UGTT : Majorité des travailleurs des plateformes numériques en Tunisie précaires
Une étude de terrain réalisée par le département des études et de la documentation de l’Union Générale Tunisienne du Travail (UGTT) a révélé qu’environ 98 % des travailleurs des plateformes numériques en Tunisie ne bénéficient d’aucune couverture sociale ni d’aucune assurance. Selon Hedi Dahman, l’expert responsable de l’étude, environ 60 000 personnes travaillent dans ce secteur en Tunisie et la plupart d’entre elles restent exposées à des risques sans un cadre juridique clair les protégeant.
Une étude récente réalisée par le département des études et de la documentation de l’Union Générale Tunisienne du Travail (UGTT) a montré que la majorité des travailleurs des plateformes numériques en Tunisie évoluent dans des conditions précaires, sans cadre juridique ou social pour les protéger, ce qui les rend vulnérables à l’exploitation, aux violations de leurs droits et aux incidents. Cela représente aussi un danger pour les clients, qui sont exposés à divers risques en raison de l’absence d’une réglementation claire dans ce secteur.
Les résultats de cette étude ont été dévoilés lors d’un colloque sur les « travailleurs des plateformes numériques », tenu ce lundi au siège de l’UGTT. L’enquête a mis en avant les défis sociaux, économiques et sécuritaires auxquels fait face le secteur des plateformes numériques, appelant à une intervention urgente pour établir un cadre juridique qui régisse ces activités et protège les acteurs impliqués.
Hedi Dahman, responsable de l’étude et expert en sécurité sociale, a affirmé que cette recherche est la première du genre à établir un état des lieux national des travailleurs des plateformes numériques en Tunisie. Elle s’est basée sur un questionnaire rempli par 121 travailleurs de différentes catégories, incluant des chauffeurs-livreurs, des motocyclistes, des prestataires de services de transport, des livreurs de biens et des aides à domicile.
Dahman a souligné que l’étude a révélé des conditions « extrêmement précaires » sur les plans juridique, social et professionnel. Ces travailleurs font partie de l’économie informelle, représentant ce qu’il a qualifié de « économie parallèle au sein de l’économie parallèle », en l’absence de toute structure légale ou organisation qui défende leurs intérêts.
L’objectif principal de l’étude est de trouver des mécanismes pour réguler cette situation et permettre à ces travailleurs d’accéder à des structures professionnelles ou syndicales qui défendent leurs droits, notamment en ce qui concerne la couverture sociale et l’assurance.
L’étude indique qu’environ 98 % des travailleurs des plateformes numériques n’ont aucune couverture sociale ni assurance pour leurs moyens de transport, malgré leur exposition quotidienne aux risques d’accidents de la route et à d’autres dangers professionnels, ainsi qu’à des menaces telles que la maladie, la violence, le harcèlement et le chantage, sans oublier la possibilité de perdre leur salaire ou d’être licenciés arbitrairement, sans recours légal.
Dahman a également mentionné que certains travailleurs peuvent, à leur insu, livrer des marchandises interdites, car ils ne sont pas légalement autorisés à ouvrir les colis qu’ils transportent, ce qui pourrait les mettre en difficulté sur le plan juridique.
Concernant le profil des travailleurs interrogés, environ 90 % d’entre eux n’ont pas dépassé le niveau de l’enseignement primaire ou des débuts du secondaire. Près de 85 % des travailleurs sont des hommes, âgés de 28 à 65 ans, contredisant l’idée reçue que ces activités sont uniquement réservées aux jeunes ou à des emplois occasionnels.
La majorité d’entre eux exercent un travail permanent, souvent durant de longues heures, sans contrat formel. Ils ignorent souvent l’identité de leur véritable employeur et sont exposés au risque d’être licenciés à la moindre erreur, sans possibilité de se défendre ou de contester une telle décision.
Dahman a estimé que le nombre de travailleurs dans ce secteur en Tunisie s’élève à environ 60 000, précisant que l’expansion continue du travail via les plateformes numériques nécessite des politiques publiques urgentes pour en encadrer l’activité.
Par ailleurs, il a averti que l’absence de cadre juridique dans ce secteur ne met pas uniquement en péril les travailleurs, mais représente également un danger pour la société. Certains travailleurs se rendent chez les clients pour fournir des services sans un système de contrôle défini, augmentant ainsi les risques concernant la protection des données personnelles des clients, ce qui rend cette situation complexe sur les plans sociaux, économiques et sécuritaires.
Il a donc appelé à la création d’une base de données nationale pour cette catégorie de travailleurs et à l’adoption d’une législation garantissant leur droit à la sécurité sociale, à l’assurance pour les accidents de travail et de circulation, tout en préservant les données personnelles des travailleurs et des clients afin de limiter les abus et protéger les droits des différentes parties.
