanément, soit successivement. Cependant, le niveau d’indemnisation semble insuffisant pour inclure les ménages les plus modestes.

« Une mesure poudre aux yeux »
« On craint que les personnes précaires ne prennent pas ce congé à cause des indemnisations et que, dans les couples parentaux, la personne ayant le salaire le plus bas soit celle qui en profite pour minimiser les pertes de revenus », déclare Nahilé, membre du collectif féministe Nous Toutes. Ce dernier critique le fait que ce dispositif ait été conçu sans concertation avec les associations et collectifs concernés.

Pour rappel, en 2024, dans le secteur privé, le salaire moyen des femmes est inférieur de 21,8 % à celui des hommes, selon les dernières données de l’Insee. L’association féministe anticipe que, pour des raisons économiques, les couples choisiront davantage d’opter pour le congé parental de la mère. Parmi d’autres points négatifs, Nahilé souligne que cela entraînera « un coup de rabot sur les allocations familiales pour les familles ayant des adolescents de 14 à 18 ans » et que les indemnités associées à ce congé ne sont pas cumulables avec les allocations chômage. « Cela nous semble une mesure poudre aux yeux qui se dit égalitaire mais qui ne l’est pas », affirme-t-elle.

« Le dispositif est dégressif et commence à 70 % du salaire, donc il est évident que les salaires les plus bas ne pourront pas en bénéficier », ajoute Olivia Troupel-Pezet, maître de conférences en psychologie du développement de l’enfant à l’université de Toulouse. Cette spécialiste note cependant l’intérêt pour les pères, qui pourront profiter de ce congé pour que le couple « apprenne à devenir parent ensemble ».

« Ce n’est pas être moins viril que de s’occuper de son bébé »
« On sait par exemple que l’un des facteurs de protection du stress, tant pour les mères que pour les pères, est la présence du conjoint ou de la conjointe », ajoute cette psychologue, également codirectrice adjointe du groupement d’intérêt scientifique Bébé, petite enfance en contexte. Leur présence conjointe peut jouer un rôle crucial dans le développement de la parentalité et dans celui de l’enfant.

Les maternités sont de plus en plus ouvertes aux pères, certaines proposant même des lits pour les accueillir la nuit. Toute initiative qui vise à les impliquer le plus tôt possible dans la vie de leur enfant est bienvenue, estime la psychologue Olivia Troupel-Pezet. « Les hommes n’ont pas porté le bébé, mais offrir des soins contribue à faire d’eux des pères », souligne-t-elle. Par ailleurs, elle précise qu’au niveau physiologique, plus un père passe de temps avec son enfant, plus il sécrète de l’ocytocine et plus son taux de testostérone diminue, favorisant ainsi l’établissement d’un lien avec son enfant.

La parentalité, loin d’être innée, se construit dans le temps. « Les pères ont besoin de moments avec leur enfant, insiste Olivia Troupel-Pezet. Ce n’est pas être un sous-homme, ni être moins viril que de s’occuper de son bébé ». Elle mentionne des obstacles persistants dans l’organisation sociale, comme le fait que changer son bébé à l’extérieur se fait souvent dans des toilettes pour femmes.

Elle décrit les rôles des mères et des pères comme différents et « complémentaires ». Alors que la mère doit assurer une fonction de sécurité, le père joue un rôle de pont social, indispensable au bon développement de l’enfant. « Avec un porte-bébé, la maman porte le bébé contre son ventre, où il ne voit finalement pas grand-chose du monde extérieur, alors que le papa le porte dos contre son ventre, position dans laquelle l’enfant peut observer le monde extérieur », illustre cette spécialiste.