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Égypte : natalité en baisse à deux enfants par femme, autorités satisfaites

L’Égypte comptait 109 millions d’habitants en mai 2026, ce qui en fait l’un des trois pays les plus peuplés d’Afrique, derrière le Nigéria et l’Ethiopie. Selon les autorités, l’objectif est d’atteindre environ 400.000 naissances par an sur une période pouvant aller jusqu’à 20 ans.


Selon les données fournies par CAPMAS, l’agence centrale pour la mobilisation publique et les statistiques, la population de l’Égypte a atteint 109 millions d’habitants en mai 2026, la plaçant parmi les trois pays les plus peuplés d’Afrique, après le Nigéria et l’Éthiopie.

Entre août 2025 et mai 2026, près de 1,452 million de naissances ont été enregistrées, soit une moyenne quotidienne de 5 439 naissances, équivalentes à environ 227 naissances par heure, ou quatre par minute.

Cette croissance démographique semblait ininterrompue, mais les chiffres de cette année révèlent une tendance amorcée l’an dernier : l’Égypte a enregistré moins de deux millions de naissances annuelles. L’indice de fécondité a chuté, passant de 3,5 enfants par femme en 2014 à 2,85 en 2021, et tombant à 2,34 enfants par femme en 2025.

Les autorités égyptiennes cherchent depuis plusieurs années à franchir ce seuil pour alléger la pression sur les services publics. Martin Dumas-Primbault, correspondant de la RTBF sur place, explique que « cette population est concentrée sur une portion très réduite du territoire : la vallée du Nil et le delta, soit à peine 5 % du pays, le reste étant désertique. Pour vous donner une idée, c’est une superficie comparable à celle de la Belgique, pour plus de 100 millions d’habitants. Résultat, les grandes villes comme Le Caire ou Alexandrie sont extrêmement denses, et dans les zones rurales, les habitations empiètent sur les terres agricoles. À cela s’ajoute un stress hydrique important, puisque les ressources en eau dépendent quasi exclusivement du Nil. »

La situation économique est un autre facteur qui influence les autorités du Caire. En quatre ans, la livre égyptienne a perdu plus de la moitié de sa valeur, tandis que les salaires n’ont pas suivi. L’inflation record renforce encore la difficulté. Ainsi, pour les ménages les plus modestes, avoir un enfant représente des dépenses difficilement envisageables. Par exemple, le lait infantile n’est plus subventionné, sauf dans quelques cas particuliers, et peut valoir à lui seul la moitié du salaire mensuel du foyer.

Pour éviter que trop de jeunes ne se retrouvent sur un marché du travail déjà difficile, les autorités ont mis en place des plans et des mesures pour encourager la population à réduire le nombre d’enfants. En septembre 2023, le président Abdel Fatah Al-Sissi a déclaré : « On veut environ 400 000 naissances par an. » L’objectif n’est pas seulement de réduire le taux de natalité, mais aussi de compenser le déficit accumulé au cours des 70 dernières années, avec une cible de 400 000 naissances sur une période pouvant aller jusqu’à 20 ans. Il ajoute que « d’ailleurs, les Iraniens ont fait ça, les Turcs l’ont fait et les Chinois l’ont fait. »

Parmi les initiatives gouvernementales, on trouve la campagne de sensibilisation intitulée « itnin kifaya » (deux, ça suffit), lancée en 2019 pour inciter les mères à se limiter à deux grossesses. Des incitations financières et des réductions d’accès aux services publics pour les familles nombreuses ont également été mises en place. Les résultats étant satisfaisants, le gouvernement vise à atteindre un nombre d’enfants par femme de 2,1 d’ici à 2027, soit trois ans d’avance sur l’objectif initial.

La baisse de la natalité a été observée à partir de 2018, attribuée à plusieurs facteurs : une prise de conscience croissante, particulièrement en lien avec l’augmentation du niveau d’éducation, surtout chez les femmes ; un meilleur accès à la contraception et au planning familial ; ainsi qu’une crise économique poussant de nombreuses familles à limiter le nombre d’enfants.

Cependant, Martin Dumas-Primbault explique : « La réponse est non » quant à savoir si ces chiffres en baisse résolvent tout. « Certes, cela permet peut-être de réduire un peu les tensions qui attendent le pays, mais ce n’est pas la solution miracle. » Un avis partagé par Dawlat Shaarawy, analyste pour le fonds des Nations unies pour la population : « L’Égypte continuera à croître malgré la baisse de la fécondité, mais la structure par âge changera probablement à long terme, dans 30 à 40 ans. Cependant, la population en âge de travailler, la population intermédiaire, restera la plus importante, soit environ 65 % de la population. »

Cette population active peine néanmoins à trouver un emploi stable et un logement dans un contexte économique difficile qui perdure depuis 2022. Les experts estiment qu’il faudrait une croissance économique de plus de 5 % par an pendant plusieurs années pour commencer à résoudre le problème du chômage. Face à cela, de nombreux jeunes Égyptiens aspirent à émigrer, cherchant de meilleures opportunités, principalement dans les pays du Golfe, mais certains rêvent aussi d’une vie en Europe.