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Coupe du monde 2026 : « Le foot à Harvard, c’est fini »

La majorité des étudiants d’Harvard ont déserté le campus, laissant place à des touristes prêts à débourser 50 dollars pour un hoodie « H » rouge bordeaux. Depuis 2009, Harvard n’a jamais regagné l’Ivy League et a terminé cette saison dans le milieu de tableau.

De notre envoyé spécial à Boston,

La plupart des étudiants ont quitté le campus, laissant place aux touristes, prêts à débourser 50 dollars pour un simple hoodie orné du « H » rouge bordeaux, emblématique dans le monde entier. En ce début d’été, Harvard et sa renommée université, située en banlieue de Boston, demeure dans un calme relatif, alors qu’un de ses illustres anciens élèves pourrait devenir un héros national.

Matt Freese, qui a fréquenté la meilleure université du pays (et du monde) durant l’année 2017-2018, garde les buts des États-Unis lors de cette Coupe du monde. À l’instar de Barack et Michelle Obama, John F. Kennedy, George W. Bush, Bill Gates, Mark Zuckerberg, Natalie Portman, Matt Damon ou Michael Bloomberg, tous diplômés de Harvard, Freese pourrait à son tour ajouter à la légende de l’université en cas de victoire inattendue.

Au-delà de la gloire qu’apporterait une étoile sur le maillot, Freese prouverait surtout qu’il est un extraterrestre du football, car le nombre de joueurs ayant émergé de Harvard est extrêmement réduit, à peine une poignée, si l’on se fie à la regrettée mémoire de Matthew Perry. Malgré les recherches effectuées, à part deux joueurs ayant eu une carrière modeste en MLS dans les années 2010, aucun footballeur n’a vraiment réussi en ayant porté les couleurs des Crimson, un surnom judicieux qui, au-delà du rouge bordeaux, pourrait se traduire par « cramoisi ».

A Harvard, « ils perdent la passion pour le sport »

La problématique ne réside pas dans le niveau des joueurs, des entraîneurs ou des infrastructures. Non, elle est ailleurs. « Beaucoup d’étudiants se sont énormément investis pour jouer à un bon niveau, mais quand vous arrivez à Harvard, ce n’est généralement pas pour devenir sportif professionnel, déplore Francisco D’Agostino, ancien entraîneur adjoint en 2018 et 2019. La majorité utilise le sport pour établir des connexions, améliorer leur carrière professionnelle dans les affaires. Le sport peut aider à entrer académiquement à Harvard (bien qu’il n’y ait pas de bourses), et une fois admis, ils perdent leur passion pour le sport et se concentrent sur leurs études. »

Dans la voix de celui qui entraîne désormais à Boston College, on perçoit une réelle déception et frustration, lui qui a vu plusieurs de ses protégés quitter l’équipe pour se focaliser sur leurs études. « Harvard, c’est difficile pour un entraîneur, les jeunes ne sont pas aussi engagés dans le football que dans leurs cours, et c’est malheureusement très compliqué. Je ne dis pas qu’il faut donner la priorité au football, mais il faut savoir gérer les deux simultanément… »

Le terrain de foot où se jouent les matchs de l'équipe de foot d'Harvard.
Le terrain de foot où se jouent les matchs de l’équipe de foot d’Harvard. - A. Huot / 20 Minutes

On imagine la pression subie par les étudiants à son arrivée, surtout alors qu’ils n’avaient pas remporté de match en Ivy League (regroupant les huit universités privées les plus prestigieuses du nord-est des États-Unis) depuis 2009. Cette saison, les Crimson se sont classés au milieu du tableau dans une équipe comprenant Sophian Lovato.

Equilibre études-foot difficile à trouver

Arrivé dans le Massachusetts en septembre dernier, l’attaquant originaire de San Francisco n’a pas disputé un seul match d’Ivy League avec Harvard mais aspire toujours à devenir professionnel. « Même si c’est pour jouer en troisième division italienne, m’explique-t-il. J’essaie aussi de me concentrer sur mes études sans que cela empiète trop sur le football, mais trouver un équilibre est difficile. J’essaie de donner tout le matin dans mes cours pour avoir l’après-midi libre pour le football. »

« Tout le monde souhaite venir à Harvard, constate D’Agostino. Certaines personnes peuvent quitter une carrière de foot professionnel pour rejoindre cette université, comme Alessandro Arlotti, mais ensuite, elles se laissent emporter par ce qu’implique cette institution. » Formé au centre de formation de l’AS Monaco, Arlotti, international chez les jeunes en Italie ayant disputé la Coupe du monde U17, a même signé un contrat pro à Pescara (Serie B) avant de rejoindre la banlieue de Boston en 2021.

« C’était une décision très compliquée, raconte le camarade de Maghnes Akliouche. Beaucoup de personnes m’ont critiqué pour avoir abandonné l’équipe nationale et le football professionnel pour me diriger vers Harvard. Mais c’est une expérience exceptionnelle. Je savais que je ne pouvais pas dire non. Au départ, j’avais l’espoir de pouvoir peut-être intégrer la MLS par la suite. Et j’ai passé d’excellentes années : j’ai été élu Rookie of the Year ma première année. Et durant les trois années passées à Harvard, j’étais dans l’équipe type de l’Ivy League. »

« Harvard a changé ma vie »

Cependant, comme beaucoup d’étudiants, le vice-champion d’Europe U17 finit par « se laisser prendre » par Harvard, déplorant le manque d’implication de ses coéquipiers dont l’état d’esprit diffère totalement de ce qu’il a connu en centre de formation. Il finit par oublier son rêve de devenir joueur professionnel : « Les cours prennent beaucoup de temps, tu dois travailler et ta vie n’est pas consacrée au football, comme cela peut l’être en centre de formation. Tout n’est pas organisé pour que tu deviennes pro. » Alessandro Arlotti ajoute :

« Quand tu vas à Harvard, tu sais que le football, c’est terminé, honnêtement. J’ai fait de mon mieux et j’en suis satisfait. Harvard est une expérience qui a changé ma vie, ma perception des choses, poursuit celui qui a étudié l’économie. Je souhaite changer le monde pour le mieux. Harvard ne m’a pas retiré ma passion pour le football, mais cela m’a ouvert l’esprit. Aujourd’hui, j’ai décidé de travailler à New York et de mettre le football de côté. Il y aura toujours cette question du « et si », mais aucun regret, jamais. C’est une expérience que je ne remplacerais pour rien au monde. »

Naturellement, nous n’avons pas mentionné le parcours d’Alessandro Arlotti à Sophian Lovato afin de ne pas entraver ses aspirations à signer un jour un contrat professionnel. Cela dit, il sera difficile pour lui d’atteindre son rêve, surtout en MLS. « Le championnat américain est devenu plus compétitif, avec plus de ressources, davantage de jeunes joueurs internationaux, le niveau est plus exigeant pour les jeunes issus des universités », admet D’Agostino.

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Pourtant, le jeune Californien ne désespère pas. « Peu d’étudiants de Harvard parviennent à devenir professionnels, il est sûrement plus simple d’y parvenir dans d’autres universités, conclut Lovato. Mais nous avons de bons entraîneurs, une bonne équipe. Si vous voulez devenir professionnel, je pense que c’est tout à fait envisageable à Harvard. » Nous lui souhaitons en tout cas bonne chance. Et nous suivrons attentivement la sélection des États-Unis pour la Coupe du monde 2030.